Marx conscience de classe L'idéologie allemande

La conscience de classe est l’enjeu majeur de l’ambition révolutionnaire. Marx montre dans L’idéologie allemande que la compréhension par la classe ouvrière de sa situation historique conditionne la perspective de la révolution communiste. Or, la bourgeoisie s’efforce de réduire la conscience à un phénomène individuel sans possibles répercussions politiques.

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La conscience de classe est une perspective collective. Avec la naissance du matérialisme « bourgeois », la conscience était perçue comme un phénomène individuel, résultant du contact avec un monde matériel indépendant de l’homme. Pour Marx, en revanche, elle est un phénomène collectif et historique qui dépend de la position sociale, c’est-à-dire de la classe sociale. L’originalité de la pensée marxiste est donc de partir de l’existence, non pas de l’individu bourgeois isolé, mais de classes et des rapports sociaux qui en découlent. Le philosophe affirme par exemple que les paysans français du XIXe siècle ne possèdent pas de conscience de classe parce que, semblables à des pommes de terre entassées dans un sac, ils ignorent la dimension collective de leurs intérêts. Tout l’enjeu d’une classe sociale serait dès lors, dans la théorie marxiste, de prendre conscience du fait qu’en tant que communauté soudée par les mêmes conditions de vie et par les mêmes valeurs, elle joue un rôle dans l’Histoire. « Les idées de la classe dominante sont, affirme Marx, à chaque époque, les idées dominantes ; c’est-à-dire que la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est, en même temps, sa puissance intellectuelle dominante » (L’idéologie allemande). La nécessité d’une prise de conscience s’adresse donc surtout au prolétariat, la classe la plus à même de se constituer en tant que conscience, un prélude à l’action révolutionnaire.

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Marx encourage le prolétariat à acquérir une conscience de classe

La conscience de classe peut rester embryonnaire. Ainsi, l’émergence de la conscience de classe prolétaire est entravée par l’emprise culturelle de la bourgeoisie. À partir de la distinction hégélienne de la classe « en soi » (essence) et de la classe « pour soi » (conscience), Marx montre que la classe « en soi » du prolétariat se constitue d’individus individualisés par l’idéologie bourgeoise, qui n’ont dès lors pas conscience de leurs conditions d’existence similaires. Dissoute par l’individualisme, cette classe n’a pas non plus de représentation politique pour la simple et bonne raison qu’elle-même ne se représente pas en tant que classe. Atteindre le stade du « pour-soi » signifierait en fait que les individus prennent enfin conscience de la place qu’ils occupent socialement, des intérêts qu’ils partagent et qu’ils ont à défendre. « Les individus ne constituent une classe, écrit Marx, que pour autant qu’ils ont à soutenir une lutte commune contre une autre classe ; pour le reste, ils s’affrontent en ennemis dans la concurrence » (L’idéologie allemande). Or, la bourgeoisie dominante impose ses propres intérêts en les faisant passer pour les intérêts de la classe prolétaire. Cependant, l’accroissement du nombre de prolétaires par le développement de l’industrie augmente leur force et leur propension à s’associer, rendant ainsi plus probable la collision entre deux classes.

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La conscience de classe prolétaire se cristallise par la révolution. Son caractère exceptionnel explique que cette classe tienne une place si importante et si unique dans l’histoire. En effet, son émergence révèle que le prolétariat est une classe à part, radicalement enchaînée, évoluant dans la société civile sans y appartenir, et ne pouvant se libérer que par la dissolution de tout l’ordre social.  Cette situation du prolétariat en fait la seule classe révolutionnaire : dépourvus de toute propriété, exploités à produire collectivement et en conflit incessant avec la bourgeoisie, les prolétaires sont voués à s’émanciper violemment. « Une transformation massive des hommes s’avère nécessaire pour la création en masse de cette conscience communiste, imagine Marx, comme aussi pour mener à bien la chose elle-même ; or, une telle transformation ne peut s’opérer que par un mouvement pratique, par une révolution » (L’idéologie allemande). Pour autant, l’expérience seule n’est pas une condition suffisante à l’émancipation du prolétariat, car il est nécessaire que sa conscience de classe le pénètre profondément au préalable. Or, rendre possible cette pénétration est pour Marx la fonction même de la philosophie : « De même que la philosophie trouve dans le prolétariat ses armes matérielles, le prolétariat trouve dans la philosophie ses armes spirituelles… La philosophie ne peut se réaliser sans supprimer le prolétariat, le prolétariat ne peut se supprimer sans réaliser la philosophie » (Critique de la Philosophie du Droit de Hegel).

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