Périclès démocratie La Guerre du Péloponnèse

Périclès était un fervent défenseur de la démocratie à une époque où elle était encore fragile. Homme d’État et stratège, il était un orateur dont les discours ont profondément marqué la démocratie athénienne. Dans La Guerre du Péloponnèse, l’historien Thucydide reconstitue l’oraison prononcée par Périclès en l’honneur des soldats morts durant la première année de la guerre du Péloponnèse, un passage resté célèbre pour son éloge de la démocratie athénienne.

>> La dangerosité de la démocratie selon Platon sur un post-it

Périclès voit dans la démocratie le régime du peuple. Elle défend en effet les intérêts de l’ensemble des citoyens, à la différence de l’oligarchie ou de la tyrannie, toutes deux au service d’une minorité. « Notre constitution politique, affirme Périclès, n’a rien à envier aux lois qui régissent nos voisins ; loin d’imiter les autres, nous donnons l’exemple à suivre. Du fait que l’État, chez nous, est administré dans l’intérêt de la masse et non d’une minorité, notre régime a pris le nom de démocratie » (La Guerre du Péloponnèse). Le stratège athénien caractérise plus précisément le régime démocratique comme reposant sur trois critères fondamentaux favorables au peuple : l’égalité devant la loi (isonomie), l’égalité de pouvoir (isocratie) et l’égalité de parole (isagoria). L’isonomie, plus particulièrement, prospère grâce au respect de la loi qui anime les citoyens de la démocratie athénienne. Elle diffuse ainsi dans la cité un état d’esprit favorable au vivre ensemble auquel Périclès est très attaché. En effet, se sachant protégés par la loi dans leurs relations particulières, les Athéniens sont spontanément bienveillants, tolérants et ils ne s’irritent pas aisément les uns à l’égard des autres ; ils usent encore moins de l’humiliation. Ils obéissent volontiers aux magistrats et aux lois, et ils le font d’autant plus rigoureusement lorsque la règle défend les opprimés et condamne les oppresseurs au moins à la vindicte publique.

>> La justice selon Aristote sur un post-it

Les avantages de la démocratie loués par Périclès demeurent théoriques

Périclès valorise dans la démocratie la participation des citoyens à la décision. À son époque, en effet, la démocratie athénienne est une démocratie directe : tous les dix jours, les citoyens se réunissent en assemblée (l’ecclésia) pour discuter des affaires importantes et voter les lois. Ils sont libres de proposer des amendements sur les projets de loi et leur temps de parole est équitablement réparti. Périclès a également réformé le système pour favoriser la participation des plus pauvres ou de ceux vivant le plus à l’écart en introduisant le misthos (« salaire »), une indemnité journalière de présence. « Nul n’est gêné, affirme l’orateur, par la pauvreté ni par l’obscurité de sa condition sociale, s’il peut rendre des services à la cité » (La Guerre du Péloponnèse). Comme les citoyens sont tirés au sort pour occuper ces fonctions, ils ont tous une chance égale de les occuper. Certains d’entre eux sont ainsi magistrats et veillent à l’exécution des lois ; d’autres sont à l’origine des propositions de projets de loi, et d’autres encore votent ces lois. L’occupation de toutes ces fonctions est limitée à un an. Enfin, les dix plus importants stratèges, ceux qui dirigent l’armée et la politique extérieure d’Athènes, sont élus pour un an renouvelable en fonction de leur compétence (et non par tirage au sort) par l’ecclésia.

>> La démocratie en Amérique selon Tocqueville sur un post-it

L’éloge de la démocratie de Périclès est cependant biaisé. Si la démocratie athénienne est un régime supérieurement égalitaire pour l’époque, elle n’en reste en effet pas moins discutable. En premier lieu, la proclamation de Périclès « Nous sommes égaux devant la loi. » (La Guerre du Péloponnèse) ne concerne qu’une petite partie de la population (environ 15 %) qui possède la citoyenneté, car les femmes, les métèques et les esclaves en sont exclus. De plus, seuls les citoyens les plus riches et vivant au sein de la cité peuvent véritablement assister aux débats de l’ecclésia, tandis que les ruraux ou les plus pauvres peuvent difficilement s’y rendre du fait à la fois de leur éloignement et de leur travail (malgré le misthos). Enfin, les plus brillants orateurs étaient naturellement ceux qui avaient eu les moyens de suivre des cours de rhétorique, de telle sorte que l’équité du temps de parole était rendue caduque par l’inégalité dans l’art oratoire. Périclès est lui-même souvent pris en exemple pour critiquer la démocratie. Issu d’une puissante et riche famille, le stratège athénien est souvent présenté, non seulement par Socrate, mais encore bien après, par les penseurs des trois révolutions occidentales, comme un démagogue populiste. En particulier, ses initiatives de faire participer les citoyens à la distribution des terres, puis de les payer pour aller à des spectacles et s’acquitter de leurs devoirs civiques ont été accusées d’avoir dépravé les mœurs populaires.

>> L’inégalité selon Rousseau sur un post-it