démocratie et totalitarisme Raymond Aron

Démocratie et totalitarisme forment l’antithèse de la philosophie politique. Raymond Aron affirme dans Démocratie et totalitarisme que ces deux formes politiques, combien antithétiques, témoignent de la primauté du politique (sur l’économique notamment). Elles confirment qu’il n’existe pas de vie sociale sans autorité organisée et que le style de l’autorité est caractéristique des relations sociales.

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Démocratie et totalitarisme posent la question du régime politique. Raymond Aron explique que si Aristote et Montesquieu distinguent tous deux les types de régimes en fonction du nombre de détenteurs du pouvoir, la question est aussi prédéterminée par la conception de la nature humaine (mécaniste chez Hobbes, passionnelle chez Spinoza) et par celle du pouvoir (économique chez Marx, pragmatique chez Machiavel et Pareto). Les critères de choix d’un régime politique étant la légitimité et l’efficacité, le problème politique consiste donc à justifier l’autorité et l’obéissance, ce que le droit fait par la souveraineté, la philosophie par l’égalité et les libertés. En pratique, les régimes des pays occidentaux organisent constitutionnellement la concurrence pacifique pour l’exercice du pouvoir, à travers les élections. Pour autant, « l’essence même de la politique, affirme Raymond Aron, est que des décisions soient prises pour, non par, la collectivité » (Démocratie et totalitarisme). Les fonctions de l’ordre politique moderne sont plus précisément de garantir la paix entre les citoyens et le respect des lois ; les pouvoirs exécutif et législatif ; et de fournir une représentation de son propre idéal. Selon Raymond Aron, la nécessité de concilier l’entente nationale et la contestation permanente peut être obtenue grâce à un chef suprême ou bien en fixant des bornes à l’action des gouvernants.

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Pour Raymond Aron, démocratie et totalitarisme structurent l’éventail du politique

Démocratie et totalitarisme mettent en évidence la corruption du politique. Raymond Aron distingue trois espèces de corruption : celle des institutions politiques, lorsque le système des partis est inefficace ; celle de l’esprit public ; celle de l’infrastructure sociale, lorsque la société individualiste ne fonctionne plus. Une autre classification est possible, entre l’excès d’oligarchie dû à l’enracinement, et la démagogie, qui crée un risque de décomposition. Les diverses difficultés liées à l’enracinement peuvent être évitées en limitant la puissance sociale du pouvoir économique, en améliorant l’adhésion à la formule de base du régime, ainsi que son efficacité (notamment son unité et sa capacité à moderniser l’économie). Quant aux risques de décomposition, ils existent d’une part au niveau des institutions : passions idéales, lassitude, conscience des déficiences ; d’autre part, au niveau du principe, par sa corruption : non-respect des lois, sommeil de l’uniformité, excès partisans. Pour Raymond Aron, le long terme crée de la vulnérabilité, mais peut-être aussi un renforcement par la durée. « Il y a, écrit-il, des régimes démocratiques qui sont corrompus parce qu’ils n’ont pas encore jeté les racines profondes dans une société et il y a d’autres qui sont corrompus par le temps, par l’usure, par l’habitude et qui ne fonctionnent déjà plus » (Démocratie et totalitarisme). Ce sont les adversaires irréductibles des régimes constitutionnels pluralistes que sont les traditionalistes, les privilégiés, les défavorisés, et les masses populaires animées par une conscience de classe qui dénoncent leur corruption.

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Démocratie et totalitarisme s’opposent sur la constitutionnalité et le pluralisme. Raymond Aron décrit les régimes constitutionnels pluralistes à partir de quatre critères : le système politique en tant que système social, l’infrastructure sociale, l’administration ou bureaucratie, et l’environnement historique du système politique. De son point de vue, les variables de la réussite de ces régimes sont l’idée que les citoyens se font de leurs mérites, les traditions historiques (par exemple, en France, la remise en cause de la constitution), la diversité des idées religieuses et des idées politiques. Idéalement, les gouvernants y ont pour objectifs de rester au pouvoir et de servir l’intérêt collectif. Quant aux régimes non constitutionnels pluralistes, Raymond Aron les divise en régime autoritaire-conservateur (Franco en Espagne, Salazar au Portugal), régime fasciste (Hitler) et régime communiste (Staline). Les deux derniers sont caractérisés par un parti monopolistique, l’interdiction du désaccord idéologique, et un renouvellement de l’élite. Le phénomène totalitaire possède plus précisément cinq caractéristiques : un parti monopolistique, une idéologie vérité officielle de l’État, un monopole des moyens pour l’État, l’omniprésence de l’État, la terreur policière et idéologique. « Le phénomène est parfait, pose Raymond Aron, lorsque tous ces éléments sont réunis et pleinement accomplis » (Démocratie et totalitarisme). Si le communisme et le national-socialisme sont des adversaires avec des idéologies opposées, ils ont des pratiques équivalentes – lesquelles servent toutefois, dans le projet hitlérien, une ambition d’extermination, à opposer à l’ambition de création du projet soviétique.

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