Confucius Entretiens confucianisme

La sagesse de Confucius est une doctrine politico-morale. Dans ses Entretiens, le philosophe chinois plaide pour la restauration des institutions de l’ancien État Zhou, une monarchie féodale dans laquelle les liens de parenté déterminaient la délégation du pouvoir et solidarisaient les aristocraties autour de la famille royale. Banni au IIIe, puis réhabilité au IIe siècle avant J.-C., le confucianisme a ensuite été érigé en idéologie de la Chine impériale jusqu’à la Révolution de 1911.

>> Le corporatisme de La Tour du Pin sur un post-it

La sagesse de Confucius est dirigée contre une décadence. Elle a en effet une origine politique : une crise royale a obligé, à partir du VIIIe siècle avant J.-C., la dynastie Zhou, sous la pression des ethnies barbares de l’Ouest, à passer à l’Est et à y transférer sa capitale. À cette défaite s’est ajouté le renforcement, au sein des élites chinoises, de certaines dynasties vassales au détriment des autres – cette perturbation de l’organisation traditionnelle de l’État est appelée « l’hégémonie ». Ces facteurs ont affaibli l’autorité royale et profondément déréglé l’ordre social. « Quand le monde marche dans la Voie, affirme Confucius, le Fils du Ciel règle lui-même les rites, la musique, les expéditions militaires pour soumettre les feudataires désobéissants. Quand le monde est dévoyé, les vassaux règlent les rites, la musique, les expéditions militaires. […] Quand le monde marche dans la Voie, la haute administration n’est pas entre les mains des grands préfets ; les particuliers ne sont pas admis à délibérer sur les affaires d’État » (Entretiens). Les symptômes de la décadence étaient la multiplication des intrigues de cour, des guerres d’agression intrachinoises ; mais surtout la perte d’influence des valeurs communautaristes. Si Confucius n’a pas réussi à restaurer en pratique la voie royale, il a toutefois gagné un groupe de disciples qui ont transmis son idéal de sagesse.

>> Le déclin de l’Occident selon Spengler sur un post-it

Confucius défend la vertu du devoir et des rites

La sagesse de Confucius pose la prééminence des liens familiaux. Elle repose sur l’idée que la famille est forcément la matrice de tous les rapports sociaux dans une communauté efficacement organisée. Les raisons en sont que le développement organique de la famille est harmonieux ; que le caractère naturel de la hiérarchie familiale et son efficacité conduisent chacun à y adhérer spontanément. Le père a autorité sur le fils ; l’aîné sur le cadet ; le mari sur la femme ; si bien que l’inférieur respecte toujours le supérieur. Ainsi, la piété filiale est la vertu cardinale de la morale de Confucius. Elle place les hommes au-dessus des animaux, eux incapables de s’organiser politiquement, et chez lesquels le petit et son géniteur ne sont attachés l’un à l’autre qu’éphémèrement par l’instinct. Dans les sociétés humaines, en revanche, le lien social est une transposition de la relation familiale. Par exemple, le rapport entre le souverain et le sujet transpose celui entre le père et son fils, ce dont il découle que les devoirs du sujet sont calqués sur ceux du fils. « Si le prince, avance Confucius, rend les derniers devoirs à ses parents avec un vrai zèle et honore par des offrandes ses ancêtres même éloignés, la Vertu fleurira parmi le peuple » (Entretiens). La sagesse confucéenne demande donc à chacun de reconnaître ce qu’il doit à son prochain selon sa place et leur proximité dans la famille État.

>> L’animal politique selon Aristote sur un post-it

La sagesse de Confucius passe par les rites. Puisque la société est ordonnée par des lois divines, et non pas par les hommes, c’est le ciel qui remet le pouvoir avec un mandat, de telle sorte qu’un changement de dynastie (une révolution) est possible si le souverain n’accomplit pas ses devoirs. Pour Confucius, la société doit donc être organisée autour du principe de réciprocité des devoirs comme la société occidentale l’est autour de celui de l’égalité. Le devoir du souverain, en particulier, consiste à préserver l’ordre sur Terre entre les hommes, d’une part, et entre les hommes et les esprits, d’autre part. Cette mission requiert de structurer la communauté à partir du ritualisme de la religion. « Si le prince, prévient Confucius, conduit le peuple au moyen des lois et le retient dans l’unité au moyen des châtiments, le peuple s’abstient de mal faire ; mais il ne connaît aucune honte. Si le prince dirige le peuple par la Vertu et fait régner l’union grâce aux rites, le peuple a honte de mal faire, et devient vertueux » (Entretiens). Effectués avec rigueur et conviction dans des circonstances sociales (cérémonies, fêtes, rencontres), les rites font prendre à l’individu un profond pli moral qui deviendra, à force de répétitions, le moule de son comportement. Les rites promus par Confucius seraient naturels et spontanés parce qu’ils sont hérités des anciens rois, qui les avaient conçus dans le sens de l’ordre naturel.

>> La sagesse bouddhiste sur un post-it