Nassim Taleb Jouer sa peau Risque

Article tiré de la lecture de Jouer sa peau, de Nassim Taleb, qui a également inspiré ma vidéo YouTube intitulée « 5 raisons de prendre des risques »

Le risque est nécessaire. Presque partout.

Mais il l’est surtout pour comprendre le monde : il explique l’incertitude du savoir, la symétrie dans les affaires humaines, l’échange d’information, et la rationalité au sens large.

Le contact avec la réalité dont découle l’expérience du risque est la pierre de touche du vrai savoir.

« Ce qui a été souffert a été appris » (pathemata mathemata), dit le proverbe grec.

« Le savoir obtenu en bricolant, écrit Nassim Nicholas Taleb, par essai et erreur, par l’expérience, et le travail du temps, en d’autres termes, le contact avec la terre, est largement supérieur à celui obtenu par le raisonnement, ce que les institutions ne servant qu’elles-mêmes ont été bien occupées à nous cacher. »[1]

Le risque réduit plus précisément la divergence entre la parole et l’action, l’intention et la conséquence, la théorie et la pratique.

Il est lié à la justice, à l’honneur et au sacrifice, qui sont cruciaux dans les sociétés humaines.

Il a donc une dimension profondément morale.

La meilleure preuve en est la condamnation unanime de l’aléa moral : « Si on reçoit les bénéfices, alors on doit aussi porter certains des risques, et non pas laisser les autres payer le prix de nos erreurs ».

Par exemple, ce ne sont pas les décideurs occidentaux qui ont à subir les conséquences dramatiques des interventions en Irak et en Libye, mais les populations locales.

Le raisonnement « interventionniste » est foncièrement erroné pour trois raisons :

  1. il est statique, or « chaque paysan en Mongolie, chaque serveur à Madrid, chaque voiturier à San Francisco sait que la vie réelle se trouve avoir des secondes, troisièmes, quatrièmes, nièmes étapes » ;
  2. il n’est pas multidimensionnel ;
  3. il conçoit la réalité en termes d’actions, et non pas d’interactions.

Toute intervention devrait, au contraire, être fondée sur l’adage médical Primum non nocere (« D’abord ne pas nuire »).

Tout décideur devrait, au contraire, assumer le risque.

Historiquement, les sociétés ont été gouvernées par des gens qui prennent des risques – moins d’un tiers des empereurs romains sont morts dans leur lit – pas par des gens qui les transfèrent.

La bureaucratie se définit, elle, par l’aléa moral. La centralisation favorise le mensonge à cause de l’éloignement de l’administrateur et de l’administré ; mais son inefficacité la voue à l’explosion, après quoi une certaine efficacité est restaurée par la décentralisation.

Taleb illustre l’aléa moral par l’enrichissement de Robert Rubin, qui a perçu, en dix ans, plus de 120 millions de dollars de la banque Citigroup avant qu’elle ne soit sauvée par l’État américain en 2008.

Le risque comme processus de filtrage

C’est le risque qui filtre l’erreur.

« Vous ne convaincrez jamais quelqu’un qu’il a tort ; seule la réalité le peut ».

En réalité, les gens n’apprennent pas de leurs erreurs ; les systèmes sélectionnent ceux qui en commettent le moins, et progressent ainsi d’expérience, par filtrage. Seulement, cela n’est plus possible si l’acteur est déconnecté du risque.

Le processus de filtrage était pourtant présent dans les règles de la tradition. Le Code de Hammurabi (XVIIIème siècle av. J.-C.), dont est issue la loi du Talion, repose sur la nécessité de l’équivalence de la sanction et de la faute ; dans le Lévitique, la règle d’or, ou principe de bienfaisance, consiste à traiter autrui de la manière dont on souhaiterait qu’il nous traite.

La règle d’argent, ou principe de non-malfaisance (ne pas faire aux autres ce que l’on ne veut pas qu’ils nous fassent), lui est cependant supérieure, parce qu’on améliore un système non pas en y ajoutant des choses, mais en retirant ce qui est mauvais.

Socrate a notamment appliqué ces règles d’empathie à la famille – que les parents traitent leurs enfants en se mettant à leur place – et aux relations internationales – que les États forts n’abusent pas des États faibles.

Pour Taleb, la symétrie morale est le fondement de la liberté, tandis que l’universalisme – celui de l’impératif catégorique de Kant, par exemple – produit des conséquences désastreuses.

Le progrès par le risque

« Ne prenez pas conseil auprès de quelqu’un qui gagne sa vie en vendant ses conseils, sauf s’il peut être sanctionné pour ses conseils. »

Des disciplines entières, comme l’économie[2], deviennent charlatanesques par absence de risque, alors que dans la vie quotidienne, la plupart des gens paient le prix de leurs erreurs.

