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Le corps doit être remis à sa place dans sa relation à l’âme. Platon pense leur rapport dans le Phédon et le Gorgias (notamment) à partir de la finalité de sa propre conception de la sagesse, à savoir l’élévation de l’âme vers la connaissance des essences. Sa réflexion en la matière présente pourtant une certaine ambiguïté : si le corps est principalement un frein à l’activité de l’esprit, il n’est pas pour autant négligeable, et il pourrait même y servir de tremplin.

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Le corps est un obstacle à l’épanouissement de l’âme. En effet, Platon le caractérise tout d’abord comme un frein à la vie de l’esprit, qu’il pollue en l’imprégnant des servitudes inhérentes à la sienne. Il le qualifie fameusement de « tombeau de l’âme ».  « Tu sais, écrit-il, en réalité, nous sommes morts. Je l’ai déjà entendu dire par des hommes qui s’y connaissent : ils soutiennent qu’à présent nous sommes morts, que notre corps est un tombeau » (Gorgias). Le corps est ainsi, dans ce sens, une entrave relative à l’accomplissement spirituel, car c’est par sa faute que l’âme n’est pas disponible dans l’immédiat pour poursuivre ses fins propres, c’est-à-dire travailler à son désir de vérité et de sagesse. Platon est bien conscient qu’en pratique, le primat du vivre et du couvert contraint l’homme à se consacrer à des tâches étrangères au souci de la vie bonne, puisque l’individu ne peut pas avoir le loisir de philosopher sans une certaine aisance matérielle et du temps libre. La santé est un autre facteur nécessaire à l’exercice de la philosophie, dans la mesure où la maladie nuit à la concentration de l’esprit. Les cycles de la vie affective perturbent de même la vie mentale, dont ils accaparent une grande part. Pour Platon, les servitudes du corps conduisent donc à penser de manière confuse et partiale.

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Platon met en évidence la nécessaire sujétion du corps à l’esprit

La primauté de l’âme sur le corps révèle celle de l’intelligible sur le sensible. Platon montre que le corps constitue également une entrave absolue à l’activité de l’esprit. De fait, il est, de manière générale, une source constante de trouble pour l’âme : il la distrait, lui transmet les illusions des sens et de l’imagination ; ses incessantes sollicitations (la faim, la peur, le désir, l’envie, etc.) obligent à se soucier de lui ; plus fondamentalement, l’audition, la vision, la douleur, ou le plaisir perturbent le raisonnement, l’encombrent en empêchant l’âme de se concentrer en elle-même, si bien qu’elle ne peut atteindre l’objectivité propre à la vérité – le corps rend ainsi l’individu inapte à la science. Or, dans la perspective de Platon, le bien consiste dans le savoir, lequel implique une relation directe de l’âme avec le monde des Idées, la seule voie d’accès à la réalité authentique. Le philosophe préconise donc que l’âme rompe toute association avec le corps afin de pouvoir aspirer à l’essence des choses. « Si nous voulons jamais avoir une pure connaissance de quelque chose, explique-t-il, il nous faut nous séparer de lui [le corps] et regarder avec l’âme seule les choses en elles-mêmes. Nous n’aurons, semble-t-il, ce que nous désirons et prétendons aimer, la sagesse, qu’après notre mort […] mais pendant notre vie, non pas » (Phédon). Ainsi, Platon considère que l’émancipation de l’âme nécessaire à son idéal de sagesse ne peut advenir qu’avec la mort.

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L’âme a une responsabilité à l’égard du corps. À bien considérer toute l’œuvre de Platon, il apparaît que le corps n’est pas uniquement un obstacle à soumettre, voire à supprimer, mais également un moyen nécessaire pour s’élever à la sagesse philosophique. Il n’est, à la vérité, pas un mal en lui-même – il peut seulement le devenir dans son rapport à l’âme, s’il sort de la sujétion qui est sa place naturelle. La recherche du vrai et du bien est donc dépendante du respect d’une hiérarchie. Or, pour le philosophe, c’est à l’âme de préserver l’ordre souhaitable dans le corps. Elle doit pour cela veiller à la correspondance entre cet ordre et celui de l’univers, c’est-à-dire qu’il est un microcosme en lien avec le macrocosme. Platon prévient donc l’homme que s’il laisse son corps à la démesure, s’il se dissipe dans les plaisirs corporels, alors son corps (sôma) deviendra un tombeau (sêma). En vertu de la nécessaire adéquation du microcosme et du macrocosme, plus précisément, le désordre corporel menace, par extension, la réalité tout entière. « De toute façon, pose Platon, si l’âme n’était pas là pour surveiller le corps, si le corps était laissé à lui-même […] alors toutes les réalités seraient confondues pêle-mêle et reviendraient au même […] » (Gorgias). Le philosophe doit ainsi s’astreindre à un certain ascétisme du corps afin que celui-ci seconde l’âme dans sa quête, plutôt qu’il ne la perturbe.

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