deuxième sexe Simone de Beauvoir féminisme

Le deuxième sexe est soumis au premier. Simone de Beauvoir montre ainsi dans Le deuxième sexe que la féminité n’est pas un caractère biologique ou psychologique, mais une construction culturelle, l’œuvre des hommes dont la finalité est l’infériorisation de la femme. Acquise à l’existentialisme, la philosophe refuse tout déterminisme et place donc les femmes – mais aussi les hommes – devant leur responsabilité dans la nécessaire émancipation du deuxième sexe.

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Le deuxième sexe est dans une sujétion injustifiée. Simone de Beauvoir affirme avec force qu’aucun « destin » ne justifie l’assujettissement des femmes. Les tentatives d’explication prétendant adopter le point de vue de l’universel sont en réalité le fait d’hommes qui échouent à ne pas biaiser leur analyse. Alors que les données biologiques, par exemple, ne permettent pas de conclure, elles sont instrumentalisées pour défendre une vision réductrice de la femme : « La femme ? c’est bien simple, disent les amateurs de formules simples : elle est une matrice, un ovaire ; elle est une femelle : ce mot suffit à la définir » (Le deuxième sexe). Simone de Beauvoir reproche par exemple à la psychanalyse d’adopter le point de vue masculin et de renforcer ainsi le déterminisme existant. De même, elle refuse la thèse du matérialisme historique selon laquelle la soumission de la femme s’expliquerait par les techniques et la propriété privée. Pour la philosophe, l’histoire occidentale n’a fait que développer et essentialiser la sujétion féminine à partir d’un préjugé sur la maternité, conçue comme une propriété propre à l’animalité. Cette évolution historique a entretenu le mythe de la femme comme figure de l’altérité, de la beauté, et, en tant que possession valorisante, comme miroir de la transcendance masculine.

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Simone de Beauvoir dénonce l’illusion de la féminité qui emprisonne le deuxième sexe

Le deuxième sexe est victime du privilège masculin. Simone de Beauvoir montre en effet que l’homme tire un prestige des valeurs attachées au masculin, lesquelles assurent sa position de dominant et lui confèrent des privilèges concrets. Il tente de faire valoir ce prestige comme un donné naturel, absolu et inébranlable afin de rationaliser la subordination des femmes et de jouir pleinement de son privilège. C’est, en pratique, la société qui donne un sens aux différences sexuelles : comme elle valorise la force physique, elle assimile le rôle biologiquement agressif de l’homme à la fonction de chef. Par conséquent, la masculinité n’est jamais un obstacle à la réussite sociale, mais plutôt un avantage. « Le privilège que l’homme détient et qui se fait sentir dès son enfance, écrit Simone de Beauvoir, c’est que sa vocation d’être humain ne contrarie pas sa destinée de mâle » (Le deuxième sexe). Les femmes sont en revanche condamnées à choisir entre la passivité de la féminité et les caractéristiques masculines associées au succès. Les hommes leur font toutefois accepter cette inégalité en leur faisant miroiter leur propre privilège, celui de la maternité. Ainsi, la mère est idolâtrée : son destin est présenté comme le destin non seulement désirable, mais indépassable. Simone de Beauvoir voit dans cette idolâtrie le moyen de rendre les femmes complices de leur sujétion.

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Le deuxième sexe est conditionné à la féminité. Simone de Beauvoir insiste sur l’idée que le mot et le concept de femme ne sont figés par aucun archétype ni aucune essence. Dans cette perspective, la féminité doit être comprise comme une construction sociale visant à naturaliser l’oppression des femmes. « On ne naît pas femme, affirme la philosophe : on le devient. Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine ; c’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin » (Le deuxième sexe). Pour Simone de Beauvoir, cette situation remonte à l’enfance, où les petites filles intériorisent leur rôle social à cause de la valorisation du pénis et de la fonction maternelle. De fait, ce sont des femmes qui les éduquent et leur apprennent la beauté, la séduction et l’entrée dans l’immanence. Plus tard, la jeune fille fait du mariage le projet fondamental de son avenir, alors qu’il n’est pas indispensable pour le jeune homme. Simone de Beauvoir condamne également l’asymétrie de leur initiation sexuelle, où l’homme conquiert une femme chaste comme une proie, l’initie et la traumatise parfois en la déflorant. Enfin, elle critique la dépendance dans laquelle est placée la femme mariée, puis décrit la nostalgie de la femme âgée, qui perd le sens de son existence avec son pouvoir de séduction.

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