De ce point de vue, la véritable rationalité se définit comme l’intelligence du temps : dans le monde intellectuel, ce qui fait ses preuves en survivant à la critique ne peut pas être stupide ; dans le monde matériel, les comportements qui ont rendu possible la survie collective – notamment la résistance aux cygnes noirs – sont, à cet égard, rationnels.

Or, les producteurs de savoir n’acceptent pas ce processus.

Mettant dans le même sac l’intellectualisme (les approches top-down) et le scientisme, Taleb invite, avec Sextus Empiricus (Contre les professeurs), ceux qui parlent à faire, et ceux qui font à parler.

L’énergie est trop souvent gaspillée dans des voies où la vertu du risque est absente. Les employés des centres de désintoxication disent par exemple que si les drogués consacraient la moitié de l’énergie qu’ils dépensent à obtenir leur dose à s’enrichir, ils deviendraient tous millionnaires.

« Si vous trouvez une force exceptionnelle pour soulever une voiture et ainsi sauver un enfant, la force gagnée restera après que les choses se calment. Contrairement au drogué qui perd son ingéniosité, ce que vous apprenez de l’intensité et de la concentration que vous aviez quand vous étiez sous l’influence du risque reste avec vous. »

La prise de risque rend plus fort.

Taleb affirme que ce sont les risques qu’il a pris en tant que trader qui l’ont rendu très bon en mathématiques.

À l’inverse, la volonté de supprimer le risque fait empirer les choses.

La régulation est certes nécessaire dans certaines situations, mais globalement, elle complique les choses et engendre des parasites qui entravent la liberté.

« Les choses imaginées par des personnes qui ne prennent pas de risque tendent à devenir de plus en plus compliquées (avant leur disparition finale). »

Le sens éthique du risque

Le risque sépare l’homme de l’animal et hiérarchise les hommes entre eux.

L’individu qui a réussi en prenant des risques peut mener une vie honorable, caractérisée par l’indépendance morale.

En termes de profession, le risque sépare l’entrepreneur de l’artisan.

L’artisanat ne se définit pas par la prise de risque, car :

  • les motifs financiers ne priment pas ;
  • l’activité comporte une dimension artistique ;
  • l’artisan met son âme dans son travail.

Taleb prend en exemple les tentatives infructueuses de transformer l’écriture en une entreprise purement économique : l’insertion de publicité dans des livres gratuits n’a pas fonctionné ; sauf exception[3], les auteurs qui utilisent des nègres perdent la plupart du temps leur lectorat.

L’entrepreneuriat, en revanche, se définit par le risque. C’est pourquoi les startuppers qui ont pour projet de vendre l’entreprise, ou d’ouvrir le capital au public – c’est-à-dire de transférer le risque – ne méritent pas d’être qualifiés d’« entrepreneurs ». À l’autre extrême, donner à l’entreprise ou au produit le nom du fondateur (ou du propriétaire) est un bon signe d’engagement.

Bref, il faut assumer le risque ; il faut avoir le courage de s’engager totalement, à l’image de Taleb qui a pris la nationalité américaine malgré la taxation universelle.

Or, ce courage ne s’apprend pas dans les livres, il ne se tire pas d’une quelconque théorie : « Par quelque phénomène mental mystérieux, les gens n’arrivent pas à comprendre que la chose principale qu’on peut apprendre d’un professeur est comment devenir un professeur – et la chose la plus importante qu’on peut apprendre, disons, d’un coach de vie ou d’un orateur inspirant est comment devenir un coach de vie ou un orateur inspirant ».

Comme le montre l’écriture, la limite à l’optimisation de la production est l’identification de l’individu à la tâche. Il préfère la faire lui-même parce qu’il y exprime son âme, ce qui confère à son travail une qualité et une dimension impossibles à reproduire par un processus impersonnel.

Le sens ultime de son action est la possibilité d’y exprimer son âme.

Nombreux sont, en revanche, les dispositifs qui déconnectent l’individu de son travail : la tradition des bonus, qui favorise l’aléa moral dans la finance ; la situation de conflit d’intérêts entre les critiques littéraires et les lecteurs, lesquels n’ont aucun moyen de sanctionner la qualité de la recommandation ; ou encore l’encadrement légal des actes médicaux, qui pousse le médecin à bannir les risques de court terme et à négliger ceux de long terme.

Seul l’administrateur, le responsable des transferts de risque, n’en prend aucun : « Les administrateurs ont toujours été, partout sur la planète, dans toutes les entreprises, et toutes les quêtes, et à toutes les périodes de l’histoire, un fléau ».

Taleb affirme plus généralement que les gens qui n’agissent pas, tout particulièrement les universitaires, ne parviennent pas à tirer les leçons de la vie active et transactionnelle.

Il défend en particulier la nécessité d’une certaine humilité : interrogé sur le cas de Microsoft à la télévision, il s’est pour sa part déclaré incompétent parce qu’il n’en détenait aucune action.

