L’amour platonique

amour platonique définition

L’amour platonique exclut par définition la sensualité. Associé à la pureté d’un amour angélique ou de l’amitié par opposition à la corruption inhérente aux relations sexuelles, ce concept découle de l’analyse philosophique du sentiment amoureux. Cependant, son sens moderne ne recouvre plus l’idée qui en est à l’origine.

>> La passion amoureuse selon Denis de Rougemont sur un post-it

L’amour platonique renvoie à la théorie de l’amour de Platon. Dans Le Banquet, le philosophe met en évidence la transcendance du sentiment amoureux en évoquant, par l’intermédiaire du personnage d’Aristophane, le mythe de l’androgyne. Les hommes formaient autrefois des « hommes-boules » avec quatre mains, quatre jambes, etc. (tout en double) jusqu’à ce que leur arrogance à l’égard des dieux ne conduise Zeus à les punir en les coupant en deux. Ainsi, l’attirance spirituelle entre deux individus manifesterait la volonté de réunion de deux âmes qui partageaient un seul corps dans l’humanité antérieure. « Voilà comment l’amour est si naturel à l’homme, raconte Aristophane ; l’amour nous ramène à notre nature primitive et, de deux êtres n’en faisant qu’un, rétablit en quelque sorte la nature humaine dans son ancienne perfection » (Le Banquet). Cette hypothèse mythologique à l’origine de l’amour platonique repose sur celle de la réminiscence, c’est-à-dire la capacité à se souvenir des existences antérieures. La transcendance du sentiment amoureux n’est cependant pas immédiate. En effet, pour Platon, toute relation est susceptible de passer par trois stades. Elle commence tout d’abord comme un rapport sensuel asymétrique, ou pédagogique, caractéristique de la pédérastie pratiquée par Socrate. Elle peut ensuite évoluer en un rapport spirituel, égal et réciproque ; puis culminer dans la contemplation du Beau, qui correspond à la profondeur de l’amour platonique.

>> Les idées platoniciennes sur un post-it

L’amour platonique n’est pas fidèle à la thèse de Platon

L’amour platonique est lié à la conception platonicienne de la sagesse. Les trois stades du sentiment amoureux décrits par Platon signifient que l’amour progresse et se purifie par la disparition de l’érotisme. La sensualité s’accompagne de contraintes, elle crée une dépendance ; c’est pourquoi le rapport charnel appelle un dépassement vers un amour plus noble. Cette évolution est en germe dans la pédérastie, parce qu’en passant de la solidarité militaire à la pédagogie philosophique, elle acquiert une sentimentalité dans le désir attentionné de l’éraste de transformer l’éromène en lui transmettant sa sagesse. La relation du maître et du disciple viserait donc l’idéal d’un amour chaste, d’un respect mutuel, et de la communion de deux consciences. « Il est nécessaire, pose Socrate, de joindre au désir du bon le désir de l’immortalité, puisque l’amour consiste à aimer que le bon nous appartienne toujours. Il s’ensuit donc que l’immortalité est aussi l’objet de l’amour » (Le Banquet). Dans cette perspective, l’amour platonique serait une démarche ascétique mue par l’aspiration à l’absolu. C’est dans ce sens qu’il rejoint la conception platonicienne de la sagesse. Comme la philosophie, l’amour est le sentiment paradoxal d’un manque, la coexistence d’un désir et d’une plénitude, l’état intermédiaire, entre l’humanité et la divinité, du philosophe. La sagesse est le savoir des choses belles et l’amour vise les choses belles ; dès lors, leurs essences sont liées. Ainsi, l’amour platonique est philosophique dans la mesure où il se réfère à une dimension qui dépasse l’acte d’aimer.

>> L’amour selon Platon sur un post-it

L’amour platonique au sens strict est un concept de la Renaissance. En effet, il est né de la combinaison, dans la pensée scolastique, du néoplatonisme et des dogmes chrétiens. Les philosophes humanistes du XVe siècle – en particulier l’italien Marsile Ficin, qui était à la tête de l’Académie platonicienne de Florence – ont donc relu Le Banquet de Platon dans le paradigme du christianisme. En particulier, ils y ont privilégié le discours du personnage Pausanias, qui oppose, d’une part, l’Éros vulgaire, lequel consiste en la quête du plaisir charnel fondée sur l’attrait purement physique – l’individu obéit à son instinct qui sert la perpétuation de l’espèce ; et d’autre part l’Éros céleste – l’amour platonique – un amour pur dans lequel les âmes des amants communient dans l’aspiration à la justice, à la bonté, et à la vertu. « Cet amour, avance Pausanias, est celui de l’Aphrodite céleste, céleste lui-même, utile à l’État et aux particuliers ; car il contraint et l’amant et l’aimé à veiller soigneusement sur eux-mêmes pour se rendre vertueux. Tous les autres amours appartiennent à l’autre déesse, la populaire » (Le Banquet). Les philosophes de la Renaissance ont tiré de ce passage l’idée d’un amour excluant par définition la sensualité, tout entier consacré à la culture de l’esprit et à l’affinité des âmes. Ils ignorent ce faisant l’étape du désir sexuel dans la théorie platonicienne. En définitive, l’amour platonique constitue donc une extension infidèle de la philosophie de Platon.

>> L’amour chrétien sur un post-it

 

Recevez ma synthèse
des 100 meilleures
idées philosophiques
Recevez ma synthèse des 100 meilleures
idées philosophiques