logique de l’action collective Mancur Olson passager clandestin

La logique de l’action collective est paradoxale. Dans La logique de l’action collective, Mancur Olson part du principe qu’un individu rationnel s’intègre à un groupe dans le but de servir des intérêts communs qu’il est incapable de poursuivre seul. L’économiste montre cependant que l’individu est en réalité animé par un calcul coût-bénéfice qui enraie l’action collective.

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La logique de l’action collective favorise les petits groupes. Ceux-ci sont à bien des égards favorisés en termes d’efficacité. « Les groupes les plus petits, écrit Mancur Olson, réussissent souvent à battre les plus grands qui, dans une démocratie, seraient naturellement censés l’emporter » (La logique de l’action collective). La plupart des petits groupes réussissent en effet à se procurer les biens collectifs sans avoir recours à la coercition ni à quelque encouragement étranger au bien lui-même, parce que l’incitation individuelle y est forte : le bénéfice individuel est supérieur au « coût » de la participation individuelle du fait du nombre limité de membres. Dans un petit groupe, de surcroît, un membre est obligé de prendre en compte les réactions des autres membres avant de décider de sa propre ligne de conduite, car la participation ou non de chacun a des répercussions sur la prospérité globale. Il existe par exemple le risque qu’un membre estimant qu’il supporte un coût supérieur à son bénéfice anticipé cesse son investissement avant l’obtention du résultat collectif optimal. Mancur Olson montre aussi que les petits groupes bénéficient de faibles coûts d’organisation. Ils sont très flexibles, la communication y est beaucoup plus directe et rapide, et la progression du groupe y est rarement polluée par les stratégies individuelles d’acteurs.

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Mancur Olson explique la logique de l’action collective par le « passager clandestin »

La logique de l’action collective fait apparaître des « passagers clandestins ». Ce phénomène s’explique par la discordance entre la rationalité individuelle et la rationalité collective. Dans la perspective utilitariste de Mancur Olson, il n’existe pas de rationalité de groupe parce que la communauté d’intérêts ne suffit pas à provoquer l’action commune, c’est-à-dire que la logique de l’action collective ne correspond pas à la logique individuelle. Il s’agit là d’un véritable paradoxe de l’action collective : un groupe d’individus qui trouverait avantage à se mobiliser et en a conscience peut parfaitement ne rien faire. « Les grands groupes, écrit Mancur Olson peuvent rester inorganisés et ne jamais passer à l’action même si un consensus sur les objectifs et les moyens existe » (La logique de l’action collective). C’est plus précisément une certaine logique individuelle qui bloque ce processus : l’effort d’un membre n’ayant pas forcément d’effet notable sur la situation globale du groupe, il lui est alors possible de profiter de toute amélioration apportée par les autres sans contribuer à l’effort collectif. Ce « passager clandestin » considère qu’il n’est pas rationnel de supporter des coûts certains en vue de réaliser un objectif collectif dont l’accomplissement est incertain. Les exemples de cette situation sont nombreux, de l’employé non syndiqué qui profite des augmentations de salaire obtenues par le syndicat, au contribuable dont les enfants sont à l’école publique alors qu’il ne paie pas tous ses impôts.

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La logique de l’action collective met en évidence des groupes latents. Comme un groupe de grande taille éprouve structurellement de grandes difficultés à poursuivre son intérêt, à se procurer un bien en quantité optimale, Mancur Olson considère qu’il n’existe qu’à l’état latent tant qu’une coercition ou que des incitations extérieures ne le mettent pas en mouvement. Ainsi, la simple contrainte peut être le facteur primordial de l’action collective : c’est elle qui assure notamment le paiement des impôts, puisqu’aucun afflux spontané de contributions librement consenties ne pourrait permettre de financer les biens publics : « Si l’État, écrit Mancur Olson, avec toutes les ressources émotionnelles à sa disposition, ne peut pas financer ses activités les plus basiques et vitales sans recourir à la contrainte, il sera alors encore plus difficile pour de larges organisations privées d’inciter les individus dont elles poursuivent les intérêts à contribuer volontairement à l’action collective » (La logique de l’action collective). C’est également la simple contrainte qui explique la puissance des grands syndicats, lesquels n’auraient pu se développer sans la politique d’affiliation syndicale obligatoire et de restriction du marché du travail aux seuls syndiqués[1]. Le syndicat est ainsi pour Mancur Olson l’exemple même du groupe latent mobilisé au moyen de la coercition et d’avantages non collectifs.

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[1] Pratiquée par exemple par le syndicat du livre CGT en France ou le syndicat des dockers aux États-Unis.