Mein Kampf Résumé Hitler

Ma synthèse de Mein Kampf est également disponible en vidéo.

Si cet article est le premier sur lequel vous tombez, je vous invite à lire l’avertissement au début de « Mein Kampf – Enfance et formation (1/3) ».

 

Un homme est mûr pour la politique à trente ans, affirme le prisonnier.

Ce sont pourtant la défaite et la révolution de novembre qui précipitent le destin du soldat de trente ans.

Adolf devient Hitler.

Il ne peut pas laisser l’Allemagne aux mains des sociaux-démocrates qui précipitent son déclin, se justifie-t-il.

Persuadé que le gouvernement provisoire est une hégémonie juive, il se lance d’abord dans des activités subversives. Des hommes viennent l’arrêter en avril 1919, mais ils ont peur de son fusil, se vante-t-il. Il crée ensuite le parti social-révolutionnaire avec d’autres soldats pour porter une vision nationaliste et socialiste de l’économie.

Il reprend aussi ses « études » : il lit Le Capital de Karl Marx, qu’il interprète paradoxalement, toujours dans la perspective du complot judéomarxiste, comme la doctrine préparant le terrain en vue d’une véritable internationalisation du capital boursier.

Hitler est très actif.

Chaque journée commence à cinq heures du matin, et son seul loisir est de regarder les souris de sa chambre pendant quelques minutes, avant de se lever.

Partisan malgré lui

Il se rend aux conférences politiques fréquentées par le milieu militaire. Lors d’un débat, il ne peut s’empêcher de s’opposer violemment à un homme qui défend les Juifs. Son éloquence est remarquée par les participants, et il devient, grâce à cette prestation, officier d’instruction d’un régiment de Munich (bonjour l’instruction).

Il commence alors à imaginer mettre à profit son talent d’orateur, et plus particulièrement sa capacité à nationaliser ses audiences : « Au cours de mes conférences, j’ai ramené des centaines, voire des milliers de mes compatriotes à leur peuple et à leur patrie. J’ai “nationalisé” ces troupes et, ce faisant, j’ai contribué à rétablir la discipline générale »[1] (Mein Kampf).

Il ne faut pas attendre longtemps que le destin se manifeste.

Ses supérieurs demandent à l’instructeur, dans le cadre de la surveillance des activités révolutionnaires, d’assister à un meeting du Parti ouvrier allemand et de leur faire un rapport.

Prenant trop à cœur son rôle d’infiltré, il ne peut se retenir de prendre part au débat pour y défendre l’unité de l’Allemagne. Cette intervention encore une fois remarquée lui vaut d’être fait membre à l’initiative du parti, sans son accord préalable s’offusque-t-il, et d’être invité à la prochaine conférence.

Comme si le destin avait décidé pour lui.

Partagé entre la contrariété et l’excitation, il se rend à la conférence ; et il est finalement déçu par la désorganisation.

Alors son hésitation grandit : doit-il confirmer son adhésion ? Ou ne pas répondre à la maladresse de ces bras cassés ?

Il prend le temps de réfléchir intensément, lui qui déteste les personnes velléitaires. Après plusieurs insomnies consécutives – comme après l’annonce de la défaite – il décide finalement de rejoindre le Parti ouvrier allemand : il est le membre numéro sept.

« C’était la décision la plus fatidique de ma vie. Aucune retraite n’était possible. »

Quelles sont les raisons qui ont fait pencher la balance ?

Tout d’abord, les adhérents du parti sont des gens comme lui, des gens du peuple ou d’anciens soldats déçus par la classe politique, et qui ne supportent plus le cours des choses en Allemagne. Ensuite, comme le mouvement est récent, il est encore exempt de pesanteurs bureaucratiques. En y entrant aussi tôt, il aura une légitimité supérieure et pourra y acquérir beaucoup d’influence.

Et puis… les grands partis ne veulent pas des gens comme lui ; ils veulent des bourgeois bardés de diplômes.

