Critique de la faculté de juger Kant esthétique jugement réfléchissant

La faculté de juger relie le particulier et l’universel. Kant l’étudie dans sa Critique de la faculté de juger afin de mettre en cohérence les usages théorique et pratique de la raison, qui fondent respectivement la connaissance et la morale. En effet, comme les deux premières critiques du philosophe semblaient séparer de manière imperméable la nature et la liberté, une troisième était nécessaire pour traiter du domaine intermédiaire, entre l’intelligible et le sensible.

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La faculté de juger est cruciale pour les rapports des sujets. En effet, Kant considère qu’elle est révélatrice de l’intersubjectivité, c’est-à-dire de la conscience que peut avoir le sujet de l’existence, hors de lui-même, d’autres sujets raisonnables. L’enjeu est de pouvoir « penser, écrit le philosophe, en se mettant à la place de tout autre » (Critique de la faculté de juger). Dans le détail, cet exercice d’empathie universelle passe par trois modes de communication possibles (deux indirects et un direct) : par la connaissance du concept ou de l’objet ; par la communication entre êtres raisonnables (par exemple, sous l’angle moral) ; par la communication directe, sans le détour de la connaissance de ou de la loi. Pour Kant, c’est le troisième mode, la communication immédiate, qui rend possible les deux premiers. La faculté de juger est nécessaire aux trois dans la mesure où c’est elle qui permet au sujet de lier l’universel et le particulier. Il existe plus précisément deux types de jugement différents pour réaliser cette opération intellectuelle. Kant distingue le jugement déterminant, d’une part, qui consiste à ranger (« subsumer », dans la terminologie kantienne) un élément particulier sous une idée universelle, comme dans l’affirmation « Socrate est un homme » ; d’autre part, le jugement réfléchissant, où c’est au contraire l’élément particulier, ou sensible, qui esquisse des idées générales dans l’entendement.

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Kant montre que la faculté de juger est nécessaire pour comprendre l’art et la nature

La faculté de juger rend possible le jugement esthétique. Elle permet à Kant de proposer une solution originale à l’énigme du beau, un jugement où la conjonction du plaisir subjectif et de la prétention à l’universalité semble paradoxale. L’agréable, l’utile, le bien, ou encore la diversité des goûts ne sont pas des hypothèses satisfaisantes pour expliquer l’universalité qui caractérise le sentiment du beau. « Si cette nécessité [de la satisfaction esthétique], raisonne Kant, est éprouvée comme une obligation faite à autrui d’adhérer à notre jugement, c’est que nous présupposons un sens commun, une manière identique de sentir chez tous les hommes, qui n’est pas et ne peut pas être effectivement produite dans l’expérience, mais qui sert de référence à tout jugement de goût » (Critique de la faculté de juger). Le goût, ou la faculté de juger du beau, est donc ce qui réconcilie en l’homme l’universalité et la subjectivité du jugement. Pour l’expliquer, Kant met en lumière la finalité qui s’exprime dans l’harmonie propre à l’objet artistique : c’est lorsque celui-ci existe en vue d’une fin que le beau se manifeste. Ainsi, le plaisir artistique naît de la perfection de la correspondance entre l’objet et la fin en vue de laquelle il a été réalisé. Cette conception de l’art a contribué à le libérer de la prétention à lui donner des règles, dont la transgression et le renouvellement sont la marque du génie artistique.

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La faculté de juger permet de concevoir une finalité de la nature. Si Kant ne considère pas cette notion comme une réalité objective ni même comme une source d’enseignements, il la voit tout de même comme une règle indispensable à la faculté de juger. Il lui trouve donc une vertu heuristique : en demandant de penser la nature comme une œuvre d’art réalisée selon des fins, elle permet de la comprendre, mais pas de la décrire. La finalité n’est pas une propriété des objets naturels ; elle est une idée régulatrice qui organise les phénomènes dans l’esprit du sujet. Inversement, les explications mécanistes ont un meilleur pouvoir de description de la nature, mais elles sont impuissantes à proposer une structure du vivant. Étant donné les limites de la connaissance, l’idée d’une finalité de la nature rend possible de la saisir comme le phénomène d’une réalité inatteignable. Elle stimule notamment le jugement réfléchissant, comme lorsque la contemplation du spectacle de la nature crée chez le sujet une euphorie qui fait naître le sentiment du sublime, caractéristique de l’universalité dans le beau. « La nature, conclut Kant, est donc sublime dans ceux de ses phénomènes dont l’intuition implique l’Idée de son infinité » (Critique de la faculté de juger). Par exemple, la contemplation de l’immensité de la nature dans le ciel étoilé, ou de sa puissance dans les tempêtes peut faire émerger l’idée générale de la dimension métaphysique de l’homme, et de son devoir de s’y consacrer.

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