complexe d’Œdipe Freud

Le complexe d’Œdipe a été théorisé par Freud. Le fondateur de la psychanalyse a écrit à propos de sa découverte : « J’ai trouvé en moi comme partout ailleurs, des sentiments d’amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont je pense, communs à tous les jeunes enfants ». Ainsi, la base théorique du complexe d’Œdipe exposée dans Contribution à la psychologie de la vie amoureuse est le désir pour le parent de l’autre sexe et l’hostilité pour le parent du même sexe.

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Le complexe d’Œdipe est tout d’abord inspiré du mythe d’Œdipe, issu de la tragédie grecque de Sophocle intitulée Œdipe roi. Œdipe est le fils du roi de Thèbes, Laïos, et de Jocaste. À sa naissance, les oracles prédisent qu’une fois adulte, il tuera son père et épousera sa mère. Il est ainsi abandonné et recueilli par une famille, si bien que personne ne sait qui il est, pas même lui. Adulte, il revient à Thèbes : il y rencontre un vieillard (son père), le combat et le tue. Le trône désormais vide et la main de sa mère lui seront donnés parce qu’Œdipe aura su répondre à la fameuse énigme du sphinx[1]. Ainsi, sans le savoir (c’est-à-dire inconsciemment), Œdipe commet le parricide et l’inceste. Freud perçoit ce mythe comme révélateur de l’évolution sexuelle du petit garçon, mais aussi de celle de la petite fille, où les rôles sont inversés, appelée « complexe d’Électre ».

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Le complexe d’Œdipe de Freud : une thèse précise controversée

Le complexe d’Œdipe comprend ensuite différentes phases. Freud décrit dans L’organisation génitale infantile les trois étapes principales du développement psychoaffectif de l’enfant. Les dix-huit premiers mois de la vie du nouveau-né constituent le stade oral. La bouche est la première zone érogène, qui sert à se nourrir et à téter le sein. La mère est érotisée parce qu’elle est à la fois source de nourriture et de plaisir sensuel (contact avec les seins et soins corporels). Ensuite, le stade anal se surajoute jusqu’à la troisième année de l’existence. Comme l’enfant doit apprendre la propreté à la demande de sa mère, il se retient ou se détend selon qu’il veut, ou non, lui faire plaisir. C’est enfin entre trois et cinq ans que se manifeste le complexe d’Œdipe. Se rendant compte qu’il ne peut pas répondre au désir de sa mère, tourné vers le père, le petit garçon devient jaloux et désire inconsciemment la mort de son rival, c’est-à-dire le parricide. L’angoisse de castration et la peur de perdre le père le feront cependant progressivement renoncer à posséder l’objet libidinal ; alors le complexe décline finalement.

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L’universalité du complexe d’Œdipe a toutefois été remise en cause. Contemporain de Freud, le psychanalyste Carl Gustav Jung désapprouvait la dimension exclusivement sexuelle et l’importance que son confrère conférait au phénomène. Ensuite, des ethnologues du début du XXe siècle ont montré que le complexe d’Œdipe semble indissociable d’une forme familiale précise (dite « nucléaire ») où le père, la mère et les enfants vivent ensemble dans une organisation où le père est la figure d’autorité. D’après Claude Lévi-Strauss, la prohibition de l’inceste aurait en effet une fonction sociale (structurer la parenté) et non individuelle, car il s’agirait d’une structure élémentaire de la parenté (Les structures élémentaires de la parenté). Plus récemment, Michel Onfray a récusé l’universalité du complexe d’Œdipe de Freud en le réduisant à sa dimension biographique : le psychanalyste aurait en fait généralisé à l’humanité tout entière son propre désir sexuel pour sa mère (Le crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne). Enfin, des mythologues ont émis une critique encore plus profonde en reprochant à Freud de commettre une interprétation bien trop simplificatrice du mythe d’Œdipe, sans même le réinscrire dans la cohérence globale de la mythologie grecque.

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[1] « Quel être, pourvu d’une seule voix, a d’abord quatre jambes, puis deux jambes, et finalement trois jambes ? ». Sans hésiter, Œdipe répondit : « L’homme, car dans sa prime enfance il se traîne sur ses pieds et ses mains, à l’âge adulte il se tient debout sur ces jambes, et dans sa vieillesse, il s’aide d’un bâton pour marcher. »