La désobéissance civile Thoreau

La désobéissance civile légitime la contestation de la loi. En effet, Thoreau défend dans La désobéissance civile le droit de l’individu de ne pas obéir à une loi allant à l’encontre de sa conscience. Le concept de désobéissance civile souligne par-là certaines limites de la démocratie, qu’il s’agisse d’une majorité qui choisit des règles qui oppriment des minorités ou, au contraire, de minorités qui confisquent les décisions collectives en s’accaparant le droit de décider au nom de la majorité silencieuse.

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La désobéissance civile est née dans les faits. Tout d’abord, Thoreau a été amené à y réfléchir parce qu’il a refusé de payer la part de l’impôt destinée à financer la guerre contre le Mexique en vue de l’annexion du Texas, fait pour lequel il fut contraint à passer une nuit en prison en 1846. « Je n’ai payé aucune capitation depuis six ans ; cela me valut de passer une nuit en prison ; […] je ne pus m’empêcher d’être saisi devant la bêtise d’une institution qui me traitait comme un paquet de chair, de sang et d’os, bon à être mis sous clef » (La désobéissance civile). Si le texte était passé complètement inaperçu à l’époque, il est sorti de l’anonymat grâce à l’influence qu’il a eue sur Tolstoï. Au niveau collectif, ensuite, le concept de désobéissance civile est le fruit de certaines circonstances historiques. En effet, le mouvement d’indépendance des colonies à l’égard de l’absolutisme métropolitain (indépendance américaine en 1776) a engendré une désobéissance civile de fait, prélude à l’autodétermination des peuples et à l’apparition de nouveaux ordres juridiques. L’idée trouve aussi un écho dans l’opposition de Thoreau à l’esclavagisme et aux traitements injustes infligés à la population aborigène indienne.

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Thoreau définit la désobéissance civile comme le refus non violent de l’injustice

La désobéissance civile repose sur le rejet de l’injustice. Sur le plan théorique, elle désigne le refus de se soumettre à une loi jugée inique par ceux qui la contestent, dont découle la volonté de changer la loi par des moyens non violents[1]. Pour Thoreau, il n’est pas forcément efficace de combattre frontalement l’injustice, mais il n’est pas moralement acceptable d’en être l’agent envers autrui, car on ne peut prêter la main à faire le mal que l’on condamne. « Si l’injustice a un ressort, une poulie, une corde, une manivelle, réservés à son seul usage, on peut se demander si le remède ne sera pas pire que le mal. Mais si cela demande que vous soyez l’agent de l’injustice envers quelqu’un, alors enfreignez la loi. Faites de votre vie le bâton dans les roues qui arrêtera la machine. Je dois faire en sorte de ne pas prêter pas la main à faire le mal que je condamne » (La désobéissance civile). Ainsi, condamner l’injustice en parole, voter, ou vouloir amender la loi ne sont pas des solutions satisfaisantes ; il est nécessaire que l’individu ne soit pas lui-même complice de l’injustice qu’il dénonce. Par exemple, le citoyen américain participe directement à l’injustice en payant l’impôt qui sert à financer la politique de l’esclavage et la guerre.

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La désobéissance civile légitime la résistance à l’État. En pratique, elle fonde le devoir de désobéissance du citoyen face à un État qui institutionnaliserait l’injustice. Elle constitue également, en termes tocquevilliens, un outil contre la « dictature de la majorité ». Il s’agit dès lors surtout, mais pas exclusivement, d’une démarche personnelle permettant à l’individu de rester en accord avec sa conscience. Thoreau vilipende les « milliers de gens » qui, tout en revendiquant une opposition de principe à l’esclavage et à la guerre, ne traduisent cependant jamais cette position en pratique et justifient leur passivité par la supposée impossibilité pratique de résister à l’institution de l’esclavage, voire même par la nécessité prioritaire de libérer le commerce avant les hommes. « On tergiverse, on déplore et quelquefois on pétitionne, critique l’écrivain, mais on n’entreprend rien de sérieux ni d’effectif » (La désobéissance civile). Défenseur des minorités, Thoreau les encourageait à agir pour exister : « une minorité n’a aucun pouvoir tant qu’elle s’accorde à la volonté de la majorité : dans ce cas, elle n’est même pas une minorité. Mais, lorsqu’elle s’oppose de toutes ses forces, on ne peut plus l’arrêter ». Rendue célèbre par l’histoire du XXe siècle, la désobéissance civile de Thoreau s’inscrivait dans la continuité du personnage d’Antigone ou de la pensée de La Boétie, par exemple, avant d’être mise en pratique dans les combats politiques de deux grandes figures du pacifisme, Gandhi et Martin Luther King.

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[1] Cette position tranche par exemple avec la célèbre attitude de Socrate, qui s’était soumis à l’injustice en acceptant de boire la ciguë en refusant les plans d’évasion de ses amis.