« Les personnes “éduquées” considèrent tout imbécile recouvert d’un certain nombre de certificats académiques comme supérieur au jeune homme le plus apte, mais qui n’a pas ces précieux documents. »

Les fondations du futur parti nazi

Le prisonnier se présente comme l’inspirateur de l’identité et des principes du futur parti nazi.

Dans l’esprit du nouvel adhérent, le mouvement s’adresse aux Allemands profondément insatisfaits qui souhaitent un changement radical que les hommes politiques sont trop lâches pour mettre en place.

Il n’est pas un parti tribunitien[2] ; il doit au contraire viser la conquête effective du pouvoir : « Tout mouvement qui vise la réforme doit, dès le premier jour de son activité, être considéré par ses dirigeants comme un mouvement de masses, et non comme un club de thé littéraire ou une association de philistins qui se réunissent pour jouer aux ninepins[3] » (Mein Kampf).

L’efficacité de son organisation repose sur le principe hiérarchique : légitimé par le culte de la personnalité, le chef du parti jouit d’une autorité absolue, dont il délègue une part à un chef subalterne – et ainsi de suite, sans toutefois multiplier les intermédiaires, et en conservant l’autorité spirituelle du centre originel du mouvement.

« Le mouvement pose le principe que, pour les plus petits problèmes comme pour les plus grands, une personne doit avoir l’autorité absolue et porter toute la responsabilité. »

Enfin, les membres doivent être soudés par un dogmatisme radical qui leur fasse aimer leur combat pour lui-même. L’idéologie et le sentiment d’appartenance sont si forts qu’être critiqué dans la presse (juive, cela va de soi) est reçu comme un honneur : « Toutes les calomnies et les mensonges publiés par les Juifs sont des signes d’honneur qui peuvent être portés par nos camarades. […] Si un de nos camarades ouvre un journal juif le matin et ne s’y trouve pas vilipendé, alors il n’a rien fait d’utile le jour précédent ».

Tels sont les principes fondamentaux du Parti ouvrier allemand.

En termes de moyens, les talents d’orateur du membre numéro sept font des merveilles pour récolter les premiers fonds. Le mouvement multiplie donc les meetings, où le public est de plus en plus nombreux. Il commence à faire peur aux bourgeois et à irriter les marxistes qui se seraient passés de cette concurrence d’un nouveau genre. Il fait de l’ombre aux « combattants de la plume » qui n’ont pas, eux, le courage de défendre leurs idées sur scène, devant un public potentiellement hostile.

La croissance des revenus permet au parti d’investir dans la propagande et d’organiser son premier meeting de masse.

Hitler angoisse à l’idée qu’il y ait des sièges vides, mais plus de deux mille personnes se pressent dans la brasserie Hofbräuhaus le 24 février 1920.

C’est là un signe du destin : « Je sentais aussi que la déesse de la vengeance se préparait à réparer la trahison du 9 novembre 1918 ».

Petit parti devient grand

Le Parti ouvrier allemand est totalement étranger, plaide le prisonnier, au cynisme parlementaire bourgeois qui consiste à exciter les espoirs du peuple en période électorale dans le seul but d’obtenir des places et des rentes.

Non, il a une grande et noble ambition : imposer une nouvelle Weltanschauung[4] dans le paysage politique allemand.

Ce projet quasi révolutionnaire demande énormément d’efforts, et il a contre lui tous les conservateurs ; mais il suffit d’une minorité armée de volonté, animée par le désir de la tabula rasa et le refus du compromis.

Cette ambition nécessite une élite intellectuelle au sein du parti, ainsi qu’un programme pragmatique, mais stable (les 25 points), pour attirer les travailleurs allemands.

Dans les faits, le succès grandissant du mouvement incite ses concurrents à copier ses idées, notamment sa conception du peuple (contenue dans le terme völkish). Beaucoup se seraient directement inspirés du programme ; mais comme ils n’étaient pas assez forts, ils ont fait alliance avec d’autres groupes, et ils ont perdu, ce faisant, l’élan dogmatique initial qui constituait leur seule force[5].

