Acte manqué Freud Psychopathologie de la vie quotidienne

L’acte manqué est une expression du déterminisme psychologique. Freud remédie au désintérêt de la psychologie en entamant son Introduction à la psychanalyse par l’analyse de ce phénomène demeuré inexpliqué jusqu’à lui. Ce faisant, il émancipe la psychanalyse des limites de la médecine psychiatrique en en appliquant les outils conceptuels à divers aspects du comportement humain.

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Les actes manqués émaillent la vie quotidienne. Freud évoque notamment les oublis de noms propres, de mots de langues étrangères, de noms communs et de suites de mots, de mots liés à l’accomplissement d’un projet, de projets mêmes, de connaissances ; les faux souvenirs, les souvenirs-écrans (qui masquent des souvenirs refoulés) ; les lapsus ; les erreurs de lecture et d’écriture ; les maladresses, les erreurs, et les accidents. Il élargit le champ des actes manqués à « toutes les manipulations, en apparence sans but, que nous faisons subir, comme en nous jouant, à nos vêtements, à telles ou telles parties de notre corps, à des objets à portée de notre main, les mélodies que nous chantonnons », des actes « que nous suspendons, comme nous les avons commencés, sans motifs apparents » (Introduction à la psychanalyse). Ainsi, pour Freud, le moindre acte superflu (le grattage de nez, par exemple) relève du déterminisme psychique humain. Inversement, certains actes manqués sont très graves, comme des mutilations ou des morts accidentelles qui réalisent des pensées suicidaires. L’extension du champ des actes manqués laisse même interpréter des décisions politiques capitales, voire le déclin de civilisations. En outre, plusieurs actes manqués sont parfois combinés. Doué de la faculté d’observer et d’analyser avec acuité les phénomènes les plus banals, Freud pense que la fréquence des actes manqués dans la vie quotidienne justifie d’en faire un objet de science.

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Freud rapproche l’acte manqué de la névrose

L’acte manqué possède un sens. Alors que les psychologues n’y accordaient aucune importance parce qu’ils le considéraient comme accidentel et insignifiant, Freud a risqué la crédibilité de la psychanalyse naissante en s’y intéressant. Contre l’interprétation classique attribuant le mobile de l’acte manqué à la distraction ou au hasard, il affirme qu’il s’agit en réalité d’un acte psychique sérieux lié aux circonstances de sa survenue. Or, le sens commun et la sagesse populaire suivent déjà cette hypothèse quand l’acte constitue une trahison flagrante de l’intention du sujet, comme c’est le cas avec certains lapsus. « Lorsque le Romain renonçait à son projet, parce qu’il avait fait un faux-pas sur le seuil de sa porte, il se montrait supérieur à nous autres incrédules, conclut Freud, il se révélait meilleur psychologue que nous ne le sommes. » (Psychopathologie de la vie quotidienne). Le père de la psychanalyse évoque également le fait que des poètes jouent avec le lapsus en partant du principe qu’il recèle une signification cachée. Il interprète ces exemples en prenant pour point de départ la nécessité, pour tout individu, de passer par un stade névrotique au cours de sa vie pour devenir adulte. La névrose se dissipe dans la plupart des cas, mais elle laisserait forcément, même chez les esprits les mieux portants, des résidus de la préhistoire individuelle, des traces analogues au comportement pathologique. Freud en déduit que l’acte manqué est une manifestation névrotique de l’homme sain.

>> L’inconscient selon Freud sur un post-it

L’acte manqué exprime un mobile inconscient. Bien qu’il fasse partie du comportement ordinaire, Freud le conçoit comme une manifestation extérieure observable de l’inconscient. « Certaines insuffisances de notre fonctionnement psychique et certains actes en apparence non-intentionnels se révèlent, écrit-il,  lorsqu’on les livre à l’examen psychanalytique, comme parfaitement motivés et déterminés par des raisons qui échappent à la conscience. » (Psychopathologie de la vie quotidienne). Il applique donc à l’acte manqué la même méthode qu’aux symptômes névrotiques. Freud explique par exemple le lapsus par le conflit entre, d’une part, l’intention consciente de dire le bon terme, et, d’autre part, une intention inconsciente refoulée qui la contrarie. Le lapsus en lui-même constitue un compromis entre les deux tendances, de telle sorte qu’il a, comme le rêve, valeur d’aveu caché. Si le sens inconscient de certains lapsus paraît évident – comme lorsqu’un homme inaugure une séance en disant « Je déclare la séance close. » – retrouver le contenu refoulé demande quelquefois une longue analyse, qui remonte loin dans le passé, jusqu’à un souvenir possiblement absent de la mémoire du sujet. Le psychanalyste soumet les autres actes manqués au même schéma explicatif. Il raconte avoir trouvé qu’une de ses malades devait son amnésie des noms propres au ressentiment inconscient qu’elle éprouvait à l’encore de ses parents parce qu’ils lui avaient refusé une éducation supérieure. Freud décèle un mobile inconscient derrière chaque maladresse, comme une attirance sexuelle derrière l’hésitation avec laquelle deux passants s’évitent dans la rue.

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