Les échelles de l’éthique du risque

Un ancien adage dit qu’il faut manger les tortues qu’on attrape – autrement dit, se nourrir de ce dont on nourrit les autres.

C’est une réponse à un vieux débat. Les stoïciens Diogène de Babylone et Antipater de Tarse se demandaient par exemple : faut-il vendre un produit dont on sait que le prix va baisser ? Le premier a répondu par l’affirmative en partant du principe que l’éthique d’une transaction, essentiellement légale, est différente de celle d’une relation ; attaché à la symétrie morale (ne pas faire ce qu’on n’aimerait pas qu’on nous fasse), le second pense que le vendeur doit tout dire à l’acheteur potentiel.

Cet exemple montre que l’éthique est plus robuste que le légal, dans la mesure où elle est universelle, et non pas contingente.

Si la transparence progresse dans le monde moderne, la question de la symétrie est compliquée ; c’est pourquoi différentes solutions y ont été proposées. Par exemple, certaines règles de la finance islamique prohibent l’inégalité d’incertitude, et l’éthique juive précise que la transparence doit aller jusqu’à savoir ce que les cocontractants ont en tête.

Il y a cependant une question d’échelle.

Comme les règles éthiques ne s’étendent pas à l’infini – où le général tue le particulier – il vaut mieux, pour Taleb, pacifier les relations entre les tribus plutôt que de toutes les confondre dans un seul et unique ensemble.

« On comprend instinctivement, écrit-il, que les gens s’entendent mieux en tant que voisins plutôt que colocataires. »

Le risque et l’engagement sont certes en partie collectifs (cf. le concept de synkyndineo, « prendre des risques ensemble », de la marine de la Grèce antique, traduit par compericlitor en latin), mais ils ne s’étendent pas à l’humanité tout entière. La tragédie des biens communs d’Ostrom montre que le collectivisme ne fonctionne qu’en dessous d’une certaine échelle, au-delà de laquelle les intérêts particuliers empêchent le communisme.

Taleb cite à ce propos le dicton des frères urbanistes Geoff et Vince Graham : « Je suis libertarien au niveau fédéral ; républicain au niveau de l’État ; démocrate au niveau local ; et socialiste à l’échelle de la famille et des amis ».

La problématique de l’échelle invalide donc la division politique droite-gauche. Elle semble également empêcher la généralisation des théories scientifiques de l’individu au groupe, puis à la société tout entière.

La règle de la minorité

La règle de la minorité est la mère de toutes les asymétries.

Une minorité intransigeante qui représente seulement 3 % d’un ensemble peut par exemple le soumettre à ses préférences.

C’est tout d’abord un phénomène logique : si une personne souffrant d’allergies alimentaires est condamnée à éviter certains produits, le régime convient également à toutes celles qui n’en souffrent pas.

Il explique, entre autres, la quantité disproportionnée de viande halal par rapport à la proportion d’adeptes ; la nécessité, pour les producteurs d’OGM, de convertir quasiment 100 % des consommateurs ; la diversité des intolérances des électeurs des partis extrêmes (une suffit pour rejeter les partis « non extrêmes ») ; la prospérité des McDonald et des pizzerias, qui réduisent l’incertitude du choix parce qu’ils conviennent presque à tout le monde ; la sélection des lingua franca par des administrateurs cruciaux ou des commerçants (d’où l’impossibilité de définir les peuples par les langues) ; la domination d’une variante religieuse.

Il révèle également une autre vertu de la décentralisation : elle réduit la disproportion entre le groupe qui dicte ses préférences et l’ensemble.

La règle de la minorité intransigeante équivaut, sur le plan de la connaissance, à la falsification de Karl Popper : il suffit d’une seule expérience pour invalider une théorie.

Au plan moral, de même, ce sont les minorités les plus petites, les plus décidées et les plus obsessives qui imposent leurs valeurs à toute la société – elles ne sont donc pas le fruit d’un consensus. C’est pourquoi ce sont elles qui changent le monde, comme dans les révolutions.

Taleb évoque la légende selon laquelle Kurt Gödel aurait souligné l’incohérence de la constitution américaine lors de son examen de naturalisation. En tolérant les intolérants – qui violent la règle d’argent – la démocratie serait vouée à disparaître à cause de ses minorités intransigeantes.

Le moyen d’éviter leur oppression est de limiter autant que possible l’intervention dans le corps social et de laisser faire la main invisible : « Laissez les gens sous une bonne structure et ils prendront les choses en main ».

Le biais du risque

Toute association veut déposséder ses membres d’une partie de leur liberté, ce qu’elle fait en les conditionnant et en leur faisant courir un risque. L’Église a par exemple condamné les gyrovagues, ces moines errants qui refusaient de dépendre d’un monastère.

