Critique de la raison pure Kant

La critique de la raison pure de Kant veut déterminer ce qu’il est possible de savoir. Dans un siècle dominé par le culte de la science, le philosophe a pour but de sauver la philosophie spéculative en examinant les limites de la raison. Il explique dans la Critique de la raison pure pourquoi elle ne semble pas capable de sortir des limites de l’expérience avec le même degré de certitude que des disciplines comme la logique, les mathématiques ou la physique.

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La critique de la raison pure de Kant place le sujet au centre de la connaissance. En effet, le philosophe souhaite découvrir les possibilités de la raison en s’arrêtant sur la manière dont les mathématiques et la physique sont parvenues à des certitudes dites « a priori », c’est-à-dire données avant toute expérience. Alors que ses prédécesseurs posaient l’objet comme une réalité donnée à laquelle la raison serait soumise, il impose lui une nouvelle méthode consistant à déterminer l’objet d’après les exigences de la raison. Cette substitution de l’idéalisme, la doctrine pour laquelle la réalité est une construction de l’esprit, au réalisme, celle pour laquelle la réalité a une existence indépendante de la conscience, fait de la théorie kantienne une « révolution copernicienne » en philosophie : tout comme Copernic a découvert que c’est la Terre qui tourne autour du soleil – et non l’inverse – Kant recentre la théorie de la connaissance sur le sujet, plutôt que sur l’objet. Cette position affirme que l’esprit intervient activement dans l’élaboration de la connaissance, autrement dit qu’il construit lui-même le réel. Ainsi, la connaissance que le sujet a de l’objet est dépendante de sa propre faculté de connaître : « nous ne connaissons a priori des choses, écrit Kant, que ce que nous y mettons nous-mêmes » (Critique de la raison pure).

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La critique de la raison pure de Kant ramène la métaphysique à l’esprit humain

La critique de la raison pure de Kant montre que le réel est ordonné par la pensée. Elle met en évidence l’existence de cadres universels et nécessaires à travers lesquels l’esprit humain saisit le monde. Kant distingue au sein de cette faculté de connaître la sensibilité, d’une part, qui est la capacité à recevoir de l’information, et l’entendement, d’autre part, qui est spontané et fonctionne avec les concepts. Ainsi, un objet est reçu par la sensibilité et pensé par les concepts de l’entendement. Tant la sensibilité que l’entendement fonctionnent avec des cadres précis, ou formes a priori. Ceux de la sensibilité sont l’espace et le temps, car le sujet perçoit toujours les choses dans l’espace et ses états d’âme dans le temps. Les cadres de l’entendement sont les catégories, c’est-à-dire les façons propres à l’esprit humain de concevoir les choses. « Les catégories, ou concepts purs, écrit Kant, sont des manières pour l’esprit humain d’ordonner le divers donné dans l’intuition » (Critique de la raison pure). En essayant de saisir l’absolu, l’inconditionné hors du monde sensible, elles constituent la raison, dont les idées régulent leur démarche. Sont par exemple de telles idées le monde considéré comme un tout, l’âme comme substance existant en elle-même, ou Dieu comme substance des substances et cause des causes. Cependant, comme les catégories tirent leur contenu de la sensibilité, la raison ne peut prétendre s’en émanciper.

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La critique de la raison pure de Kant remet en cause la métaphysique. Née du dépassement de l’expérience par l’entendement, la métaphysique (étymologiquement, ce qui est « au-delà du physique »), ou raison spéculative apparaît comme une disposition naturelle de la raison. Or, les idées de la raison ne servent qu’à réguler la démarche de la pensée vers l’absolu, c’est-à-dire qu’elles orientent seulement l’effort humain de connaissance en l’empêchant de se satisfaire trop aisément. Comme toute connaissance exige la combinaison de la sensibilité et de l’entendement, et que la première ne peut être intellectuelle, les catégories ne peuvent donc s’appliquer qu’à l’expérience, et jamais à un usage qui la transcende. « Toute connaissance des choses, écrit Kant, tirée uniquement de l’entendement pur ou de la raison pure, n’est qu’illusion ; il n’y a de vérité que dans l’expérience » (Critique de la raison pure). Par conséquent, la métaphysique ne peut pas être une science des choses en soi. Elle ne permet pas à l’homme d’affirmer quoi que ce soit concernant l’âme, le monde ou Dieu, car elle ne présente pas le même degré de certitude que la logique, les mathématiques ou la physique. Kant lui refuse donc la qualité de science, malgré ses origines anciennes, puisque faute d’avoir analysé les limites de la raison, elle s’était proposé des objets inaccessibles.

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