art Aristote catharsis Poétique imitation

L’art a une fin qui lui est extérieure. Dans la Poétique, Aristote le classe en effet, avec l’artisanat, dans la catégorie des activités poétiques, par opposition aux activités pratiques, comme la politique ou la morale, qui ont leur fin en elles-mêmes[1]. L’art semble dès lors marginal dans la réalisation de la finalité de l’homme, mais il recèle des vertus qui le rendent tout de même important.

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L’art est une activité humaine particulière. Aristote le définit, en pratique, comme l’ensemble des procédés de fabrication aboutissant à la production d’objets utiles ou beaux, matériels ou intellectuels et obéissant à des règles « vraies », c’est-à-dire efficaces et éprouvées. Il distingue, d’une part, les arts mécaniques (peinture, architecture, sculpture, etc.) qui produisent des objets et, d’autre part, les arts libéraux (rhétorique, mathématiques, musique, etc.) qui produisent des objets intellectuels. Les arts libéraux sont nobles, tandis que les arts mécaniques, qui mobilisent le corps, sont serviles. Aristote définit encore plus précisément l’art en le comparant à la science. Alors que celle-ci vise à établir ce qui est nécessaire, l’art est lui tourné vers le particulier ; il est une forme de sagesse pratique qui repose tout de même sur une connaissance. « L’art, écrit Aristote, naît lorsque d’une multitude de notions expérimentales, se dégage un seul jugement universel, applicable à tous les cas semblables » (Métaphysique). Le philosophe donne en exemple la médecine qui, en mettant en évidence les vertus universelles des remèdes, combine la techné et la prudence. L’art se différencie également de la science par le fait qu’il porte sur le contingent : il a en effet trait à des réalités qui ont leurs principes non pas en elles-mêmes, mais dans l’homme.

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Aristote explique l’art par l’imitation

L’art repose sur l’imitation de la nature. Aristote affirme que l’objet d’art est inférieur à l’objet naturel dans la mesure où son principe de mouvement ne lui est pas consubstantiel. La nature, elle, possède une spontanéité propre et une autonomie de développement, quand l’objet artistique est dépendant de l’action humaine pour naître et évoluer. Par conséquent, la finalité de l’art serait d’imiter la nature, et plus particulièrement la perfection dont il est lui dépourvu. « L’art, affirme Aristote, ou bien exécute ce que la nature est impuissante à effectuer, ou bien il l’imite » (Physique). Le philosophe ne signifie pas par-là que l’art se borne, ni même qu’il réussit à produire des copies de la nature. L’art n’imite la nature que dans la mesure où il reproduit ses procédures. En effet, l’homme crée toujours un objet en vue d’une certaine fin, et il use de son habileté développée par l’exercice pour réaliser précisément cette fin. Or, la nature met elle aussi en œuvre des moyens pour réaliser une fin, même si elle ne se la représente pas ni ne délibère à son propos. Elle constitue donc pour l’art un modèle à imiter dans l’agencement des moyens en vue d’une fin. Elle commet certes moins d’erreurs que l’art, victime de la délibération et de la malhabileté humaines, mais elle est impuissante à créer certains objets sans la main de l’homme qui puisse la compléter.

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L’art produit la catharsis. Étudiant les ressorts du spectacle tragique, Aristote en lie le plaisir esthétique aux passions. Il met plus précisément en évidence un phénomène particulier, la carthasis (étymologiquement la « séparation du bon d’avec le mauvais »), c’est-à-dire l’épanchement des mauvaises passions. Ce processus qui procure du plaisir au spectateur est paradoxal : alors même que celui-ci est conscient de la différence entre la représentation et la réalité, il franchit spontanément la distance psychique qui les sépare. La représentation artistique exerce donc un pouvoir sur l’âme humaine : « La tragédie […], explique Aristote, est une imitation faite par des personnages en action et non par le moyen de la narration, et qui par l’entremise de la pitié et de la crainte, accomplit la purgation des émotions de ce genre » (Poétique). Ainsi, les émotions représentées par le spectacle tragique reposent sur l’identification du spectateur au personnage. Dès lors, l’intrigue est construite sur la noblesse ou la bassesse des caractères, le bonheur ou le malheur tirés des événements. Elle a pour but d’éveiller, grâce à la mimesis de l’artiste, « un sens de l’humain ». La catharsis confère plus généralement à la représentation artistique a une fonction sociale : en imitant des situations qui mettraient en péril l’ordre de la cité dans la vie réelle (crimes, incestes, etc.), elle produit l’épuration, sur le plan imaginaire, par l’empathie, des passions humaines mauvaises et dangereuses.

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[1] La politique ne vise que son propre épanouissement, c’est-à-dire la meilleure organisation possible de la vie collective. De même, la morale ne vise que le respect des règles qui la constituent.