De l'assujettissement des femmes John Stuart Mill

L’assujettissement des femmes s’oppose au progrès de l’humanité. John Stuart Mill affirme dans De l’assujettissement des femmes que la servitude de la femme est condamnable au même titre que toutes les formes de dépendance et de subordination présentes dans la société. Il est donc partisan d’une égalité parfaite, sans privilège, pouvoir, ni incapacité pour un sexe comme pour l’autre.

>> L’inégalité selon Rousseau sur un post-it

L’assujettissement des femmes est maintenu par la société. Stuart Mill constate tout d’abord qu’elles ne jouissent pas des mêmes droits civiques que les hommes. Par exemple, elles n’ont pas le droit de vote et elles sont exclues par la loi de certaines professions. Leur éducation les maintient également dans l’infériorité sur le plan culturel. Même les femmes des classes supérieures, pourtant initiées à l’art, restent des amatrices, cantonnées à l’exécution, qui n’égalent jamais les professionnels masculins, parce qu’elles sont placées, montre Stuart Mill, dans l’impossibilité de disposer du temps nécessaire pour exceller dans un art. Elles sont toujours absorbées par la famille ou, dans les milieux favorisés, par la fréquentation de la bonne société. Enfin, la servitude sociale des femmes est renforcée par le mariage. « À part l’esclavage des nègres, écrit Stuart Mill, c’est le seul exemple où l’on voit un membre de l’humanité jouissant de toutes ses facultés livré à la merci d’un autre avec l’espérance que celui-ci usera de son pouvoir uniquement pour le bien de la personne qui lui est soumise » (De l’assujettissement des femmes). Souvent mariée de force, l’épouse ne peut rien faire sans l’autorisation de son mari ; elle n’est pas protégée contre sa tyrannie ; et si elle dispose parfois, grâce à son charme, d’un ascendant psychologique, elle n’en use pas forcément dans le sens de son émancipation.

>> L’esclavage selon Aristote sur un post-it

Stuart Mill montre le désavantage lié à l’assujettissement des femmes

L’assujettissement des femmes est fondé sur des préjugés. John Stuart Mill démontre que l’inégalité des sexes n’est pas une vérité établie par la raison, mais une croyance fortement enracinée. Comme la subordination de la femme est une coutume universelle depuis l’apparition de la société humaine, toute dérogation à cette coutume paraît contre nature. Or, l’enracinement de ce mécanisme est si profond qu’il est très difficile, voire impossible de faire renoncer un homme à l’idée de la prétendue infériorité féminine. « Les hommes qui l’adoptent, déplore le philosophe, sont persuadés que leur sentiment doit reposer sur quelque raison restée hors d’atteinte » (De l’assujettissement des femmes). Ce sentiment est de surcroît reconnu par le droit qui, parce qu’il est toujours du côté de la force, a transposé la supériorité musculaire masculine en règle sociale. Alors que les facteurs de la hiérarchie sociale ont évolué, les femmes ont toujours un statut inférieur dès leur naissance. Ainsi, leur servitude sera difficilement abolie. Si les hommes protègent évidemment leurs privilèges en maintenant les femmes dans la crainte et sous leur contrôle, celles-ci ont également été dressées par leur éducation à réprimer leurs aspirations et à consentir à leur domination, au point de voir dans la tyrannie du mari un simple abus de pouvoir qu’il serait inutile de dénoncer.

>> Le deuxième sexe selon Simone de Beauvoir sur un post-it

L’assujettissement des femmes nuit à l’humanité tout entière. Pour Stuart Mill, en effet, la société se prive de leurs qualités spécifiques, comme l’intuition, la promptitude dans la décision, la capacité à réfléchir à plusieurs choses en même temps, à recouvrer son énergie intellectuelle plus rapidement qu’un homme, et l’aptitude à remplir des responsabilités. Ainsi, le philosophe est convaincu que si les deux sexes étaient dans une concurrence strictement limitée à leurs compétences pour exercer toutes les fonctions au sein de la société, alors beaucoup de femmes prendraient les places des hommes. Par conséquent, l’injustice fondamentale qui garantit l’infériorité féminine pénalise la société entière en l’empêchant de pouvoir bénéficier de meilleurs médecins, de meilleurs avocats ou de meilleurs représentants politiques – elle est d’autant plus pénalisée que l’émulation entre les meilleurs hommes et les meilleures femmes améliorerait encore leurs compétences. « Le monde, affirme Stuart Mill, fait une perte extrêmement sérieuse en refusant de faire usage d’une moitié de la quantité totale des talents qu’il possède » (De l’assujettissement des femmes). L’émancipation des femmes bénéficierait donc fortement à l’humanité en doublant ses ressources intellectuelles. Voyant l’histoire prendre ce chemin souhaitable, Stuart Mill prévient toutefois que l’égalisation des conditions et la mise en concurrence naturelle de tous ne doivent pas être confondues avec l’identité des femmes et des hommes.

>> La théorie de la justice de Rawls sur un post-it