Le Choc des civilisations Samuel Huntington

Le choc des civilisations est le paradigme qui remplace la guerre froide. Samuel Huntington avance dans Le Choc des civilisations que la moindre importance des idéologies et la fin de l’opposition entre l’Est et l’Ouest ne signifient pas la fin de l’Histoire, mais plutôt l’émergence d’un nouveau genre de conflits, opposant désormais les civilisations au lieu des États. Très critiquée, son idée a cependant gagné du crédit après les attentats du 11 septembre 2001 et la guerre en Irak entamée deux ans plus tard.

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Le choc des civilisations présuppose la division du monde en aires civilisationnelles. Samuel Huntington affirme que les cultures et les identités qui en découlent sont à l’origine des civilisations qui déterminent les futures formes de cohésions, de dissolutions ou de conflits. Les aires civilisationnelles comprennent toujours plusieurs États, car une civilisation et un État ne coïncident jamais. Ainsi, la civilisation est l’entité culturelle la plus large qui soit. « Elle est, écrit Huntington, le mode le plus élevé de regroupement et le niveau le plus haut d’identité culturelle dont les humains ont besoin pour se distinguer des autres espèces. Elle se définit à la fois par des éléments objectifs, comme la langue, l’histoire, la religion, les coutumes, les institutions, et par des éléments subjectifs d’auto-identification » (Le Choc des civilisations). Le politiste distingue au total sept à huit civilisations, parmi lesquelles la chinoise, la japonaise, l’hindoue, la musulmane et l’occidentale. De son point de vue, l’Afrique ne constitue pas vraiment une civilisation – elle serait plutôt à rattacher aux autres civilisations – et l’Amérique latine a un statut ambigu, tantôt civilisation à part entière qui menace les États-Unis, tantôt sous-civilisation de l’Occident. La thèse de Huntington est qu’un nouvel ordre mondial émerge à la fin du XXe siècle sur la base de ces civilisations.

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Huntington voit l’Occident menacé par le choc des civilisations

Le choc des civilisations s’explique par l’instabilité de leur équilibre. Huntington montre que le monde est devenu multicivilisationnel et multipolaire après la fin de la guerre froide. En effet, la décolonisation et la pacification des relations entre les États occidentaux ont signé la fin de la domination occidentale sur le système international. Malgré sa puissance et le prestige de sa culture, l’Occident n’est pas parvenu à fonder une civilisation universelle à partir de ses idées. « L’Occident, écrit Huntington, n’est plus désormais le seul à être puissant. La politique internationale est devenue multipolaire et multicivilisationnelle » (Le Choc des civilisations). Ainsi, les États des autres civilisations ont à leur tour intégré le système international. Sur le plan culturel, leur modernisation a paradoxalement renforcé leur attachement à leur civilisation. Sur le plan politique, de même, leur démocratisation n’a pas entraîné leur occidentalisation, mais elle a porté au pouvoir des partis hostiles à l’Occident. Pour Huntington, dès lors, le développement des médias et la propagation de l’anglais comme lingua franca ne vont pas unifier les cultures, ni la libéralisation du commerce pacifier les relations interculturelles. C’est au contraire un bouleversement de la hiérarchie des civilisations qui se produit : les civilisations asiatiques gagnent en puissance à tous points de vue et défendent leurs valeurs, l’Islam connaît une poussée démographique, tandis que l’Occident est lui sur le déclin.

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Le choc des civilisations crée un défi pour l’Occident. Huntington identifie en effet de nouvelles alliances et de nouveaux conflits dans le monde multipolaire. La résurgence de l’identité civilisationnelle fait notamment apparaître des tensions communautaires entre États ou entre groupes, particulièrement violentes lorsque ceux-ci sont situés sur un même territoire (par exemple, le Cachemire, la Cisjordanie, le Kosovo, la Tchétchénie, etc.). Ces nouveaux affrontements s’expliquent par la conjonction de circonstances historiques et d’une explosion démographique. Si Huntington estime que les conflits de l’Occident avec l’Inde, l’Afrique ou encore la Russie vont progressivement se réduire, il met en évidence la montée de l’hostilité de la Chine et de l’Islam. En particulier, le conflit civilisationnel entre l’Islam et l’Occident lui semble très prévisible. « Le problème central pour l’Occident, écrit-il, n’est pas le fondamentalisme islamique. C’est l’islam, civilisation différente dont les représentants sont convaincus de la supériorité de leur culture et obsédés par l’infériorité de leur puissance » (Le Choc des civilisations). Huntington affirme aussi qu’inversement, l’Islam n’accepte pas la prétention à l’universalité de l’Occident ni l’idée que l’universalité de sa culture fonde sa supériorité et légitime son extension au monde entier ; c’est pourquoi les pays musulmans sont si belliqueux. Cependant, le politiste anticipe que la multiplication des conflits frontaliers entre musulmans et non-musulmans pousseront les États les plus puissants à intervenir.

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