Hippocrate De l'ancienne médecine

La médecine est impropre à la spéculation. En précurseur des méthodes de la science positive, Hippocrate condamne dans De l’ancienne médecine toute hypothèse de départ de la philosophie médicale comme forcément trompeuse. Contrairement à ce que posent les théories médicales antérieures, ou à celles, postérieures, qui réduiront toute affection à une altération des nerfs ou du sang, le corps ne présente aucune propriété qui serait à l’origine toutes les maladies.

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L’ancienne médecine est dans le faux. Hippocrate s’oppose aux théoriciens qui voulaient fonder la médecine sur des hypothèses cosmologiques, c’est-à-dire faire dériver d’une seule cause l’origine de toutes les pathologies. À son époque, par exemple, les médecins considéraient que le chaud, le froid, le sec ou l’humide étaient les principes fondamentaux du corps humain, dont ils faisaient découler toutes les maladies. Antérieurement, les adeptes du pneumatisme attribuaient les maladies au « pneuma », le souffle ou esprit aérien ; ceux du méthodisme au « laxum » et au « strictum », soit les états respectivement relâché et crispé des particules solides ; les latrochimistes mettaient eux en évidence la fermentation, l’alcalinité, ou l’acidité de ces particules ; d’autres, enfin, se focalisaient sur leur irritabilité. Pour Hippocrate, ces systèmes se trompent tous les uns autant que les autres pour la simple raison qu’ils attribuent toute pathologie à une propriété unique dans le corps. « Elle [la médecine], avance-t-il, n’a aucun besoin d’une supposition vide, comme les choses occultes et douteuses, pour lesquelles, si on veut en discourir, il faut nécessairement se servir d’hypothèse » (De l’ancienne médecine). En stigmatisant ainsi les spéculateurs prétendant ramener toutes les maladies à une ou deux causes, Hippocrate a condamné par avance les innovateurs enclins de semblables théories.

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Hippocrate définit la médecine comme une science positive

La médecine doit reposer sur l’observation. Hippocrate affirme qu’elle serait née de l’accumulation des observations réelles et positives concernant les mauvais effets de la nourriture, et des améliorations de l’alimentation primitive des hommes qui en ont découlé, si utiles qu’elles ont été attribuées à une divinité (Esculape, dont la légende fait l’ancêtre du philosophe). Ainsi, la médecine dispose déjà de quantité de faits positifs à partir desquels réfléchir, plutôt que de prendre des suppositions gratuites comme points de départ. « La médecine est, écrit Hippocrate, dès longtemps, en possession de toute chose, en possession d’un principe et d’une méthode qu’elle a trouvés : avec ces guides, de nombreuses et excellentes découvertes ont été faites dans le long cours des siècles, et le reste se découvrira, si des hommes capables, instruits des découvertes anciennes, les prennent pour point de départ de leurs recherches » (De l’ancienne médecine). L’hypothèse n’est dès lors admissible qu’à la condition que les observations directes manquent. Le « père de la médecine » conçoit donc sa discipline comme une technique autonome, fondée sur l’expérience, dont il est possible de dégager, par un sage emploi du raisonnement, des règles universelles applicables avec discernement au cas par cas. Partant du principe qu’il est impossible de délaisser les faits sans sortir de la science, Hippocrate considère que sa méthode est la seule qui soit fertile pour la médecine.

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La médecine doit veiller à l’équilibre du corps. Pour Hippocrate, le bon fonctionnement de celui-ci reposerait sur une fragile harmonie, dont le médecin aurait vocation à constater les déséquilibres par l’observation, en mobilisant ses cinq sens, afin d’y remédier. Sa philosophie médicale repose plus précisément sur un équilibre physiologique formé de quatre humeurs : le phlegme, le sang, la bile noire et la bile jaune, qui correspondent aux quatre éléments fondamentaux que sont le feu, l’air, la terre et l’eau. La maladie apparaîtrait ainsi lorsque l’équilibre de ces humeurs est soudainement rompu : « Quand l’une d’entre elles se sépare et s’isole, développe Hippocrate, alors elle devient manifeste et fait souffrir l’homme » (De l’ancienne médecine). Le rôle du médecin est dès lors de rétablir l’équilibre intérieur invisible en s’appuyant sur les symptômes extérieurs visibles que sont l’excès ou la carence d’une humeur donnée, car « il y a santé parfaite quand ces humeurs sont dans une juste proportion entre elles tant du point de vue de la qualité que de la quantité et quand leur mariage est parfait ». Le philosophe met tout particulièrement en lumière le rôle crucial de l’alimentation, laquelle constitue, en comparaison des remèdes périlleux auxquels s’essaie l’homme, le moyen le plus sûr de recouvrer la santé. La nécessité d’une nourriture simple, en quantité modérée, et plus généralement adaptée à la nature humaine, serait, d’après Hippocrate, le premier résultat de la médecine.

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