Animal-machine Descartes Lettre au Marquis de Newcastle

L’animal-machine est dénué d’esprit. Dans sa Lettre au Marquis de Newcastle, Descartes explique le comportement animal entièrement par l’instinct, soit un ensemble de mécanismes qui s’activent automatiquement en réaction aux signaux produits par les circonstances. Il transpose ce faisant à la biologie et à la physiologie la vision mécaniste du réel issue des théories physiques de son époque.

>> La méthode de Descartes sur un post-it

La théorie de l’animal-machine réduit l’animal à sa dimension mécanique. Descartes affirme en effet qu’il équivaut, en dernière instance, à une machine perfectionnée. Écrivant à l’époque où sont produites les premières poupées articulées, dont le fonctionnement émerveille le public, le philosophe ne voit pas de différence ontologique – seulement une différence de perfectionnement – entre de tels automates, des artefacts produits par l’homme, et les animaux. Ceux-ci ne sont in fine, comme les machines, que des combinaisons de pièces formant des rouages, sans conscience ni pensée. « Je sais bien, écrit Descartes, que les bêtes font beaucoup de choses mieux que nous, mais je ne m’en étonne pas ; car cela même sert à prouver qu’elles agissent naturellement et par ressorts, ainsi qu’une horloge, laquelle montre bien mieux l’heure qu’il est, que notre jugement ne nous l’enseigne » (Lettre au Marquis de Newcastle). La perspective mécaniste permet ainsi de comprendre tous les comportements animaux. Les hirondelles qui apparaissent au printemps ou les abeilles attirées par le miel ne font qu’obéir à un ressort présent en elles ; de même, les chiens et les chats grattent la terre sans finalement ensevelir leurs excréments parce qu’ils ne réfléchissent pas à leur action. Pour Descartes, l’animal-machine est seulement mû par la pulsion : un stimulus extérieur entraîne une réponse comportementale que l’homme peut prévoir.

>> L’origine des espèces selon Darwin sur un post-it

Descartes voit une rupture radicale entre l’animal-machine et l’homme

La théorie de l’animal-machine conçoit le corps humain comme une machine. Descartes considère que la matière doit être expliquée par la physique et les mathématiques, car elle est entièrement régie par des causes mécaniques. Inspiré par théorie astronomique de Galilée, par les progrès de la mathématisation de la nature, et par la découverte de la circulation sanguine par William Harvey, il écarte le vitalisme, la doctrine selon laquelle la matière vivante est mue par une force vitale dont ne pourraient rendre compte les lois physico-chimiques. « La nature de la matière ou du corps pris en général, ne consiste point, avance Descartes, en ce qu’il est une chose dure ou pesante ou colorée, ou qui touche nos sens de quelque autre façon, mais seulement en ce qu’il est une substance étendue en longueur, largeur et profondeur » (Principes de la philosophie). Si le corps-machine peut être vu comme l’instrument de l’âme, le philosophe en fait lui une machine élaborée fonctionnant selon les lois universelles de la nature, et en cela indépendante d’un mécanicien particulier. Chez l’homme, l’âme est strictement distincte du corps : n’ayant aucune fonction vitale ou animale, elle équivaut à la pensée pure qui rend possible l’introspection à l’origine de la découverte du Cogito. Avec cette conception, Descartes annihile tous les arguments contre la théorie de l’animal-machine qui attribuent une âme à l’animal.

>> Le Cogito de Descartes sur un post-it

La théorie de l’animal-machine affirme la supériorité de l’homme. Elle permet à Descartes de tracer une frontière entre l’humanité et l’animalité : la vie animale, qui se réduit à l’expression de mécanismes, ne relève pas du même phénomène que la vie humaine. Son interprétation du vivant à partir du modèle mécanique ne conduit pas à nier la spécificité de l’être humain, parce que celui-ci n’est pas, comme l’animal-machine, seulement un corps (une substance étendue) ; il dispose, lui, d’une âme (une substance pensante), laquelle confère à son existence une dimension métaphysique. La preuve de cette différence se trouve, chez l’homme, dans son aptitude au langage. « […] il ne s’est toutefois trouvé aucune bête si parfaite, avance Descartes, qu’elle ait usé de quelque signe, pour faire entendre à d’autres animaux quelque chose qui n’eût point de rapport à ses passions ; et il n’y a point d’homme si imparfait, qu’il n’en use » (Lettre au Marquis de Newcastle). Ainsi, la parole, comme privilège humain, témoigne de l’activité de la pensée, absente chez l’animal-machine. S’opposant à Montaigne, selon lequel la distance séparant certains hommes peut être supérieure à celle séparant l’homme de l’animal, comme à Pythagore, pour lequel ils sont tous deux l’expression du même esprit vital, Descartes s’appuie sur le dualisme du corps et de l’esprit pour justifier la supériorité radicale de l’homme par rapport à l’animal-machine.

>> Le maître et possesseur de la nature selon Descartes sur un post-it