Le déclin de l'Occident Oswald Spengler

Le déclin de l’Occident apparaît avec une certaine philosophie de l’histoire. Dans Le déclin de l’Occident, Oswald Spengler sort ainsi de la conception linéaire traditionnelle de l’histoire fondée sur le concept de progrès, lequel sous-tend l’interprétation des événements. Il adopte au contraire une vision cyclique du développement des civilisations, dont les phases se répètent inlassablement sur le long terme, comme dans l’ordre cosmologique des Anciens.

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Le déclin de l’Occident est perceptible par divers symptômes. Oswald Spengler conçoit le déclin comme une période finale où le désordre se répand parce que l’énergie à l’origine de l’émergence de la culture est gaspillée ou perdue. Dans le détail, la civilisation privilégie le progrès scientifique et technique dans les grandes villes aux dépens des créations spirituelles, lesquelles deviennent progressivement absentes. L’art n’est plus le moyen d’expression d’une transcendance, il est désormais un loisir et un instrument de propagande ; il ne connaît plus aucun renouvellement, car les artistes s’abandonnent à la nostalgie, à la reprise des œuvres du passé, à un exotisme débridé, et à l’éclectisme. Le philosophe perçoit tout particulièrement le déclin de l’Occident dans l’évolution de la science. « L’individu renonce, affirme Oswald Spengler, en mettant les livres de côté. La Culture renonce en cessant de se manifester dans les plus hautes intelligences scientifiques. Or, la science n’existe qu’à travers la pensée vivante d’une grande génération de savants et à travers les livres »[1] (Le déclin de l’Occident). La science moderne s’est perdue dans la démesure et la technique, et elle contribue ce faisant à créer un monde « faustien » où priment la valeur marchande et l’efficacité. Oswald Spengler regrette par exemple le mathématicien classique, qui concevait un monde à la mesure de l’homme.

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Spengler perçoit le déclin de l’Occident dans sa culture

Le déclin de l’Occident repose sur l’indépendance des cultures. Oswald Spengler met en évidence huit « hautes cultures » : les cultures égyptienne, babylonienne, indienne, chinoise, apollinienne, arabe, mexicaine et occidentale (ou « faustienne »). Il considère que les plus importantes – la culture indienne (début en 1500 av. J.-C.), la culture antique (début en 1100 av. J.-C.), la culture arabe (début avant l’ère chrétienne) et la culture occidentale (début en 900 après J.-C.) – sont contemporaines dans la mesure où elles ont connu une évolution parallèle. Il avance cependant qu’elles sont imperméables les unes par rapport aux autres : elles ont chacune des formes d’expression spécifique et sont nées dans des circonstances auxquelles leur identité demeurera fidèle. « Une culture, explique Oswald Spenger, naît au moment où une grande âme se réveille, se détache de l’état psychique primaire d’éternelle enfance humaine, forme issue de l’informe, limite et caducité sorties de l’infini et de la durée. Elle croît sur le sol d’un paysage exactement délimitable, auquel elle reste liée comme la plante ». (Le déclin de l’Occident). Ainsi, pour le philosophe, les cultures ne peuvent pas s’influencer les unes les autres parce que leurs caractéristiques sont intraduisibles dans les perspectives des autres cultures. Cette séparation posée par Oswald Spengler invalide notamment les jugements portés sur une culture du point de vue d’une autre culture.

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Le déclin de l’Occident s’explique par les cycles de l’histoire. Oswald Spengler voit chaque culture comme un organisme vivant qui connaît une naissance, une évolution et une mort. Comme les humains, toutes les cultures sont morphologiquement identiques, si bien qu’à chaque phase de l’une correspond une phase des autres. Il est dès lors possible d’anticiper les phases à venir – et tout particulièrement le déclin – d’une culture particulière en identifiant et en analysant celles de cultures antérieures, par exemple la culture classique grecque et romaine. Le philosophe précise même que sa durée de vie est déterminée dès sa naissance.  « Chaque culture, écrit Oswald Spengler, traverse les phases évolutives de l’homme en particulier. Chacune a son enfance, sa jeunesse, sa maturité et sa vieillesse » (Le déclin de l’Occident). Dans cette conception cyclique de l’histoire, une fois qu’une culture atteint sa maturité, elle manifeste son âme de manière indépendante dans ses productions artistiques, philosophiques, et scientifiques, ainsi que dans ses institutions politiques. Or, le développement des cultures passées donne à conclure que l’Occident a déjà entamé son déclin. C’est alors que sa culture devient une civilisation, c’est-à-dire un ensemble global où les valeurs originelles et la grandeur héritée des ancêtres se dissolvent dans l’homogénéisation et l’amollissement. Oswald Spengler approfondit cette thèse en empruntant à Nietzsche l’idée selon laquelle le déclin de l’Occident se caractérise par un renversement de ses valeurs.

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[1] Traduction de Romain Treffel.