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Surfant sur le succès de son premier meeting de masse, le Parti ouvrier allemand décide d’en organiser un par semaine, ce qui stresse considérablement les cadres.

Fidèle à son intransigeance et sûr de son pouvoir de conviction, Hitler prend le risque d’évoquer la responsabilité de la défaite et le scandale du traité de Versailles, des controverses très impopulaires à l’époque, dans lesquelles même les marxistes ne s’aventuraient pas, précise le prisonnier.

« Je me présentais devant une assemblée d’hommes qui croyaient le contraire de ce que je voulais dire et qui voulaient le contraire de ce en quoi je croyais. Ensuite, j’ai dû passer quelques heures à persuader deux ou trois mille personnes de renoncer à leurs opinions, à détruire les fondements de leurs opinions l’un après l’autre, et enfin à les amener à prendre position sur la base de nos propres convictions et de notre Weltanschauung. » (Mein Kampf)

S’inspirant des propagandistes des autres partis, il travaille beaucoup ses argumentaires, anticipe les objections une par une, et prépare méticuleusement ses réponses.

Il estime que les opposants représentent en moyenne un tiers de l’audience.

Le Parti ouvrier allemand innove en proposant des conférences thématiques.

Le bouche-à-oreille fait le succès de deux conférences en particulier, « Sur les causes de la Guerre mondiale » et « Sur les traités de paix de Brest-Litovsk et de Versailles », où Hitler compare dans le détail le traité de Brest-Litovsk et celui de Versailles pour montrer à quel point le second est barbare – il réussit ainsi à provoquer l’indignation de l’audience.

À force de répétitions, son éloquence devient encore plus puissante.

L’atmosphère des meetings du parti, pleine d’excitation populaire, tranche avec celle des partis bourgeois, tranquille, homogène, où la parole est aussi policée que dans un article de la grande presse.

Mais le concurrent numéro un, ce sont les communistes.

Quand il s’agit de choisir la couleur du parti, Hitler mise sur un hack : il tranche en faveur du rouge – ce qui choque tout le monde, y compris les nationalistes – dans le but d’irriter les communistes et d’en faire venir un maximum aux meetings, où son pouvoir de persuasion réussira à les convertir.

Il est indifférent à toutes les tactiques tentées par les communistes – troubler le meeting, l’empêcher[6], ne plus y aller, tourner en ridicule le parti, le diffamer – parce qu’il considère que c’est in fine de l’attention gagnée.

Il veut tellement en convertir un maximum qu’il tolère que ses nouveaux adhérents restent communistes ! C’est bien sûr aussi un moyen, dans un second temps, d’infiltrer le parti communiste pour lui nuire de l’intérieur.

Le mouvement s’inspire même un peu de la fameuse discipline des rouges.

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En 1920, les meetings sont tellement populaires que leur rythme passe à deux par semaine.

Le parti est désormais une force de premier plan à Munich, où le nombre de supporters et d’adhérents croît en flèche.

Il lui faut un symbole.

Très sensible à l’impact de la propagande, Hitler considère que la question est de premier ordre ; comme à son habitude il prend donc le temps pour y réfléchir.

Ce sera un swastika dans un rond blanc sur fond rouge.

Le renforcement du parti : la SA, la propagande, et l’organisation

Hitler crée la section d’assaut (SA) en 1921 malgré la méfiance de l’État, l’absence de formation militaire des partisans les plus jeunes, et l’ampleur du travail d’endoctrinement.

Ces troupes d’assaut regrouperont les champions des idées nazies, sélectionnés pour leurs compétences militaires et soumis à une discipline très stricte.

