Diogène le cynique cynisme

Le cynisme est une philosophie de la transgression. Diogène Laërce narre dans ses Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres les excentricités qui ont jonché la vie de Diogène le cynique, de son exil forcé par les faux-monnayages de son père à sa mort d’une indigestion de poulpes. Dans la continuité de son maître Antisthène, qui se proclamait « un vrai chien », le philosophe se vantait d’aboyer contre les méchants et de les mordre.

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Le cynisme repose sur le mépris du monde. Diogène le cynique méprisait fondamentalement, en premier lieu, les biens matériels, y compris ceux auxquels les hommes attachent communément un prix important. Ainsi, il n’habitait pas une maison, mais vivait dans un tonneau (plutôt une amphore de grande taille), un peu comme un chien dans sa niche. Les commodités de la vie quotidienne n’esquivent pas davantage son mépris. « Voyant un jour un petit garçon qui buvait dans sa main, raconte Diogène Laërce, il prit l’écuelle qu’il avait dans sa besace, et la jeta en disant : « je suis battu, cet enfant vit plus simplement que moi » » (Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres). Diogène le cynique méprise également les puissances que les hommes honorent. Selon la célèbre anecdote, il aurait simplement répondu « Ôte-toi de mon soleil » au roi Alexandre le Grand, venu le voir pour lui promettre de lui donner ce qu’il voulait. Son mépris vise plus généralement toutes les conventions de la morale. Sa provocation la plus scandaleuse consistait à se masturber en public en regrettant qu’il ne soit pas possible d’apaiser la faim d’une manière similaire, en se frottant le ventre. De même, il assumait de fréquenter les maisons closes en n’y voyant aucune souillure morale. Si Diogène le cynique n’a pas connu le sort de Socrate, c’est parce qu’il était pris pour un fou.

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Le cynisme de Diogène le cynique est une sagesse transgressive

Le cynisme s’oppose aux idoles. Diogène le cynique professait une absence totale de respect pour les superstitions religieuses. « Voyant une femme prosternée devant les dieux et qui montrait ainsi son derrière, décrit Diogène Laërce, il voulut la débarrasser de sa superstition. Il s’approcha d’elle et lui dit : « Ne crains-tu pas, ô femme, que le dieu ne soit par hasard derrière toi (car tout est plein de sa présence) et que tu ne lui montres ainsi un spectacle indécent ? » » (Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres). Cette anecdote vise à mettre en évidence la dimension forcément superficielle des rites religieux, qui ne peuvent pas atteindre la transcendance des dieux. Au plan général, c’est la transgression des idoles qui confère aux provocations de Diogène le cynique leur cohérence. Le philosophe refuse de se faire des illusions ; il ne veut pas confondre l’idéal avec le réel. Il prend dès lors pour cible la théorie des idées platoniciennes, qu’il considère comme un conte pour enfants. Voulant opposer l’hypothétique essence de l’homme aux hommes réels, il traverse Athènes avec une lanterne en plein jour en déclarant « je cherche un homme ». Son maître Antisthène avait déjà ridiculisé Platon en lui disant qu’il voyait bien le cheval, mais point la chevalinité. Le cynisme de Diogène le cynique est donc un nominalisme : les mots ne sont pas des essences éternelles, mais seulement des noms donnés aux choses.

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Le cynisme vise une forme de sagesse. En effet, Diogène le cynique appartenait bien à une école philosophique, dont le fondateur n’était autre que son maître, Antisthène, lequel se voulait, en rival de Platon, le seul vrai continuateur de Socrate. Cette école était originale dans la mesure où elle n’avait pas sa doctrine ; au travail théorique, elle préférait donner l’exemple de la vertu. Ainsi, Diogène le cynique n’enseignait jamais que par son propre exemple, d’où l’importance de ses provocations et d’une interprétation qui en dépasse la dimension anecdotique. La sagesse qu’il incarnait se caractérise tout d’abord par l’indépendance. Le sage authentique vit comme un marginal, à l’écart de la vie sociale, un jeu dont il n’est pas dupe. « Il entrait au théâtre par la porte de sortie, rapport Diogène Laërce, et comme on s’en étonnait, il déclarait : « Je m’efforce de faire dans ma vie le contraire de tout le monde. » » (Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres). Vivant de rien et réduit à la quasi-mendicité, il atteint l’indépendance suprême. Sa vie sexuelle scandaleuse n’est pas l’affirmation d’un droit au plaisir, mais d’un mépris du corps, dont il veut éteindre les désirs au plus vite plutôt que d’en avoir l’esprit occupé. Sur le plan de la vérité, le cynisme de Diogène le cynique nie la possibilité de l’erreur dans le discours, une chose ne pouvant être décrite que comme étant ce qu’elle est.

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