De la démocratie en Amérique Tocqueville

La démocratie a été analysée en Amérique par le français Tocqueville. Il montre dans De la démocratie en Amérique qu’elle n’est pas simplement un désordre conduisant à la dissolution de toute vie sociale saine, contrairement aux préjugés du milieu aristocratique. Il la présente au contraire comme le ferment d’une nouvelle société.

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La démocratie en Amérique repose sur l’égalité des conditions. Il s’agit là pour Tocqueville du « fait générateur » de la démocratie américaine. Les peuples démocratiques « ont pour l’égalité, écrit-il, une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible » (De la démocratie en Amérique). Ce fait est plus précisément l’opinion fondamentale selon laquelle les Américains voient le monde et conçoivent leurs tâches, droits et devoirs dans ce monde, car la loi politique de l’égalité démocratique pénètre les relations sociales et familiales. La marche vers la démocratie apparaît alors comme une tendance inéluctable à l’égalisation des conditions : « Mais ce ne sont pas seulement les fortunes qui sont égales en Amérique, précise Tocqueville ; l’égalité s’étend jusqu’à un certain point sur les intelligences elles-mêmes […] L’instruction primaire y est à la portée de chacun ; l’instruction supérieure n’y est presque à la portée de personne. ». La société démocratique américaine garantit ainsi une stricte égalité juridique tout en offrant à l’individu des opportunités de mobilité sociale. Cette société se distingue par conséquent, sur le plan des mentalités, de toutes les sociétés européennes antérieures par l’absence de patronage, qui définit un état social dans lequel il n’existe plus d’influences individuelles. Tocqueville dessine l’image d’un régime où le lien social est immédiatement politique.

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Tocqueville pointe les risques de la démocratie en Amérique

La démocratie en Amérique donne le pouvoir à l’opinion publique. S’il existe des opinions communes dans toutes les sociétés, c’est seulement dans la société démocratique que l’opinion commune prévaut sans obstacle, car les autres sources possibles d’opinion ont perdu toute créance face à une certaine « tyrannie de la majorité ». Tocqueville craint donc les effets pervers de la règle de la majorité au cœur du fonctionnement des régimes démocratiques. Pouvant légitimement imposer ses décisions à la minorité, la majorité risque de l’ignorer, voire de l’opprimer. « Dès que [la majorité] est irrémédiablement prononcée, chacun se tait, déplore le philosophe » (De la démocratie en Amérique). Il remarque ainsi que la société américaine exerce, par elle-même et sur elle-même, un pouvoir invisible plus présent, plus actif et plus grand qu’aucun autre pouvoir connu en Europe. La France et les États-Unis ont là un point commun : l’opinion publique y est le pouvoir dominant, en vertu de quoi la souveraineté du peuple est une réalité de chaque jour. Ce résultat engendre toutefois un phénomène préoccupant, le conformisme des opinions. Quand toutes les opinions sont égales, l’homme démocratique tend à se rallier spontanément à l’avis du plus grand nombre, voire à ne plus tolérer les opinions minoritaires. Tocqueville dénonce ainsi la disparition de l’indépendance d’esprit et de la liberté de discussion en Amérique.

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La démocratie en Amérique bouleverse le lien social. Elle défait le lien social et le refait autrement : elle tend à placer les hommes dans une sorte d’état de nature, puis elle leur demande de reconstituer la société à partir de cette base. En brisant les liens de dépendance et en entretenant l’espérance d’une élévation du bien-être, elle fait émerger un individu autonome, replié sur lui-même, perpétuellement inquiété par la concurrence de tous avec tous, et qui néglige ses devoirs de citoyen. Elle peut donc donner naissance à l’individualisme, le « sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis, de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même » (De la démocratie en Amérique). La démocratie est donc mise en danger par la liberté démocratique, qui rend plus difficile l’éclosion de vertus civiques – savoir commander, savoir obéir – qu’elle exige plus impérieusement. Ainsi, pour Tocqueville, l’idéal démocratique est à la fois réalisé dans sa pente la plus forte, l’égalité, et mis en danger dans sa pente la plus faible, la liberté. « Ce qui met en danger la société, prévient-il, ce n’est pas la grande corruption de quelques-uns, c’est le relâchement de tous ». Le philosophe ne voit qu’un seul remède efficace pour combattre cette menace de dissociété : l’exercice de la liberté politique par le développement des associations.

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