Discours sur l'origine de l'inégalité Rousseau

L’inégalité a tout d’abord marqué la vie de Rousseau. Le mépris ressenti dans les nombreuses positions subalternes qu’il a occupées fait en effet partie de ses expériences les plus profondes. L’inégalité était plus généralement une caractéristique de la société de son époque, quand les campagnes connaissaient famine sur famine alors même que Versailles vivait dans une opulence débridée, ce qui explique le projet intellectuel du fameux Discours sur l’origine de l’inégalité.

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L’inégalité n’existait pas à l’état de nature. Rousseau décrit l’homme naturel comme un être de simples besoins (à satisfaire), qui ne connaît pas les désirs (à éteindre), ni bon ni méchant, seulement farouche, qui fait l’objet d’une sélection naturelle cruelle, mais saine (comme elle l’était à Sparte). L’humanité étant dispersée, l’individu y évolue de manière indépendante, un peu à la manière d’un animal. Il correspond, d’un point de vue anthropologique, au chasseur-cueilleur qui, jouissant d’une relative abondance naturelle, ne travaille que très peu. L’amour propre n’est pas encore réveillé chez cet homme-là, chez lequel Rousseau décèle au contraire le sentiment de la pitié, qui le retiendrait de chercher à accaparer les ressources des plus faibles par la violence. Ces conditions rendent impossible une lutte pour la prééminence et réfutent ainsi la thèse hobbesienne de la « guerre de tous contre tous ». Si Rousseau admet bien l’existence d’inégalités naturelles, celles-ci ne sont toutefois pas permanentes et c’est la civilisation qui les décuple. « Qu’un géant et un nain, écrit le philosophe, marchent sur la même route, chaque pas qu’ils feront l’un et l’autre donnera un nouvel avantage au géant » (Discours sur l’origine de l’inégalité). L’état de nature rousseauiste n’est donc pas foncièrement inégalitaire, car les inégalités naturelles (âge, force, santé) sont réduites, stables et ne s’expriment que de façon intermittente, quand le hasard met aux prises deux individus.

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Rousseau identifie la perfectibilité et la propriété à l’origine de l’inégalité

L’inégalité est contenue en puissance dans la nature humaine. Rousseau affirme que l’homme présente des caractéristiques qui, en se développant dans le cadre de la société, donneront naissance à l’inégalité. C’est tout particulièrement sa capacité à évoluer qui est à l’origine de ce processus. En effet, si l’homme naturel est animé par l’amour de soi (autopréservation), la pitié, et la liberté, il est également perfectible : « il y a une autre qualité très spécifique qui les distingue [l’homme et l’animal], écrit Rousseau, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation : c’est la faculté de se perfectionner ; faculté qui, à l’aide des circonstances, développe successivement toutes les autres, et réside parmi nous tant dans l’espèce que dans l’individu (…) » (Discours sur l’origine de l’inégalité). Cette faculté signifie que l’homme est lui ouvert au changement, lequel peut le mener au bien comme au mal. Dès lors, la perfectibilité humaine aurait pu accoucher d’un état social non tragique – mais elle a abouti à l’inégalité. Rousseau l’assimile donc à une faillibilité de l’homme dans laquelle il faut voir la cause du malheur de l’espèce. Pour autant, ce sont des contingences de l’histoire naturelle qui ont créé les conditions d’expression de la perfectibilité à l’origine de la société inégale : des catastrophes écologiques ont concentré les hommes en de mêmes endroits.

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L’inégalité sociale naît véritablement avec le droit de propriété. Rousseau affirme en effet que l’institution de la propriété privée a introduit un point de rupture dans l’histoire humaine. Ainsi, il imagine que quelqu’un eut la funeste idée, un beau jour, d’enclore sa propriété : « Le premier qui, écrit-il, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne » (Discours sur l’origine de l’inégalité). D’après Rousseau, l’inégalité se développa sur cette innovation jusqu’à un stade où les riches sont assez riches pour acheter les autres, tandis que les pauvres sont eux obligés de se vendre. Combinée au resserrement des rapports, la propriété privée a aussi excité les passions sociales. Les préférences se sont alors installées, et avec elles toutes une gamme de sentiments (la vanité, le mépris, la honte, l’envie, etc.), qui sont autant de symptômes de l’inégalité que Rousseau a puissamment ressentie au cours de sa vie.

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