cristallisation Stendhal De l'amour

La cristallisation est une métaphore de l’amour. Stendhal montre dans De l’amour que l’amant a tendance à cristalliser sur l’être aimé des qualités qui sont en réalité le fruit de ses fantasmes. Ce phénomène se produit quand le désir relève d’une authentique passion, non pas de la vanité, et qu’il atteint une intensité extrême.

>> La passion amoureuse selon Denis de Rougemont sur un post-it

La cristallisation repose sur une classification des types d’amour. Stendhal en dénombre précisément quatre différents : l’amour passion, l’amour-goût, l’amour-physique et l’amour de vanité. Un cas particulier ne peut jamais correspondre exactement à l’un ou l’autre de ces quatre types, mais il est toujours une combinaison linéaire de ceux-ci. Dans le détail, l’amour passion est l’amour proprement dit, l’amour véritable, avec un grand A, raconté (en prose ou en vers), chanté, représenté, etc. Il est le plus violent, celui qui donne lieu à la cristallisation et emporte l’individu contre ses intérêts. Pour Stendhal, l’amour-goût est beaucoup moins intense, car il est en quelque sorte une convenance réciproque, pleine d’esprit et de délicatesse, vouée à s’épanouir puis périr suivant des phases prévues. L’amour physique équivaut lui purement et simplement à l’attirance sexuelle. Enfin, l’amour-vanité est un sentiment assujetti à l’opinion : rentrent dans cette catégorie toutes les relations qui flattent, mutuellement ou pas, les deux partenaires, et représentent un bénéfice mondain. « L’immense majorité des hommes, affirme Stendhal, désire et a une femme à la mode, comme on a un joli cheval » (De l’amour). Dans la légende de la guerre de Troie, par exemple, la possession de la belle Hélène étant chargée de prestige, le désir qu’éprouvent Pâris et Ménélas relève de l’amour-vanité.

>> L’amour selon Platon sur un post-it

La cristallisation de Stendhal est un stade où l’imagination s’immisce en amour

La cristallisation n’est qu’une des étapes de l’amour. Pour Stendhal, en effet, l’amoureux parcourt un véritable chemin spirituel, marqué par des expériences intérieures distinctes. Il induit de tous les cas particuliers en sa connaissance un schéma théorique général dont ressort la dimension éminemment mentale et fantasmagorique de la passion amoureuse authentique. Il identifie précisément sept époques de l’amour qui se succèdent dans l’âme : 1° l’admiration ; 2° le plaisir de la fréquentation ; 3° l’espérance ; 4° la naissance de l’amour ; 5° la première cristallisation ; 6° la naissance du doute ; 7° la seconde cristallisation. Dans ce processus, chaque niveau s’apparente à un état d’âme à partir duquel l’amoureux passe au niveau supérieur par un long et intense travail de tête. « L’on dirait, écrit Stendhal, que par une étrange bizarrerie du cœur, la femme aimée communique plus de charme qu’elle n’en a elle-même » (De l’amour). Potentiellement déclenchés par le plus mince événement, les fantasmes de l’amoureux ne semblent alors plus devoir s’arrêter à la moindre conclusion – ils ne font que dériver, se répéter, dériver, et encore se répéter. Assurément, l’homme passionné ne conduit pas sa pensée en scientifique. Stendhal décrit d’expérience les spéculations sans fin de l’amoureux, qui ne sont confrontées ni à la raison ni à la réalité.

>> La métaphysique de l’amour de Schopenhauer sur un post-it

La cristallisation est le produit de l’imagination. Il s’agit en effet d’une image qui explique comment l’entendement de l’homme passionné est réduit au silence par le fantasme. Stendhal développe la métaphore de la manière la suivante : quand un rameau d’arbre effeuillé par l’hiver est jeté dans une mine de sel, qu’il en est retiré plusieurs mois après couvert de cristallisations brillantes, comme garni d’une infinité de diamants, alors il n’est plus possible de reconnaître le rameau primitif. Pour l’écrivain, la méditation déraisonnable de l’amant n’aboutit pas à autre chose qu’à cristalliser sur l’objet de son désir des attributs et des qualités qui sont autant de faux diamants éphémères conçus par le bouillonnement de son esprit. « Ce que j’appelle la cristallisation, écrit Stendhal, c’est l’opération de l’esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l’objet aimé a de nouvelles perfections. […] La cristallisation de la maîtresse d’un homme, ou sa BEAUTÉ, n’est pas autre chose que la collection de TOUTES LES SATISFACTIONS de tous les désirs qu’il a pu former successivement à son égard » (De l’amour). Ainsi, par la cristallisation, le fantasme de l’amant a tendance à prendre le pas sur la réalité. L’homme passionné en arrive à ne plus chérir la personne réelle, l’objet de son désir, mais l’image idéale qu’il s’en est faite.

>> Le désir mimétique de René Girard sur un post-it