Dans le monde économique, les organisations développent la servilité des employés. Ils sont chers, mais on peut compter sur eux – ils ne prendront pas le risque de partir pour une meilleure opportunité. Les comptables des familles romaines étaient des esclaves qu’elles pouvaient sanctionner en les assassinant (attention à l’erreur de calcul !).

Dans les entreprises modernes, l’employé modèle (le company man) est persuadé qu’il a beaucoup trop à perdre, et depuis les années 1990, il veille à son employabilité afin qu’un prestataire externe ne lui soit pas préféré. Le rapport de force est encore en sa faveur s’il intervient à un endroit risqué de la production. Les expatriés des multinationales, par exemple, sont un peu des esclaves haut de gamme, tant leurs avantages les soumettent à leur employeur.

Taleb compare un employé viré à un chien sans maître qui, contrairement à un loup, n’est pas préparé à survivre.

« Les preneurs de risques peuvent être des personnes socialement imprévisibles. La liberté est toujours associée avec la prise de risque, qu’elle y mène ou qu’elle en découle. Vous prenez des risques, vous vous sentez faire partie de l’histoire. Et les preneurs de risques prennent des risques parce que c’est dans leur nature d’être des animaux sauvages. »

Lorsque les banques ouvrent leurs portes, raconte-t-il, leurs traders sont montrés comme des animaux sauvages. Leur violence verbale et leurs outrances sont des risques qu’ils peuvent se permettre de prendre en raison de leur compétence. Ironiquement, la véritable liberté se signale donc par l’adoption des mœurs des basses classes, à l’image de Diogène le cynique.

La liberté d’une personne se juge à l’aune de ce qu’elle a à perdre.

C’est ce qui explique que les dirigeants élus soient beaucoup moins décidés dans leur action que les autocrates comme Poutine (d’où la répugnance de l’administration américaine à sanctionner l’Arabie saoudite après le 11 septembre, ou les banques après la crise).

Taleb en déduit aussi qu’il est difficile de faire confiance à un employé dont le travail est évalué par un supérieur.

À l’échelle individuelle, seul le célibat garantit la liberté et l’éthique intellectuelles, puisque les risques pris ne s’étendent pas à autrui. Comme il existe toujours des vulnérabilités cachées, il faudrait n’avoir aucun ami pour être libre de tout conflit, à l’instar de Cléon, un des adversaires les plus acharnés de Périclès (après la mort duquel il est devenu le véritable chef de la démocratie athénienne).

Les terroristes islamistes posent problème à cet égard, car ils n’ont rien à perdre.

Enfin… presque… Taleb imagine de sanctionner leurs familles afin de leur faire assumer un risque nouveau !

De la supériorité de l’action

Être en vie signifie prendre certains risques.

Accomplir des choses demande d’en assumer de plus grands. Taleb a par exemple été étonné en comprenant que la magicien David Blaine passe vraiment un pic à glace entre ses doigts. En comparaison, les risques virtuels ne sont pas de vrais risques.

Le célèbre pari de Pascal fait de la religion une activité purement académique et stérile, alors que Jésus a terriblement souffert sur la croix, et que ce risque devrait inspirer les croyants.

Au plan général, l’action est toujours préférable à la parole : il faut agir avant de parler et davantage qu’on ne parle, parce que l’action seule est supérieure à la parole seule.

Taleb interprète ainsi les discours anti-élites comme une condamnation de leurs aléas moraux. Il avait prédit l’élection de Trump parce que ses défauts évidents prouvent qu’il a pris de vrais risques dans sa vie : « Les cicatrices signalent l’expérience du risque ».

La figure talebienne de ces élites modernes immunisées contre le risque est l’« intellectuel idiot » (« Intellectual Yet Idiot », IYI) : il méprise le peuple et promeut la démocratie tant qu’elle donne la victoire à ses idées – sinon c’est du populisme ; il étudie tout de manière superficielle, sans se frotter à la complexité du réel ; il pense qu’il a toujours raison alors même qu’il ne prend aucun risque susceptible de le vérifier.

Le risque et l’égalité

Pourquoi les gens tolèrent-ils l’inégalité dont bénéficient les personnes qu’ils admirent, quand ils trouvent intolérables les privilèges des banquiers ou des bureaucrates ?

Les sondages révèlent que les Américains méprisent l’enrichissement sous forme de salaire, et qu’ils condamnent l’enrichissement à somme nulle. Comme l’a écrit Balzac, gagner en bourse serait puiser dans la bourse des autres.

Pour Taleb, c’est là la preuve que l’inégalité est tolérée à la condition que le bénéficiaire risque de tout perdre : « Ceux à qui les gens en veulent – ou devraient en vouloir – sont les personnes au sommet qui ne prennent pas de risque, celles qui, parce qu’elles n’assument pas leur part de risque, sont immunisées contre la possibilité de tomber de leur piédestal, de perdre leur revenu ou leur niveau de richesse, et de devoir faire la queue au secours populaire ».

À ses yeux, « la véritable égalité est l’égalité en probabilité ».

