Le concept de l'angoisse Kierkegaard existentialisme

L’angoisse est inhérente à la condition humaine. Dans Le concept de l’angoisse, Soren Kierkegaard cherche à comprendre l’origine ainsi que le sens moderne de ce sentiment si particulier qui accompagne l’existence. Il veut tout particulièrement en élucider la dimension extrêmement générale, c’est-à-dire le fait que l’angoisse ne porte sur aucun objet précis, mais s’éprouve devant la vie elle-même.

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L’angoisse trouve son origine dans le christianisme. Ayant pour étymologie le grec άγχω (ankhô) qui signifie étouffer, serrer, elle désignait dans l’Antiquité les symptômes physiques de l’état d’anxiété devant le monde, et non pas cet état lui-même. Autrement dit, le sens de l’angoisse a évolué depuis le la Grèce antique, où le monde, alors perçu comme un ordre stable et immuable, n’était pas une source d’anxiété. Pour Kierkegaard, en effet, c’est la tradition religieuse chrétienne qui rendu le monde angoissant. Le philosophe s’attarde plus précisément sur l’interprétation du péché originel afin d’expliquer cette évolution. Refusant tous les discours dogmatiques prétendant résoudre, par la rationalité, l’ambiguïté fondamentale de l’acte d’Adam, il recourt à la psychologie pour retrouver dans celui-ci la vérité subjective de la vie humaine. « Expliquer son péché, écrit Kierkegaard, est donc expliquer le péché originel, et nulle explication ne nous avance qui prétend expliquer Adam, mais non le péché originel ou le péché originel, mais non Adam » (Le concept de l’angoisse). L’erreur commune est de considérer toute vie humaine comme la répétition de l’expérience d’un individu extraordinaire. En réalité, Adam n’a pas fait entrer le péché dans le monde, car il est inhérent à la nature humaine. Kierkegaard affirme ainsi que chaque homme n’est pas lié au premier homme par le sentiment du péché, mais par la pensée, grâce à laquelle il s’éprouve simultanément comme individu particulier et comme membre de l’espèce humaine.

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Kierkegaard propose un rôle positif pour l’angoisse

L’angoisse est révélatrice de la grandeur de l’homme. Kierkegaard affirme en effet qu’elle est liée à l’esprit qui, en déterminant l’être humain, le sépare radicalement de l’animal. En s’appuyant sur le récit de la Genèse, il montre qu’elle intervient dans la mutation originelle de l’homme. Au commencement, en effet, l’esprit n’est présent chez l’homme innocent qu’à l’état de puissance, comme un potentiel libérable. Plus particulièrement, dans cet état de rêve où le corps et l’esprit ne se différencient pas, l’homme est placé dans une ignorance perturbante dans la mesure où il ignore ce qu’il ignore. C’est alors qu’apparaît l’angoisse, sans origine ni finalité. « À ce moment, décrit Kierkegaard, l’innocence culmine. Elle est ignorance ; mais non animalité de brute ; elle est une ignorance qui détermine l’esprit, mais qui est justement de l’angoisse parce que son ignorance porte sur du néant. Il n’y a pas ici de savoir du bien et du mal, etc. ; toute la réalité du savoir se projette dans l’angoisse comme l’immense néant de l’ignorance » (Le concept de l’angoisse). Ainsi, l’angoisse naît de l’ambiguïté fondamentale de l’innocence. Elle saisit Adam alors même qu’il ne distingue pas encore le bien du mal et lui donne une vertigineuse possibilité de liberté. Si toutes les conditions sont ce faisant réunies pour qu’il commette le péché, il aurait toutefois pu ne pas le commettre. Pour Kierkegaard, seule l’âme humaine est cause du passage à l’acte.

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L’angoisse peut conduire l’homme au salut par la foi. Kierkegaard la présente tout d’abord comme une entrave à la conscience du péché. Elle refait surface au cours de la vie de l’individu selon les rapports – acceptation ou refoulement – qu’il entretient avec le péché et lui cause différentes formes de souffrance morale. Pour autant, elle le maintient dans un rapport illusoire à l’existence ; elle l’empêche de penser à la finalité de sa vie et aux conséquences du péché originel – en cela, elle est d’abord un obstacle sur la route qui doit le mener à la foi. Le philosophe préconise comme remède à cette impasse que le sujet apprivoise le sentiment. C’est ainsi en prenant le volant de l’angoisse, plutôt qu’en se laissant submerger par elle, qu’il peut apprendre à accepter son nécessaire rapport à Dieu. Pour Kierkegaard, cette prise en main est possible parce que l’homme est une synthèse : « Ange ou bête, explique-t-il, l’homme ne pourrait éprouver l’angoisse. Mais étant une synthèse, il le peut, et plus profondément il l’éprouve, plus il a d’humaine grandeur, non pas au sens pourtant où les hommes en général l’entendent, comme une angoisse des choses extérieures, de ce qui est hors de nous, mais comme une angoisse produite par nous-mêmes » (Le concept de l’angoisse). Ainsi, Kierkegaard voit en l’angoisse le moyen d’éduquer l’homme à l’éternité religieuse et à la foi, cette certitude intérieure qui sent l’indescriptible et relègue la vie matérielle à sa futilité.

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