L'art d'avoir toujours raison Schopenhauer

L’art d’avoir toujours raison est une discipline autonome. Dans L’Art d’avoir toujours raison, Schopenhauer part du principe qu’avoir raison consiste non pas à faire éclater la vérité, mais à vaincre son opposant sur le plan argumentatif. Sans préconiser pour autant le mensonge, il invite à suivre une méthode pour ridiculiser ses adversaires en public en n’excluant aucun artifice de la rhétorique.

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L’art d’avoir toujours raison est rendu possible par la médiocrité humaine. Si l’homme était honnête, imagine Schopenhauer, il ne ferait que rechercher la vérité, indépendamment de sa proximité avec sa position ou celle de son adversaire. Il est cependant animé par une vanité innée qui l’empêche de concevoir que son affirmation de départ se révèle fausse, ni que celle de l’adversaire soit en réalité juste. « Chez la plupart des hommes, précise Schopenhauer, la vanité innée s’accompagne d’un besoin de bavardage et d’une malhonnêteté innée. Ils parlent avant d’avoir réfléchi, et même s’ils se rendent compte après coup que leur affirmation est fausse et qu’ils ont tort, il faut que les apparences prouvent le contraire » (L’Art d’avoir toujours raison). Cette malhonnêteté ne peut être excusable que dans la mesure où le locuteur est souvent acquis à la thèse qu’il défend dans un premier temps et où les arguments efficaces de l’adversaire ne lui semblent d’abord justes qu’en apparence. Par conséquent, la perversité de sa volonté soutenant la faiblesse de son intelligence, il se sent obligé d’attaquer son contradicteur. Il peut alors user de différents artifices explicités par Schopenhauer, comme user de faux arguments toutefois acceptés par l’interlocuteur ; d’arguments ad hominem qui mettent en lumière la contradiction entre ses arguments et ses principes ou ses actions ; ou encore d’associations dégradantes, en amalgamant une assertion adverse avec des idées condamnées ou réfutées.

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Schopenhauer voit l’art d’avoir toujours raison comme un recueil de techniques

L’art d’avoir toujours raison ne fait pas triompher la vérité. Ce que Schopenhauer nomme la « dialectique éristique » est l’art d’avoir raison per fas et nefas, c’est-à-dire par tous les moyens possibles. Cette définition repose sur l’idée que le locuteur peut avoir objectivement raison tout en apparaissant avoir tort aux yeux des personnes présentes, et parfois même à ses propres yeux. Par exemple, la réfutation d’une preuve est souvent comprise comme la réfutation de la thèse dans son ensemble, quand bien même d’autres preuves pourraient venir la renforcer, si bien que le débatteur qui a eu recours à l’exemple est injustement (sur le plan logique) perçu comme ayant tort. Schopenhauer en conclut que « la vérité objective d’une proposition et la validité de celle-ci au plan de l’approbation des opposants et des auditeurs sont deux choses bien distinctes » (L’Art d’avoir toujours raison). Dès lors, il prend le parti d’émanciper totalement l’art d’avoir toujours raison de la vérité objective, laquelle ne peut donc triompher que de manière accidentelle, car il est rare de connaître à l’avance le vrai du faux. Il suffit donc de veiller à défendre ses propositions et à renverser celles de l’adversaire. Schopenhauer compare ainsi la dialectique à un duel d’escrime : peu importe au maître d’armes de savoir qui est coupable dans la querelle, il ne s’agit que de toucher et de parer.

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L’art d’avoir toujours raison comporte diverses techniques. Celles-ci sont nécessaires parce que la dialectique est un don inégalement partagé. L’homme possède une dialectique « naturelle », mais elle ne le protège pas, lorsqu’il a raison, d’une argumentation spécieuse de son adversaire. « Cependant, en s’exerçant, promet Schopenhauer, et en réfléchissant aux tours d’adresse susceptibles de renverser l’adversaire ou souvent employés par lui pour renverser l’autre, on peut avoir de grandes chances de passer maître en cet art » (L’Art d’avoir toujours raison). Le philosophe dénombre plus précisément trente-sept stratagèmes. Plusieurs consistent tout d’abord à jouer des dimensions, précise ou générale, de l’argumentation adverse. Il est par exemple possible d’étendre la thèse opposée hors de ses limites naturelles, de prendre certains arguments dans un contexte complètement différent pour les réfuter, de généraliser des cas très précis, voire d’éviter tout simplement les détails. Ensuite, un autre genre de stratagèmes consistent à faire reposer la justesse apparente d’un argument sur la qualité d’une personne. Par exemple, l’argument ad hominem invalide l’assertion adverse du seul fait que l’interlocuteur n’y conforme pas ses principes ou ses actions ; l’argument d’autorité, en revanche, imprègne l’argumentation d’une autorité intellectuelle que l’adversaire respecte – refuser l’argument serait remettre en cause l’autorité. Enfin, Schopenhauer présente plusieurs stratagèmes visant à déstabiliser frontalement l’interlocuteur, comme le mettre en colère, le submerger de questions, l’interrompre de manière intempestive, ou même… l’insulter !

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