L’inégalité doit être dynamique, comme aux États-Unis, et non pas statique comme en France, où l’État fige les positions en protégeant les riches. Plus de la moitié des Américains passent au moins une année parmi les 10 % les plus riches de leur pays, et seuls 10 % des 500 Américains les plus riches sont des héritiers, contre 60 % des 500 Français les plus riches.

La richesse est donc une bonne chose à condition qu’elle soit précaire.

Dès lors, la solution est, encore plus que de faciliter l’enrichissement des pauvres, d’introduire du risque pour les riches : « Le moyen de rendre la société plus égalitaire c’est de forcer (en introduisant du risque) le riche à être soumis au risque de sortir des 1 % ».

La situation idéale est celle de l’ergodicité[4] : que tout individu passe X % de sa vie dans les X % les plus riches.

Taleb refuse justement les conclusions de Piketty (Le Capital au XXIe siècle) parce qu’elles portent sur les inégalités statiques (en plus de comporter divers biais).

Selon lui, elles reflètent à la fois la fausse solidarité exprimée par les mandarins pour consolider leurs privilèges, et l’envie qui les anime fondamentalement. Ne sortant guère de leur microcosme, les intellectuels académiques prétendent résoudre la pauvreté alors qu’ils ne connaissent les pauvres qu’en théorie.

Au plan politique, le problème n’est pas que des hommes riches arrivent au pouvoir, mais que des hommes politiques s’enrichissent, comme les époux Obama qui ont perçu 60 millions de dollars d’avance pour leurs mémoires, ou les hauts fonctionnaires récupérés, en France mais comme ailleurs, par le secteur privé.

L’effet Lindy

À New York, les acteurs qui se retrouvent chez le traiteur Lindy ont remarqué qu’un show programmé pour 100 jours à Broadway durait généralement 100 jours de plus. Ce phénomène illustre le fait que l’espérance de vie de certaines choses non périssables est liée à leur durée de vie passée : tel est « l’effet Lindy ».

Le sens profond de cet effet est que le temps, ou la fragilité (dans la terminologie de Taleb), est le seul juge de l’expertise : « La durée est liée au risque. Les choses qui ont survécu nous signalent qu’elles jouissent d’une certaine robustesse – à la condition qu’elles fussent exposées au risque ».

Pas besoin d’experts pour contrôler les experts, c’est le temps qui les jugera.

Les choses périssables vieillissent, ou connaissent des accidents, tandis que les choses non périssables peuvent se renforcer par l’effet Lindy.

« Prends de vieilles lois, mais de la nourriture fraîche », dixit Périandre de Corinthe.

Depuis que l’administration d’une université lui a fait remarquer qu’il serait jugé par ses pairs, Taleb définit une personne libre par le fait que son sort n’est pas centralement ou directement dépendant de l’appréciation des pairs. En tant qu’auteur, par exemple, son seul véritable juge est le temps.

« Être examiné ou évalué par les autres n’a d’importance qu’à la condition d’être soumis aux jugements de personnes futures, et non pas présentes. […] Les pairs contemporains sont des collaborateurs de valeur, mais pas les juges finaux. »

Or, l’académisme donne une valeur excessive à l’appréciation des pairs : « L’académie a une tendance, quand elle n’est pas contrôlée (en raison d’un manque de prise de risque), à évoluer en un jeu rituel de publication auto référentielle ».

Le problème, c’est que cette concurrence de court terme détruit le savoir.

Taleb dénonce aussi sévèrement le fait que les économies des parents financent des cours qui ne servent que les intérêts des théoriciens (notamment en macro économie) et qui sont sans rapport avec la réalité : « Il fut un temps où étudier les théories postcoloniales pouvait servir à obtenir un travail autre que de servir des frites. Plus maintenant. »

Le risque et la vérité

Une personne qui prend le risque d’exprimer très publiquement des opinions controversées mérite notre confiance.

En science, les travaux théoriques les plus dignes d’intérêt sont ceux qui, tout en restant rigoureux, contredisent explicitement les pairs.

Taleb estime donc que la recherche sera « déprostituée » en obligeant les chercheurs à gagner leur vie avec un véritable métier. Lui a par exemple conservé pendant vingt-trois ans un métier très exigeant, qui ne lui permettait que de réfléchir et de travailler le soir.

Au plan épistémologique, la théorie de Karl Popper – la science progresse par essai et erreur – est imparfaite parce qu’elle ne prend pas en compte le risque.

Ce n’est pas un test standard effectué par un département administratif qui met à l’épreuve les hypothèses, mais seulement le temps. La pertinence d’une idée s’évalue à l’aune de ses conséquences de long terme, c’est-à-dire si elle nuit aux individus qui s’y réfèrent. Plus que la vérité, c’est donc l’utilité d’une idée que l’on juge.

