De l'âme Aristote

L’âme ne peut être définie indépendamment du corps. Aristote en propose dans De l’âme une conception hylémorphique, c’est-à-dire qu’elle doit être comprise sous le prisme de son imbrication intime et nécessaire avec le corps. Comme elle est un objet d’une valeur supérieure, la connaître constitue une forme de savoir éminemment supérieur, en même temps qu’il peut servir à la science de la nature.

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L’âme a donné lieu à diverses conceptions. Selon Aristote, toutes les doctrines de ses prédécesseurs la conçoivent comme étant animée, ce dont découlent deux propriétés, le mouvement et la sensation. Ainsi, plusieurs théories (dont notamment celles de Démocrite et d’Anaxagore) font de l’âme le moteur de tout mouvement, à commencer par celui du corps. Or, le philosophe refuse cette théorie en arguant du fait que tout mouvement se produit forcément dans un lieu, alors que l’âme ne se trouve dans aucun. Il ajoute qu’elle ne peut pas non plus mouvoir le corps. En réalité, celui-ci est mû par la forme parfaite vers laquelle son essence le fait tendre. Cette réfutation amène Aristote à examiner les théories concernant le rapport de l’âme et du corps. S’arrêtant sur la conception des pythagoriciens de l’âme comme harmonie résultant des contraires du corps, il leur reproche de la confondre avec la santé, laquelle consiste en l’équilibre entre le chaud et le froid qui s’établit dans le corps, et de défendre une définition trop vague pour correspondre à la réalité. « Qu’ainsi l’âme, conclut Aristote, ne puisse ni être une harmonie, ni se mouvoir circulairement, cela est évident d’après ce que nous avons dit » (De l’âme). Enfin, il rejette comme absurde la thèse d’Empédocle selon laquelle l’âme devrait être composée d’éléments pour connaître les éléments.

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Aristote voit dans l’âme différentes facultés

L’âme est une substance particulière. Conscient de l’ambiguïté de cette définition, Aristote précise qu’il l’entend ici au sens de forme, plus précisément la forme d’un corps naturel doté d’une puissance vitale. Il caractérise cette forme comme un acte, quand la matière n’est que puissance : l’âme est une entéléchie, c’est-à-dire une énergie agissante et efficace, par opposition à la matière inerte. Cependant, il est impossible de concevoir la forme et la matière séparément. Elles existent forcément ensemble, puisque l’âme constitue la forme, ou l’acte du corps. Aristote illustre cette idée à l’aide du célèbre exemple de la hache : une hache n’en serait pas une sans son tranchant, la forme qui rend possible sa fonction de hache. « Par conséquent, écrit le philosophe, c’est à bon droit que des penseurs ont estimé que l’âme ne peut être ni sans un corps, ni un corps, car elle n’est pas un corps, mais quelque chose du corps » (De l’âme). Comme elle est la fonction du corps vivant, à chaque fonction de celui-ci correspond une de ses facultés spécifiques : la faculté nutritive, sensitive, désirante, locomotrice, et dianoétique (l’intellect). La faculté nutritive, qui renvoie en même temps à l’alimentation et la reproduction, est commune à tous les êtres. Elle est la seule et unique faculté de certains, quand d’autres jouissent en plus du toucher ou d’autres sens. Aristote voit les facultés supérieures comme le privilège de l’homme.

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L’âme n’est pas un sixième sens. Aristote passe en revue ses différentes facultés pour le démontrer. L’intelligence, tout d’abord, ne peut pas être une forme de sensation, sinon elle ne commettrait pas d’erreurs. L’imagination n’en est pas non plus une pour la même raison – elle abuse souvent l’homme – même si elle est dépendante de la sensation pour produire les images dans l’esprit. Ensuite, le philosophe s’attarde tout particulièrement sur l’intellect, ou faculté dianoétique. Celle-ci dépend de ses objets de la même manière que la faculté sensitive dépend des siens, c’est-à-dire qu’elle est un réceptacle qui s’imprègne des formes des objets intelligibles qu’elle reçoit. Cette description va paradoxalement dans le sens de la thèse d’Empédocle qu’Aristote considère comme absurde. « L’âme est en un sens, écrit-il, les êtres mêmes, [car] la science est en un sens identique à son objet, comme la sensation, identique au sensible » (De l’âme). Dans cette perspective, la faculté dianoétique ne serait pas une entéléchie, car elle n’existe qu’en puissance. Aristote en déduit qu’elle est séparée et indépendante du corps, quand la faculté sensible en est, elle, totalement dépendante. Pour autant, cette analyse ne décrit pas exhaustivement la faculté dianoétique. Il en existe en effet une d’un autre type : c’est l’intellect agent qui, étant la cause même des objets reçus par la faculté, est supérieur à l’intellect patient dans la mesure où l’actif est supérieur au passif.

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