corporatisme La Tour du Pin Vers un ordre social chrétien

Le corporatisme est une organisation chrétienne de la société. La Tour du Pin affirme dans Vers un ordre social chrétien que les inégalités créées par la libéralisation de l’économie donnent à l’Église la responsabilité de se pencher sur la question sociale, et aux classes dirigeantes de davantage se soucier des classes laborieuses. À mi-chemin du capitalisme et du socialisme, le corporatisme vise à réconcilier l’ouvrier et le patron en garantissant les droits de chacun.

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Le corporatisme doit rétablir la cohésion sociale détruite par la Révolution française. La Tour du Pin reproche aux « principes de 89 » (liberté et égalité naturelles) d’avoir engendré à la fois le libéralisme et le socialisme révolutionnaire. Contraires au dogme chrétien du péché originel, ils ont supprimé la racine catholique de l’organisation sociale et du droit. La souveraineté du peuple qui en est déduite implique l’abandon de l’idée d’une justice transcendante et la suppression des corps intermédiaires. « Il ne reste debout, écrit La Tour du Pin, qu’un pouvoir suprême à base plébiscitaire mouvante et une bureaucratie à compétence universelle fonctionnant seule dans l’État omnivore » (Vers un ordre social chrétien). Ainsi, l’organisation sociale léguée par les siècles chrétiens a quasiment disparu, ce qui provoque l’écroulement des supports moraux (l’Église et la famille), politiques (la monarchie et les autonomies locales) et économiques (les communautés et les corporations) de la société. De même, la cohérence de l’éducation, qui mêlait instruction, morale et religion, n’est plus. Les familles, tant de la noblesse que de métiers, ont été détruites alors qu’elles sont essentielles au maintien des traditions et à la continuité des fonctions sociales. La Tour du Pin explique enfin que la substitution du droit romain au droit historique (les coutumes formées progressivement) a entraîné la centralisation de la justice, dont découlent l’indifférence des juges et l’arbitraire des lois.

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Le corporatisme de La Tour du Pin est un remède au capitalisme

Le corporatisme s’oppose à l’évolution du capitalisme. La Tour du Pin pose que l’activité bancaire est l’essence du capitalisme. Or, l’usure est un péché dans la mesure où elle se fonde sur l’exploitation du travail de l’emprunteur. C’est sa propagation au XIXe siècle, encouragée par l’État, qui corrompt le commerce et l’industrie tout entière, et rompt ainsi l’équilibre social. Sur le plan économique, le décuplement de la spéculation financière retire le capital de la production honnête et le concentre dans de grandes sociétés liées à l’État. La Tour du Pin montre plus généralement que la vie économique traditionnelle est bouleversée : les libertés du travail, de la propriété, du commerce et de la finance aboutissent au paroxysme de la concurrence. Passé de l’atelier à la manufacture, l’ouvrier perd en qualité de vie. Le renchérissement des terres pousse les paysans à émigrer en ville et dissout les communautés rurales. Pour l’homme politique, seul un corporatisme couplé à un protectionnisme permettrait de maintenir des unités économiques plus petites au niveau des territoires. « Tout groupe de population, avance-t-il, attaché de temps immémorial à un territoire, et en tirant son entretien dans des conditions déterminées par les facilités naturelles qui ont présidé au développement des industries locales, constitue un marché local » (Vers un ordre social chrétien). La Tour du Pin prône donc la protection des entités locales par des taxes sur les transports et sur les marchés.

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Le corporatisme demande un encadrement des relations sociales. La Tour du Pin conçoit la société comme un organisme dont la base est la famille, et qui comprend d’autres formations complexes. Mue par la charité chrétienne, la cohésion de cet organisme implique que la terre soit partagée entre les pauvres et les riches, car la société a un droit sur le sol national. La propriété foncière a donc une fonction sociale parce qu’elle crée un lien moral entre le paysan et le propriétaire. Pour La Tour du Pin, c’est plus fondamentalement le contrat de travail qui fonde philosophiquement le corporatisme. Il n’est pas un contrat de location ni de vente, mais d’échange de services, lesquels doivent être équivalents pour garantir la justice, et partant la paix sociale. Réglée par la coutume et par l’État, cette relation comprend, d’un côté, les devoirs du patronage (un paternalisme qui préserve les conditions morales du travail) ; de l’autre, l’honnêteté et la fidélité de l’ouvrier. « [La corporation] n’est pas, précise l’homme politique, une institution privée, sans lien avec la chose publique ; elle est une institution sociale qui tient une place déterminée dans l’organisation de la commune, et plus ou moins directement dans celle de l’État » (Vers un ordre social chrétien). Selon La Tour du Pin, elle doit jouir de privilèges légaux et de monopoles afin d’attacher l’ouvrier à son outil de travail et de le protéger de la précarité capitaliste.

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