D’où l’importance de la dimension clinique pour valider la robustesse au temps : « Si vous entendez un conseil d’une grand-mère ou des anciens, il y a fort à parier que ça marchera 90 % du temps. De l’autre côté, en partie à cause du scientisme et de la prostitution académique, en partie parce que le monde est dur, si vous lisez quoi que ce soit par des psychologues ou des béhavioristes, Il y a fort à parier que ça marche moins de 10 % du temps, sauf si ça avait déjà été traité par la grand-mère et les classiques, et dans ce cas pourquoi diable avez-vous besoin d’un psychologue ? »

Pour Taleb, les œuvres des Anciens qui ont passé l’épreuve du temps (principalement la pensée grecque et latine) sont la pierre de touche des sciences sociales lorsqu’elles traitent de la nature humaine.

Sont par exemple évoquées dans la sagesse ancienne :

  • la dissonance cognitive (Le Renard et les Raisons, Ésope) ;
  • l’aversion au risque (Histoire romaine, Tite-Live) ;
  • la via negativa (le poète latin Ennius : « Le bon n’est pas aussi bon que l’absence de mal. ») ;
  • la prise de risque (dans le proverbe yiddish « On ne peut pas mâcher avec les dents de quelqu’un d’autre. ») ;
  • l’excès de confiance (le poète grec Théognis de Mégare : « Confiant, j’ai tout perdu ; défiant, j’ai tout préservé. ») ;
  • le paradoxe du progrès (le roi Pyrrhus énonce à son conseiller Cynéas tous les pays qu’il veut conquérir avant de se reposer, et celui-ci lui rétorque qu’il peut déjà se reposer maintenant).

Le risque, l’apparence et la compétence

À choisir entre, d’une part, un chirurgien diplômé, arrogant comme un chirurgien, et d’autre part un chirurgien qui ressemble à un boucher, il faut choisir le second parce qu’il a dû compenser la défiance qu’inspire son apparence par un surcroît de compétence[5]. De même, il ne faudrait pas recruter un trader bien habillé.

« Le contact avec la réalité filtre l’incompétence, parce que la réalité est aveugle aux apparences. »

Dans toute activité, les détails cachés sont révélés par l’effet Lindy.

Il existe certes une corrélation entre l’apparence et la compétence, mais on est plutôt compétent malgré l’apparence. Sur le plan des idées, les personnes que l’on comprend le plus facilement sont, pour Taleb, des menteurs (je ne suis pas du tout d’accord).

Dans le monde de l’entreprise, le cadre doit lui, en comparaison avec l’entrepreneur, jouer un rôle parce qu’il est en partie protégé du contact direct avec la réalité : « Dans n’importe quel type d’activité ou de commerce émancipé du filtre direct de l’expérience, la grande majorité des gens connaissent le jargon, jouent leur rôle, et connaissent intimement les détails cosmétiques ; mais ils ignorent le sujet. »

La mode des business plans, par exemple, est entretenue par les intermédiaires du monde de l’entrepreneuriat alors qu’ils sont inutiles. De même, l’économie est une « discipline factice » où tout se joue au niveau de la forme.

Plus généralement, l’escroquerie intellectuelle n’est pas également répartie dans le monde.

Si certaines sociétés, comme celles des pays méditerranéens ou les États-Unis, valorisent la prise de risque, d’autres valorisent au contraire les intellectuels, comme l’Inde avec les brahmanes, les Celtes avec leurs druides, les Égyptiens avec les scribes, les Chinois avec les lettrés, et la France avec les énarques.

Or, « l’intellect véritable ne doit pas paraître intellectuel ».

De la supériorité de la simplicité

Comme l’illustre le mythe du nœud gordien, il est nécessaire de décomplexifier les problèmes pour les résoudre. Surintellectualiser la vie sera toujours moins efficace que de la découvrir et se familiariser progressivement avec elle par essai et erreur (ce sont les « heuristiques mentales »). Il n’est pas possible d’attraper une balle de baseball en résolvant des équations.

Cependant, les solutions compliquées sont dans l’intérêt de beaucoup de personnes.

Taleb donne en exemple le riz doré (alors que le coût de l’alimentation est dû au transport), le racket de l’éducation supérieure américaine (qui consomme plus de richesse qu’elle n’en crée), les disciplines factices qui reposent sur le prestige d’un journal de publication, les machines de musculation élaborées, ou encore les plats des restaurants de luxe.

Venenum in auro bibitur (« Le poison est bu dans des coupes d’or. »).

Les gens riches sont les premières victimes de la complexification de la vie, car à mesure qu’ils s’enrichissent, ils deviennent de plus en plus influençables dans la mesure où leur pouvoir d’achat les immunise contre le risque : « Toute une industrie vouée à l’escroquerie vous escroquera : les consultants financiers, les conseillers en perte de poids, les experts du fitness et du lifestyle, les coachs du sommeil, les spécialistes de la respiration, etc. […] Très peu de gens comprennent leurs propres choix, et ils finissent manipulés par ceux qui veulent leur vendre quelque chose ».

