L’inconvénient d’être né selon Emil Cioran

Cioran De l'inconvénient d'être né

L’inconvénient d’être né est d’abord un sentiment personnel. Emil Cioran avoue en effet dans De l’inconvénient d’être né qu’il a vécu dans une profonde perplexité depuis sa jeunesse, où son anxiété chronique et ses insomnies métaphysiques à répétition inquiétaient sa mère. Évoluant désormais « sans mobiles », dans un « un exil métaphysique », il défend l’idée controversée selon laquelle la naissance est un accident.

>> L’angoisse selon Kierkegaard sur un post-it

On découvre l’inconvénient d’être né par l’introspection. Insomniaque depuis le lycée, Emil Cioran réfléchit au sens de l’existence lorsque tout le monde dort, au point qu’il considère qu’une « vraie » nuit est une nuit blanche. Il retrouve alors la sensation de l’écoulement qu’il éprouve intensément depuis son enfance – le rêve est un « incroyable gâchis nocturne ». Il en vient à interroger sa naissance lors de certaines veilles : « Trois heures du matin. Je perçois cette seconde, et puis cette autre, je fais le bilan de chaque minute. Pourquoi tout cela ? – Parce que je suis né » (De l’inconvénient d’être né). À force de veiller, Emil Cioran passe sa vie à vérifier ce qu’il avait déjà compris à vingt ans. Il considère donc qu’il a gaspillé une quantité prodigieuse d’heures à chercher le sens de la vie, alors que le développement de la vie intérieure n’est pas naturel. C’est plus particulièrement la réflexion sur la mort qui rend conscient, au sens où l’on devient un spectateur clairvoyant de la banalité de sa propre existence. Sous ce prisme, penser est « un exercice d’anti-utopie ». On devient certes plus pessimiste avec l’âge, mais c’est un signe de lucidité. L’homme « détrompé » est déçu avant même d’agir, ce qui lui fait l’effet d’une délivrance. Emil Cioran compare toutefois sa sensation au réveil à celle d’une bête qui reçoit un coup dans les pattes pour avancer dans l’abattoir.

>> L’existentialisme selon Sartre sur un post-it

Cioran explicite l’inconvénient d’être né

L’inconvénient d’être né découle de la vanité de l’existence. En méditant sur l’irréalité du monde, Emil Cioran s’est rendu compte que ses intuitions de jeunesse étaient les bonnes. Il a le sentiment que son moi n’est pas réel : ce n’est finalement que la somme de sensations évaporées. Ce que l’on nomme l’être équivaut en réalité à l’absence d’être, et l’homme est condamné à l’anxiété tant qu’il ne le réalise pas. Le malaise métaphysique individuel exprime en dernière instance la vanité de l’existence, la conscience de l’irréalité de toute chose, y compris les instincts et la vitalité. À l’homme conscient, tout acte paraît dénué de valeur en ce qu’il appartient immédiatement au passé. « La hantise de la naissance, pose Cioran, en nous transportant avant notre passé, nous fait perdre le goût de l’avenir, du présent et du passé même » (De l’inconvénient d’être né). Pour le philosophe, vivre c’est avoir de l’espoir et être dupe ; c’est recommencer la même scène nombre de fois malgré les désillusions – alors que mourir suffirait à résoudre tous les problèmes. Le travail bien fait, l’écriture ou encore la connaissance de soi sont inutiles ; le progrès et le sens de la vie sont des fictions nécessaires, puisque tout n’est que jeu. Mieux vaut rester passif dans la conscience, plutôt qu’agir dans l’inconscience. Or, ce sont l’abstention et l’échec qui font naître la conscience métaphysique. S’il cède encore à l’illusion commune, Cioran le regrette aussitôt.

>> La vie heureuse selon Sénèque sur un post-it

L’inconvénient d’être né entraîne le refus de la naissance. Emil Cioran reconnaît qu’il est difficile de voir le mal dans la naissance étant donné qu’elle est universellement célébrée par tous les peuples. Chacun la considère spontanément comme un événement capital bien qu’elle soit un hasard sans effets sur la marche du monde. Y réfléchir, c’est inverser le cours naturel des pensées, qui sont tournées vers l’avenir. Pourtant, on s’intéresse à la naissance une fois qu’on a terminé de méditer sur la mort. Cioran estime donc que la peur de la mort n’est que la projection d’une peur qui remonte au premier instant. À ses yeux, le caractère effrayant et insoutenable de la naissance est la clé pour comprendre la vie. « Tout s’explique à merveille, écrit le philosophe, si on admet que la naissance est un événement néfaste ou tout au moins inopportun ; mais si l’on est d’un autre avis, on doit se résigner à l’inintelligible, ou alors tricher comme tout le monde » (De l’inconvénient d’être né). On comprend alors que « l’homme est le cancer de la terre » ; que le corps est un fardeau et que la moindre sensation est une misère – le stoïcisme ne suffit pas à supporter l’existence. La maturité métaphysique consiste par conséquent à refuser la naissance et à se projeter, par la pensée, dans « le temps d’avant le temps ». Cioran affirme que seul l’état d’avant la naissance recèle la véritable liberté et le vrai bonheur.

>> La réminiscence selon Platon sur un post-it

 

Recevez ma synthèse
des 100 meilleures
idées philosophiques
Recevez ma synthèse des 100 meilleures
idées philosophiques