« Changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde » (Descartes)

Changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde Descartes

« Changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde » est une maxime de morale. Descartes la pose dans la troisième partie de son Discours de la méthode. Il s’agit d’une règle rationnelle dont il escompte qu’elle lui permettra d’agir de manière résolue dans la réalité malgré le doute profond dans lequel le placent ses réflexions métaphysiques.

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Les aspirations immaîtrisées sont la source du malheur. Descartes choisit de changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde parce qu’il a pris conscience de l’écart entre l’imagination, où gonfle le désir, et la réalité. C’est en raison de cet écart que la plupart des hommes poursuivent le bonheur sans jamais l’atteindre. À faire dépendre leur satisfaction de l’ordre du monde, ils la rendent incertaine, sinon improbable, et ils souffrent alors par leur propre faute. « Ma troisième maxime, écrit le philosophe, était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune et à changer mes désirs que l’ordre du monde ; et généralement, de m’accoutumer à croire qu’il n’y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir, que nos pensées, en sorte qu’après que nous avons fait notre mieux, touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est, au regard de nous, absolument impossible » (Discours de la méthode). Autrement dit, tous les éléments extérieurs à l’individu – la réalité naturelle, la réalité sociale, etc. – sont susceptibles de mettre les désirs en échec. Le hasard et le caractère imprévisible de l’ordre du monde, en particulier, limitent la capacité de l’homme à conquérir l’objet de ses aspirations. Descartes choisit par conséquent de se recentrer sur le monde intérieur de ses pensées, dont il a la pleine maîtrise.

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Descartes préfère changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde

La conduite des aspirations est la clé du bonheur. Descartes se discipline à changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde afin d’améliorer sa capacité à les satisfaire. En pratique, il s’entraîne à se détacher de la réalité extérieure en se persuadant lui-même qu’il n’a de pouvoir qu’à l’égard de ses propres pensées. Or, il s’agit d’un exercice spirituel difficile : « J’avoue qu’il est besoin d’un long exercice, et d’une méditation souvent réitérée, pour s’accoutumer à regarder de ce biais toutes les choses » (Discours de la méthode). Grâce à cette méditation, le sujet n’est plus l’esclave de ses désirs ; plutôt que de les laisser enfler dans l’imagination, il peut évaluer sa capacité à les satisfaire, puis substituer des pensées rationnelles à des aspirations spontanées et irrationnelles. En cela, Descartes ne prône pas la suppression de la faculté à désirer, mais sa maîtrise par la raison. « Changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde », c’est à la fois les orienter vers des objets atteignables et les calibrer avec réalisme. Cette transformation repose sur l’idée que l’homme n’est pas totalement impuissant à l’égard de la réalité extérieure ; qu’il peut agir, intervenir dans l’ordre des choses tant qu’il accepte la contingence à laquelle seront soumis ses projets. La maxime cartésienne est par-là cohérente avec l’ambition de rendre l’homme « maître et possesseur de la nature ». Ainsi, Descartes dessine une morale qui rend possible l’ambition scientifique sans l’hubris, l’action sans la déception, et le bonheur sans condition.

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La maxime « Changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde » est d’inspiration stoïcienne. Descartes reconnaît que sa solution est en réalité un retour aux préceptes de sagesse des écoles philosophiques de l’Antiquité. Elle réactive, dans le contexte de la quête de la connaissance et d’un nouvel optimisme scientifique, l’idéal de l’indépendance philosophique comme mode de vie. « Je crois que c’est principalement en ceci que consistait le secret des ces philosophes, qui ont pu autrefois se soustraire de l’empire de la fortune et, malgré les douleurs et la pauvreté, disputer de la félicité avec leurs dieux » (Discours de la méthode). La référence vise plus précisément, mais sans les nommer, les stoïciens, un courant né à Athènes à la fin du IVe siècle avant J.-C. En effet, ces philosophes avaient érigé la nécessité de se conformer à l’ordre du monde en règle ultime de leur morale. Pour suivre cette règle, ils distinguaient, d’une part, les choses qui dépendent de l’homme – le monde des pensées, pour Descartes – et d’autre part les choses qui ne dépendent pas de lui, soit le monde extérieur soumis aux aléas de la fortune. Ils affirmaient que la sagesse, ou le bonheur, consiste dans le détachement à l’égard de la seconde catégorie de choses, un état d’esprit qui n’empêche pas l’individu de prendre part à la vie sociale. Ainsi, Descartes retrouve le stoïcisme en méditant pour changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde.

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