Évaluée par rapport à la richesse, l’utilité suit même une courbe en U inversé, parce que la vie se complique trop à partir d’un certain niveau – d’où la valeur de la simplicité.

Des paroles et des actes

Facta non verba (« Des faits plutôt que des paroles ! »), dit le proverbe latin.

La sincérité des paroles se mesure à l’épreuve des faits.

Il faut donc éviter les menaces verbales, à l’instar de la secte des assassins, qui contrôlait ses ennemis en les effrayant (par exemple, en plantant un poignard dans le matelas), sans effusion de sang, et protégeait les innocents.

Pour sa part, Taleb prend en photo les personnes qui se comportent de manière immorale – tel un automobiliste qui lui vole sa place de parking – parce que la honte sur internet est une menace très puissante.

Il n’est pas de moyen évident, en revanche, d’influer sur la moralité des journalistes évalués par leurs pairs, qui sont d’autant plus faillibles que leur profession est précaire. Internet ajoute certes un effet Lindy en conservant les preuves, mais la désinformation est aussi très facile : « Si vous me donnez six lignes écrites de la main du plus honnête des hommes, a dit Richelieu, j’y trouverai quelque chose qui le fera pendre ».

La condamnation traditionnelle de la calomnie (particulièrement sévère dans l’Antiquité) a donné naissance au « principe de charité », selon lequel il faut se forcer à comprendre un message comme si on en était soi-même l’auteur.

Pour autant, Taleb plaide pour la cohérence des paroles et des actes : « C’est immoral de s’opposer au marché et de ne pas vivre (quelque part dans le Vermont ou au nord-ouest de l’Afghanistan) dans une cabane ou une cave qui en soient isolées. […] C’est encore plus immoral de se revendiquer vertueux sans vivre pleinement avec les conséquences ».

Or, « si votre vie privée contredit vos opinions intellectuelles, cela annule vos idées intellectuelles, pas votre vie privée. […] Si vos actions privées ne sont pas généralisables, alors vous ne pouvez pas avoir d’idées générales ».

La vertu du risque

Il faut toujours préférer la réalité à l’apparence : esse quam videri (« être plutôt que paraître ») est une devise attribuée à Cicéron.

« Préféreriez-vous, demande Warren Buffet, être le meilleur amant du monde, mais que tout le monde pense que vous êtes le pire ? Ou préféreriez-vous être le pire et que chacun pense que vous êtes le meilleur ? »

Par conséquent, l’impopularité est une preuve de vertu (même si toute action vertueuse n’est pas forcément impopulaire) dans la mesure où l’individu a pris le risque de dégrader sa réputation.

En prenant l’implication dans l’autre sens, Taleb compare la philanthropie à la politique des indulgences et aux cadeaux faits aux Dieux dans les religions antiques.

Il donne trois conseils aux jeunes qui veulent aider les autres :

  1. ne pas exposer sa vertu (« Mais quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite », Matthieu 6:3) ;
  2. ne pas chercher de rente ;
  3. s’engager personnellement en créant une entreprise : « Le courage (prendre des risques) est la plus haute vertu. Nous avons besoin d’entrepreneurs ».

Les risques commerciaux ont, en outre, l’avantage de pacifier les relations politiques, contrairement aux théories géopolitiques binaires en vertu desquelles les hommes politiques interviennent naïvement dans les systèmes complexes que sont les relations entre pays.

Ce que les contempteurs du commerce qualifient de « loi de la jungle » relève en réalité majoritairement de la coopération.

Taleb reproche aux auteurs d’ouvrages d’histoire (historiens, universitaires spécialistes des affaires internationales, experts) de ne pas suivre une approche empirique rigoureuse (ils ne sont pas des ingénieurs aérospatiaux) :

  • ils ne suivent pas de processus d’essai et erreur ;
  • ils confondent l’intensité avec la fréquence ;
  • leurs récits ne correspondent pas à la réalité ;
  • ils sont affectés de biais de confirmation.

Le problème fondamental est que les auteurs tirent leur savoir des livres, et non pas de la réalité.

Le risque et la religion

Les difficultés causées par la religion sont en partie un problème de définition.

En pratique, elles résultent également de la question des modalités de la croyance : la religion est-elle décorative, fonctionnelle (elle aide pour la survie), ou littérale ?

Il faut donc se méfier des étiquettes en matière religieuse.

Pour Taleb, la croyance ne peut pas être une option gratuite ; elle exige au contraire de la symétrie, c’est-à-dire de l’engagement de la part des croyants.

« L’intensité de notre foi en une chose, avance-t-il, peut uniquement se traduire à travers ce que nous sommes prêts à risquer pour elle. »

« L’amour sans sacrifice est un vol », a écrit Procuste.

