L'âme et le corps Bergson L'énergie spirituelle

L’âme et le corps sont séparés. Posant l’équivalence de cette dichotomie et de celle de l’esprit et de la matière, Henri Bergson avance dans L’âme et le corps qu’il est inutile de mieux les connaître respectivement pour étudier leurs rapports, car ceux-ci relèvent de faits d’expérience. Son dualisme accrédite les idées de la soumission du corps à l’âme et de la survivance de celle-ci après la mort, la désagrégation du corps ne donnant pas la preuve de celle de l’âme.

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L’âme n’est pas soluble dans le corps. Bergson évoque la position couramment présentée comme celle de la science et conclut que ses arguments n’ont pas été démontrés, qui consistent à étendre abusivement la loi de la conservation de l’énergie là où intervient pourtant la volonté humaine. De surcroît, l’activité de l’âme n’est probablement pas encore mesurable par des instruments. Bergson considère que la philosophie est responsable de cette négation de l’âme immatérielle. D’une part, le métaphysicien, à l’invitation de Platon, préfère rester dans les hauteurs des idées ; il répugne à descendre dans le monde des faits. D’autre part, le paradigme matérialiste de la science est en réalité hérité d’une simplification de la doctrine de Descartes. « La doctrine que vous nous apportez, écrit le philosophe, nous la connaissons : elle sort de nos ateliers ; c’est nous, philosophes, qui l’avons fabriquée ; et c’est de la vieille, très vieille marchandise » (L’âme et le corps). Or, les faits d’expérience invalident la thèse du parallélisme de l’âme et du corps. Si chacun est en partie un corps soumis aux mêmes lois que la matière (présent, limitation spatiale, automatismes, réactions aux stimuli), le « moi » qui se manifeste dans les mouvements volontaires déborde cependant le corps dans l’espace et dans le temps.

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Bergson souligne le rôle du corps à l’égard de l’âme

L’âme et le corps sont solidaires. Bergson affirme que l’expérience donne la preuve de leur solidarité. Il compare le lien entre le cerveau et la conscience à un vêtement accroché à un clou : « Un vêtement, écrit-il, est solidaire du clou auquel il est accroché ; il tombe si l’on arrache le clou ; il oscille si le clou remue ; il se troue, il se déchire si la tête du clou est trop pointue ; il ne s’ensuit pas que chaque détail du clou corresponde à un détail du vêtement, ni que le clou soit l’équivalent du vêtement ; encore moins s’ensuit-il que le clou et le vêtement soient la même chose » (L’âme et le corps). De même, la conscience serait accrochée au cerveau sans que celui-ci ne la dessine ; et elle n’en est pas non plus une fonction. Bergson considère que l’observation des faits de conscience est susceptible de fournir à la science des expériences sur la relation entre le cerveau et la conscience ; mais c’est plus précisément à la philosophie qu’incombe la mission d’étudier la vie de l’âme dans toutes ses manifestations. En menant son introspection pour remonter à la source de ses pensées, le philosophe peut parvenir à l’intuition de l’insertion de l’esprit dans la matière. Bergson imagine de combiner cette observation intérieure du philosophe avec celles, extérieures, de la psychologie et de la pathologie afin d’étudier scientifiquement la relation de l’âme et du corps.

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Le corps insère l’âme dans l’existence. Bergson affirme que les hypothèses conventionnelles, telles que la capacité de choix ou le langage, ne suffisent pas à élucider le mécanisme de la pensée. Les psychologues tentent de la reconstituer avec des images et des idées, mais celles-ci ne font que l’imiter artificiellement. C’est qu’un phénomène plus subtil, quelque chose d’essentiel, se cache derrière. Le philosophe décrit lui la pensée comme un mouvement ininterrompu, comme si la conscience du sujet ne consistait, toute sa vie durant, qu’en une seule phrase. Le langage est bien capable de transcrire ce mouvement, à condition que le rythme de la parole reproduise celui de la pensée. Ce pouvoir de l’écriture révèle que les mouvements de la pensée sont préparés et préformés dans le cerveau. « Le cerveau, pose Bergson, est l’organe de l’attention à la vie […] l’activité cérébrale est à l’activité mentale ce que les mouvements du bâton du chef d’orchestre sont à la symphonie » (L’âme et le corps). Une maladie cérébrale se comprend, dans cette perspective, comme la perturbation de l’insertion de l’esprit dans les choses. Si les maladies de mémoire sont, elles, présentées comme des preuves de l’inexistence de l’âme immatérielle – les lésions étant localisables dans le cerveau – l’impression des images et des sons dans le cerveau ne pourrait en réalité pas en représenter la diversité de perception. Selon Bergson, le cerveau ne sert donc pas à conserver le souvenir, seulement à le rappeler.

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