Elles sont plus précisément construites à partir de trois caractéristiques : 1° les membres reçoivent un entraînement militaire adapté aux activités du parti (mieux vaut un bon apprentissage de la boxe et du ju-jitsu, explique le prisonnier, qu’un mauvais entraînement au tir) ; 2° ils revêtiront un uniforme avec lequel ils agiront de manière transparente, en plein jour (Hitler condamne la culture du secret) ; 3° pour faire de la SA un corps vraiment à part, l’organisation des troupes ne sera pas calquée sur celle de l’armée.

Ainsi, plusieurs troupes d’une centaine d’hommes en uniformes sont déjà constituées à la fin de l’année 1922.

Trois événements créent le prestige de la SA. Sa présence à la manifestation de l’été 1922 contre la loi pour la protection de la République remet en cause le « monopole de la rue » des communistes, et booste immédiatement le recrutement. La mise en déroute des milices communistes lors de la Journée allemande des groupes völkish d’octobre 1922 à Cobourg marquerait la fin de la « terreur rouge », que la SA ira ensuite combattre dans ses différents bastions. Enfin, l’occupation de la Ruhr par la France justifie la transformation (temporaire, jusqu’en 1925) de la section en une organisation militaire de combat.

Parallèlement, Hitler intensifie la propagande, qu’il conçoit comme la première tâche du parti. Il fait par exemple acheter le journal Volkische Beobachter (« L’Observateur populaire ») à la fin de 1920.

Enfin, il optimise l’organisation.

Il fait attention à ce qu’elle ne grandisse pas trop vite, au risque de devenir passive, et qu’elle reste dans les mains du noyau originel (ce qui l’avait décidé à rejoindre le parti). Il renforce par conséquent la sélectivité du processus d’adhésion : les candidats qui craignent les conséquences sociales de leur appartenance sont systématiquement refusés (même si cela favorise les individus radicaux dont le fanatisme lui cause parfois de l’anxiété, avoue-t-il) ; les universitaires qui vivent dans les livres et les entrepreneurs ratés ne sont pas non plus les bienvenus.

Hitler obtient les pleins pouvoirs en 1921 après un putsch raté.

Il peut enfin modeler le parti entièrement selon ses vues. En août, il généralise le principe hiérarchique : lui-même remplace un comité élu dont il pointe du doigt l’inefficacité typique de la démocratie parlementaire ; il supprime également les organes collectifs (qui n’étaient pourtant que consultatifs).

Idéalisme oblige, il est très exigeant sur le recrutement du personnel : il ne veut pas des employés, mais des partisans exaltés prêts à se sacrifier à la tâche pour la cause.

Voici jusqu’où le destin a amené, en seulement quelques années, le membre n°7, celui qui a puisé dans ses propres économies pour financer les débuts du parti.

La suite est passée sous silence – le prisonnier ne veut pas rouvrir les plaies du putsch de Munich.

Oui, le mouvement est dissout et interdit ; mais ce n’est que partie remise, car sa mission raciale, à l’égard de laquelle aucun sacrifice n’est assez grand, continue de vivre à travers les adhérents.

Le destin est en marche.

Hitler ne doute pas que l’histoire lui donnera raison.

L’histoire, c’est-à-dire son destin.

Romain Treffel

>> Résumé de Mein Kampf (1/3) – Enfance et formation
>> Résumé de Mein Kampf (3/3) – Vision du monde


[1] J’ai traduit moi-même tous les passages cités dans l’article depuis l’anglais à partir de la version de James Murphy (1939), disponible en version Kindle sur Amazon.com.

[2] Un parti tribunitien sert à relayer les revendications des plus défavorisés.

[3] Un genre de bowling traditionnel allemand.

[4] Ce terme allemand est généralement traduit par « conception du monde », car il associe les mots Welt (« monde ») et Anschauung (« vision, opinion, représentation »).

[5] Hitler fait néanmoins l’éloge de Julius Streicher, qui a appelé les membres du Parti socialiste allemand de Nuremberg à rejoindre le parti nazi.

[6] Le parti crée tout de même son propre d’ordre afin d’éviter les annulations pour risques de trouble décidées par la police (bien sûr complice de tous les opposants, selon Hitler).

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