C’est le christianisme qui a inventé la foi sans sacrifice. Et de fait, la plupart des chrétiens prennent leurs décisions importantes de la même manière que les athées. Quand la santé du pape est compromise, elle est immédiatement remise entre les mains d’un médecin matérialiste, et non pas d’un saint.

Certaines personnes sont athées en actes et religieuses en paroles, d’autres religieuses en actes et en paroles ; mais personne n’est athée en actes et en paroles, car les rituels, les superstitions, et la spiritualité au sens large sont universels.

Pour autant, la croyance, à l’instar de la vision, n’est pas une finalité, mais un moyen. Ainsi, les croyances, comme les effets d’optique, servent en réalité à produire une meilleure expérience pour le sujet.

Le sens de la religion

La citation de Warren Buffet « Pour gagner de l’argent, il faut d’abord survivre. » exprime la même idée que l’expression de Hobbes Primum vivere, deinde philosophari (« Vivre d’abord, philosopher ensuite. »).

La majorité des actions humaines sont donc inspirées par une pression de court terme, c’est pourquoi elles obéissent, selon Herbert Simon, à une rationalité limitée. Dans l’incapacité de tout mesurer comme le ferait un ordinateur, les individus arrivent à leurs buts en créant des distorsions et en trouvant des raccourcis.

C’est parce que ce sont les erreurs qui mènent à la bonne solution que l’action surpasse la parole dans le processus de l’évolution.

Voici donc la raison fondamentale pour laquelle Taleb est contre l’intervention de l’État : seule l’évolution peut dire si un choix est le bon, s’il comporte un risque.

En revanche, la religion apparaît très utile à cet égard : « Je pense que la religion existe pour faire respecter la gestion des risques extrêmes au cours des générations, car ses règles binaires et inconditionnelles sont faciles à enseigner et à appliquer. Nous avons survécu en dépit des risques extrêmes ; notre survie ne peut pas être aussi aléatoire ».

On aurait tort de fustiger l’apparente irrationalité des croyances religieuses.

En remontant à l’origine du mot – avant les Lumières, la rationalité était la prudence – Taleb caractérise ce qui est rationnel par la cohérence avec la survie : « La rationalité est la gestion du risque, point ».

Que les populations associées à une religion survivent indique sans doute possible que ses prescriptions sont utiles : « Tout ne survient pas pour une raison, mais tout ce qui survit survit pour une raison ».

La rationalité et le risque systémique

Si les compagnies aériennes se contentaient d’un taux de réussite de 98 %, alors aucun pilote expérimenté ne serait en vie.

Cet exemple montre que réfléchir avec les probabilités traditionnelles en termes de coûts-bénéfices, de moyenne, et de variance ne garantit pas la survie. D’après Taleb, seuls les preneurs de risques et les génies ont compris cela.

La vérité est que chaque vol supplémentaire engendre un risque supplémentaire pour le pilote.

« Dans la vie réelle, chaque once de risque que vous prenez s’ajoute aux autres pour réduire votre espérance de vie ». L’allongement de la durée de vie par la médecine[6] devrait donc rendre encore plus paranoïaque, en pensant de manière dynamique.

Le pire scénario correspond à la fin de l’humanité dans la mesure où, contrairement à l’individu, elle n’est pas renouvelable.

Ce risque extrême a une portée morale : le courage authentique consiste à accepter d’affronter un danger pour préserver le collectif, ce qui est cohérent avec la valeur supérieure de la prudence (l’ancêtre de la rationalité).

Pour Taleb, il faut refuser les risques extrêmes afférents aux solutions compliquées, et leur préférer les petits risques des solutions simples qui produisent des profits extrêmes.

« On peut aimer le risque tout en ayant une aversion à la ruine. »

Dans les stratégies comportant des risques extrêmes, les bénéfices ne peuvent jamais compenser l’éventualité du désastre.

Il y a certes moins d’Américains qui sont morts du virus Ebola que d’Américains qui ont couché avec Kim Kardashian ; mais la star de la réalité ne peut pas coucher avec les milliards de personnes que le virus pourrait tuer.

En définitive, « la rationalité consiste à éviter la ruine systémique ».

Romain Treffel


[1] Toutes les citations ont été traduites de l’anglais par mes soins.

[2] Seule la théorie de la préférence révélée trouve grâce aux yeux de Nassim Nicholas Taleb.

[3] L’atelier de nègres d’Alexandre Dumas aurait compté jusqu’à 45 personnes…

[4] En physique, l’ergodicité est la propriété d’un système qui parcourt tous les états possibles avec des probabilités égales.

[5] J’ai moi-même été « victime » d’un chirurgien ayant tout d’un chirurgien et qui était excessivement sûr de lui-même.

[6] Taleb fait également remarquer que tendre vers l’immortalité empêcherait l’adaptation à l’environnement par les mutations génétiques.

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