Manuel d'Épictète Épictète stoïcisme

Le détachement selon Épictète mène au bonheur philosophique. Le philosophe stoïcien prescrit ainsi dans le Manuel d’Épictète que chaque homme s’occupe exclusivement de lui-même. Cet enseignement éthique a été composé à l’époque du déclin de l’Empire romain, où les conditions pour philosopher étaient particulièrement difficiles.

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Le détachement selon Épictète invite à se focaliser ce qui dépend de nous. La dimension fortement morale de la sagesse stoïcienne repose en effet sur la distinction très importante entre, d’une part, les choses qui dépendent de nous (celles qui sont naturellement libres), et, d’autre part, celles qui ne dépendent pas de nous (celles qui sont serves). Il s’agit là du critère fondamental très simple qui devrait orienter toute la pratique philosophique : « L’essence de la philosophie, écrit Épictète, est qu’un homme devrait vivre de manière à ce que son bonheur dépende aussi peu que possible de causes extérieures » (Manuel d’Épictète). Cette éthique du détachement demande à l’individu un effort personnel constant de décentrement par rapport aux autres et à lui-même. Elle peut se concrétiser en une préférence pour le retrait, laquelle n’envisagerait pas par exemple les joies de la convivialité d’un repas, parce que celle-ci est conditionnée par une servitude de la vie sociale – il ne dépend que du stoïcien de ne pas s’y soumettre. Le détachement d’Épictète s’oppose également à tout prosélytisme, car ça n’est pas là vouloir ce qui est en notre pouvoir. Hegel remarque qu’il constitue une forme de sagesse qui permet d’être libre même dans les fers. Ainsi, le sujet n’est pas maître de son destin, mais seulement de la façon dont il s’y rapporte.

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Le manuel d’Épictète prône une forme de pragmatisme

Le détachement selon Épictète vise la conformité à l’ordre de la nature. Ce concept part du principe que les inclinations conformes à la nature ne peuvent être dépravées, en vertu de quoi le premier devoir de l’individu est l’autopréservation. Guidé par ce devoir, le sujet est capable de distinguer ce qui est conforme à l’ordre de la nature immanent en chaque être et ce qui ne l’est pas, ce qui dépend de lui et ce qui ne dépend pas de lui. Il faut « vouloir que les choses arrivent comme elles arrivent » (Manuel d’Épictète). La vie morale du stoïcien est donc une vie conforme à la raison et à la nature, en employant la connaissance scientifique des choses qui arrivent par nature. Ainsi, un jugement sain est forcément conforme à l’ordre de la nature. Le malheur, en revanche, est de vouloir contre l’ordre de la nature, une aberration qui se manifeste notamment dans les passions. Causées par une « faiblesse de l’âme », celles-ci sont dirigées contre la raison du stoïcien, puisqu’elles amènent à désirer comme des biens ou à fuir comme des maux ce qui, pour l’homme réfléchi, n’est en réalité ni bien ni mal. De nature passagère et instable, elles se transforment en maladies de l’âme, telles que l’ambition, ou la misanthropie, qui se fixent et deviennent indéracinables.

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Le détachement selon Épictète n’est pas un éloge de la passivité. Contrairement à sa réputation d’impassibilité et d’indifférence, la doctrine stoïcienne est une invitation à l’action. En effet, en demandant au sujet de se focaliser sur les seules choses qui dépendent de lui, elle lui ménage un espace de liberté, une marge de manœuvre pour contribuer à façonner son destin individuel par des actions dont la pertinence est suspendue à la qualité de son jugement. « Souviens-toi que tu es comme un acteur dans le rôle que l’auteur t’a confié, enjoint Épictète : court, s’il est court ; long, s’il est long. Il dépend de toi de bien jouer ton rôle, mais non de le choisir » (Manuel d’Épictète). Ainsi, les fondateurs de l’école stoïcienne engageaient par-dessus tout leurs élèves à accomplir leurs fonctions de citoyen. Beaucoup plus tard, Épictète voyait même son enseignement comme une préparation aux carrières publiques, en vertu de quoi il blâmait les jeunes gens souhaitant rester trop longtemps à l’ombre de l’école : la vie normale de l’homme, c’est la vie de l’époux, du citoyen, du magistrat. La sagesse stoïcienne réconcilie donc la vie contemplative et la vie pratique. « N’attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites, écrit Épictète. Décide de vouloir ce qui arrive… et tu seras heureux ».

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