La politique selon Aristote

Aristote Politique Les Politiques

La politique vise le bonheur. Aristote avance dans sa Politique qu’elle commence lorsque les hommes comprennent que le bonheur est une affaire collective, et non pas seulement privée. Dans sa perspective, l’accomplissement de l’individu et celui de la Cité ne sont pas antinomiques si la communauté organise la vie collective de manière juste, en permettant à chacun d’y trouver sa place.

>> La justice selon Aristote sur un post-it

La politique permet de rassembler des ensembles humains. Les Grecs de l’époque classique (Ve et IVe siècles avant J.-C.) ne connaissaient que la cité-État et ils n’imaginaient pas des entités plus larges comme la nation, l’Empire, voire l’humanité considérée comme un tout. Aristote voit lui aussi dans la Cité la plus grande communauté possible : « Toute cité est une sorte de communauté. Mais c’est la plus englobante des communautés » (Politique). Ainsi, la politique organise la collaboration de sous-communautés de différents niveaux en vue du bien commun. La Cité est une association de groupes de tailles intermédiaires entre l’individu et l’État. Le premier niveau est celui de la famille (οικία) – constituée par l’homme, la femme, les enfants, et les esclaves – dont le but est la survie. Ensuite, les familles s’associent en un village (kóme) dirigé par le mâle le plus âgé. Cette forme prémonarchique est une communauté de « sang » dont la raison d’être est le confort. Enfin, les villages forment eux-mêmes la plus haute forme de société, la Cité. Contrairement au village, la cité-État est autosuffisante, parce que la division du travail lui permet de posséder toutes les fonctions nécessaires à l’indépendance vis-à-vis de l’extérieur : la production agricole, l’artisanat, la défense, la justice, etc. La politique est donc, pour Aristote, l’organisation d’un véritable système de communautés humaines.

>> L’esclavage selon Aristote sur un post-it

Aristote a une vision pragmatique de la politique

La politique accomplit la nature de l’homme. Aristote part du principe que si leur réunion favorise la prospérité matérielle en rendant possible l’autarcie économique, les individus ne s’assemblent cependant pas dans cet objectif. Les considérations commerciales ou militaires ne suffisent pas non plus à constituer un État. En réalité, la Cité ne remplit sa fonction qu’à la condition que l’homme y vive « bien », c’est-à-dire que sa nature s’y épanouisse dans sa plénitude. Les diverses formes de sociabilité (parenté, phratries, rituels collectifs, loisirs communs, etc.), qui découlent toutes de l’amitié, montrent que la vie collective organisée est constitutive de l’humanité même de l’homme. « La Cité est au nombre des réalités qui existent naturellement, pose Aristote, et l’homme est un animal politique » (Politique). Ainsi, un homme est par nature un citoyen, en vertu de quoi l’individu qui ne vit pas dans la communauté politique est soit une bête, soit un dieu (sauf dans le cas de l’exil). Il ne faut toutefois pas réduire l’homme à un animal social. En effet, lui seul dispose de la parole (logos), capable de porter le savoir, quand les animaux n’ont que la voix (phôné). Or, la nature ne fait rien en vain. La parole révèle par conséquent que l’institution d’une réalité politique est inscrite dans la nature humaine. Contrairement aux sophistes, qui rejetaient la Cité dans la convention ou l’artifice, Aristote définit la communauté politique de son époque comme une organisation naturelle.

>> L’animal politique selon Aristote sur un post-it

La politique n’a pas de forme idéale. En effet, Aristote affirme qu’il n’est pas possible d’imaginer le meilleur type de gouvernement indépendamment du contexte humain. C’est plus précisément le degré de vertu des citoyens qui indique la constitution adaptée. Cette relation est à comprendre dans le cadre de l’hylémorphisme[1] d’Aristote : la communauté humaine est la matière politique, la constitution la forme politique. Or, la vertu individuelle ne suffit pas au bonheur collectif – celui-ci demande encore une vertu citoyenne, comparable à l’éthique du marin qui prend en compte la sécurité du navire, c’est-à-dire l’intérêt supérieur de l’ensemble, dans ses décisions. Toute constitution, aussi bien pensée soit-elle, est vaine en l’absence d’un certain sens du bien commun. Sans substance éthique, elle est condamnée à dégénérer en sa forme injuste. « Toutes les constitutions, explique Aristote, qui ont pour but l’intérêt commun sont, en fait, des formes correctes, en accord avec les stricts principes de justice ; celles, au contraire, qui n’ont en vue que l’intérêt personnel des dirigeants sont défectueuses et sont toutes des déviations des constitutions normales » (Politique). Les trois formes possibles de gouvernement sont la monarchie (qui dévie en tyrannie), l’aristocratie (qui dévie en oligarchie), et la démocratie (qui dévie en démagogie). La constitution démocratique est a priori la plus commode, car la vertu est probablement disséminée dans la communauté. En pratique, Aristote plaide néanmoins pour un « gouvernement mixte », ou république (politeia), dont il escompte un surcroît de stabilité et de sécurité.

>> Les régimes politiques selon Aristote sur un post-it

[1] Théorie selon laquelle tout être résulte de l’association d’une matière et d’une forme.

 

Recevez ma synthèse
des 100 meilleures
idées philosophiques
Recevez ma synthèse des 100 meilleures
idées philosophiques