Crépuscule des idoles Nietzsche philosopher à coups de marteau

Le crépuscule des idoles advient par la remise en cause de leurs valeurs. Nietzsche a pour ambition, dans le Crépuscule des idoles, de faire descendre de leur piédestal les idoles, comme Socrate, Platon ou Kant, qui sont les créateurs des principales valeurs de la civilisation occidentale. Il s’agit de « philosopher à coups de marteau » dans le sens où leurs doctrines demandent un examen médical pour en mettre en évidence le caractère maladif.

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Le crépuscule des idoles révèle leur fuite devant l’existence. Nietzsche s’attaque tout d’abord à deux idoles, Socrate et son disciple, Platon, en faisant l’hypothèse que leurs théories s’expliquent par leur état de santé. Cette hypothèse s’appuie sur l’interprétation d’une anecdote : si Socrate aurait demandé, peu avant sa mort, un sacrifice à Asclépios, le dieu de la médecine, c’est pour le remercier de le délivrer, par la mort, de la maladie qu’est la vie. Pour le philosophe, cette anecdote est plus généralement révélatrice de la propension des penseurs à déprécier la vie et à lui préférer la mort. « De tout temps, avance Nietzsche, les sages ont porté le même jugement sur la vie : elle ne vaut rien […] Il faut qu’il y ait ici quelque chose de malade » (Crépuscule des idoles). Or, ce nihilisme serait forcément un symptôme, car l’absence de sens de la vie empêche purement et simplement de la juger. Nietzsche affirme ainsi que Socrate et Platon refusaient d’admettre la dimension fondamentalement tragique de l’existence. En valorisant la démonstration et la dialectique, le maître dévalorisait les belles pensées naturelles et spontanées. En théorisant l’existence d’un autre monde, le ciel des idées, où le temps n’aurait pas cours et là seul où la vérité et le bonheur seraient possibles, le disciple fuyait la réalité.

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Nietzsche précipite le crépuscule des idoles en revalorisant la vie

Le crépuscule des idoles révèle leur inversion des valeurs. Nietzsche identifie la fuite devant le caractère tragique de l’existence comme une réaction de défense. Il la décèle également dans la théorie kantienne de la chose en soi, qui distingue l’essence des choses et leur apparence. Or, le monde de la chose en soi est une fiction, puisque le seul monde qui soit est celui qui apparaît à nos sens. Ceux-ci ne mentent pas ; au contraire, ils transmettent à l’individu la dimension profondément évolutive du réel. L’odorat, par exemple, constitue un instrument d’observation d’une précision qui n’a pas d’équivalent parmi les instruments scientifiques. Ainsi, en discréditant les sens comme les sources foncières de l’erreur humaine, les philosophes inversent les véritables valeurs. Nietzsche les accuse ce faisant de confondre « les choses dernières avec les choses premières. Ils placent au commencement ce qui vient à la fin […], les conceptions les plus hautes, c’est-à-dire les conceptions les plus générales et les plus vides » (Crépuscule des idoles). Cette critique s’adresse également à une autre idole, le christianisme. Cette doctrine a elle aussi pour point de départ la dévalorisation du monde réel, laquelle nourrit l’espérance consolatrice en un paradis à venir. C’est plus fondamentalement la morale que Nietzsche condamne : il voit en elle une métaphysique de la souffrance incompatible avec la vie authentique et l’épanouissement de l’humanité.

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Le crépuscule des idoles rend possible un retour à la vie. Nietzsche en déduit le programme du véritable philosophe en quête de sagesse. Il doit tout d’abord s’émanciper des doctrines morales qui l’ont empêché de vivre en polluant sa pensée. Il doit ensuite reconnaître et embrasser la vertu cruciale de l’art pour l’existence : l’art exprime la dimension tragique de la vie en projetant la beauté sur les choses, seul remède au poison répandu par les doctrines maladives des idoles. Si le philosophe ne peut cependant, à l’image de celles-ci, se retenir de dévaloriser la vie, alors Nietzsche lui suggère de se suicider : « Voici un conseil pour messieurs les pessimistes. Nous n’avons pas entre les mains un moyen qui puisse nous empêcher de naître : mais nous pouvons réparer cette faute. Le fait de se supprimer est un acte estimable entre tous […] on a délivré la vie d’une objection » (Crépuscule des idoles). Ce sont les grands hommes et les génies que le crépuscule des idoles donne comme modèles d’une vie pleine de santé, de force et d’énergie. Pour Nietzche, ces individus obéissent en particulier à de tout autres valeurs : ils recherchent la légèreté (comme celle de la musique de Bizet, opposée à celle de Wagner) ; ils privilégient essentiellement la fécondité, source de toute valeur, et méprisent la vérité.

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