Le bonheur selon Aristote

Aristote bonheur Éthique à Nicomaque

Le bonheur est le bien suprême. Dans son Éthique à Nicomaque, Aristote constate que les hommes souhaitent tous être heureux. Il s’interroge donc sur le Bien, le principe et la cause de tous les biens particuliers, afin de déterminer si le bonheur est un don des dieux ou bien s’il est le fruit d’un apprentissage.

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Le bonheur est l’objet de préjugés. Aristote part de l’idée selon laquelle tous les hommes recherchent le bonheur. En effet, tout le monde – les individus éclairés comme les gens vulgaires – entend la même chose par le mot « bonheur » : c’est le bien suprême. L’opinion commune considère que bien vivre et bien agir sont synonyme d’être heureux. Dans le détail, cependant, les conceptions varient selon le niveau de sagesse, l’état de santé (la maladie donne une autre perspective), ou encore l’état d’esprit. En particulier, le philosophe ne partage pas les préjugés de la jeunesse, qui vit sous l’emprise de la passion, et plus généralement ceux de l’homme ordinaire. Celui-ci se trompe parce qu’il confond le genre de vie avec le véritable but de la vie humaine : « L’on confond ordinairement, explique Aristote, l’homme heureux avec l’homme qui se conduit bien et réussit ; et ce qu’on appelle alors le bonheur, c’est une sorte de succès et d’honnêteté » (Éthique à Nicomaque). Les préjugés concernent également l’échelle du bonheur : l’opinion commune méconnaît la dimension collective du bonheur. À la vérité, le bien politique a une valeur supérieure au bien individuel, car le Bien est toujours plus beau, plus divin lorsqu’il s’applique à toute une nation, à des États entiers. C’est pourquoi, aux yeux d’Aristote, le bonheur relève de la science politique, « la plus fondamentale de toutes ».

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Aristote lie bonheur à la vertu

Le bonheur ne dépend pas des biens extérieurs. Aristote le démontre en distinguant trois genres de vie : 1° la vie de jouissances matérielles, 2° la vie politique ou publique, et 3° la vie intellectuelle. Le premier genre de vie demande de s’enrichir ; or, cette ambition contraint l’homme à lutter continuellement et à sacrifier par-là le calme de l’âme. La richesse n’est pas le bonheur, elle n’est qu’un moyen pour atteindre d’autres fins. C’est pourtant le genre de vie prisé par la majorité comme par les dirigeants : « La plupart des hommes, tels qu’ils se montrent, pose Aristote, sont de véritables esclaves, choisissant par goût une vie de brutes ; et ce qui leur donne quelque raison et semble les justifier, c’est que le plus grand nombre de ceux qui sont au pouvoir n’en profitent d’ordinaire que pour se livrer à des excès dignes de Sardanapale[1] » (Éthique à Nicomaque). Le deuxième genre de vie sert la recherche de la gloire, qui consiste en dernière instance, pour l’individu, à obtenir la confirmation par autrui de sa propre valeur. Or, on recherche le véritable bonheur pour lui-même. Tous les philosophes sont d’accord sur l’idée selon laquelle les biens véritables sont les biens de l’âme. La famille, les amis, la richesse, ou encore l’influence politique sont certes d’« utiles accessoires du bonheur », mais il ne faut pas confondre la fortune et le bonheur. Pour Aristote, ce ne sont pas les inévitables vicissitudes de la vie qui rendent l’homme heureux ou malheureux.

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Le bonheur dépend fondamentalement de la vertu. Aristote commence par réfuter Platon. Il affirme que le Bien n’est pas une Idée platonicienne parce qu’il existe dans trois catégories (il peut être une substance, une qualité, un objet) ; parce qu’il admet beaucoup d’acceptions ; parce qu’il est l’objet de plusieurs sciences (la médecine comme la gymnastique) ; et que le bien en soi n’est pas supérieur à un bien particulier visé par un spécialiste (telle la santé étudiée par le médecin). Par rapport à son maître, Aristote cherche un bien accessible à l’homme. Il induit la nature du bien général à partir de celle d’un bien particulier. Tout comme le bien du médecin, de l’artisan, ou du musicien consiste à bien exécuter sa fonction, le bien général réside dans la fin de l’acte, autrement dit dans la conformité à la raison. Cette généralisation signifie que le véritable bonheur passe par une vie vertueuse. Dès lors, « le bonheur nous est même en quelque sorte accessible à tous ; car il est possible pour tout homme, à moins que la nature ne l’ait rendu complètement incapable de toute vertu, d’atteindre au bonheur par une certaine étude et par des soins convenables » (Éthique à Nicomaque). L’étude de la vertu n’est certes pas une condition suffisante, mais nécessaire, pour être heureux. Aristote en conclut que le bonheur tient à trois choses : pratiquer la vertu ; avoir le minimum des biens extérieurs ; pouvoir compter sur une prospérité durable.

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[1] Roi assyrien débauché qui se suicida avec sa favorite.

Qui est Romain Treffel ?
Passionné par les idées, je veux vous aider à mieux comprendre votre existence grâce au meilleur de la pensée. C’est dans cet esprit que je travaille à rendre les grands concepts plus accessibles et les grands auteurs plus proches de nous. Passé par l’ESCP, la Sorbonne, et l’École Normale Supérieure, j’aide également les étudiants à réussir les épreuves littéraires des concours des grandes écoles.
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