Discours sur les sciences et les arts Rousseau

Les sciences et les arts n’ont pas contribué à épurer les mœurs. Rousseau affirme dans son Discours sur les sciences et les arts qu’ils les ont au contraire corrompus ; qu’ils ont amolli les âmes et les corps, dégradé la vertu, la citoyenneté et le patriotisme. Le philosophe remet ainsi en question la foi dans le progrès de l’époque des Lumières, ce qui lui vaudra d’être caricaturé comme un apôtre réactionnaire du retour à la nature.

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Les sciences et les arts sont l’apanage d’une minorité. Souvent travestie comme une condamnation sans appel, la thèse de Rousseau exprime en réalité une appréciation positive des sciences et des arts en eux-mêmes, ainsi qu’un respect sincère des individus qui s’y consacrent authentiquement. Il voit dans ceux-ci les « précepteurs du genre humain » qui, pour assurer leur fonction, ont besoin d’être reconnus à leur juste valeur et d’être gratifiés des responsabilités qu’ils méritent. Or, ils sont confondus avec tous les imitateurs sans talent et les vulgarisateurs sans vocation qui, en s’entêtant dans une carrière à laquelle ils ne peuvent prétendre, rétrécissent l’intelligence humaine alors que les sciences et les arts devraient l’étendre. « Que penserons-nous, demande Rousseau, de ces compilateurs d’ouvrages qui ont indiscrètement brisé la porte des sciences et introduit dans leur sanctuaire une populace indigne d’en approcher […] ? Tel qui sera toute sa vie un mauvais versificateur, un géomètre subalterne, serait peut-être devenu un grand fabricateur d’étoffes » (Discours sur les sciences et les arts). Ainsi, seules quelques âmes privilégiées, tels Bacon, Descartes ou Newton, mènent leurs recherches dans le désintérêt nécessaire à la poursuite du vrai et du beau. Pour Rousseau, l’homme en général n’est pas fait pour être un savant, car la vanité l’égare loin du sentier de la science authentique.

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Rousseau lie les sciences et les arts au vice

Les sciences et les arts sont fondés sur le vice. Ayant avancé que seule une minorité avait la pureté morale pour s’y consacrer, Rousseau considère dès lors que la majorité ne devrait pas sortir d’une extrême simplicité de mœurs, bornée par les besoins naturels, les devoirs de la citoyenneté et de l’humanité. En critiquant la sophistication et le luxe de la vie urbaine, il veut mettre en lumière le fait que la vertu y recule à mesure que les sciences et les arts s’y développent. En réalité, les connaissances qui y sont valorisées et célébrées ne sont pas nées de la recherche de la vérité. « L’astronomie, commence Rousseau, est née de la superstition ; l’éloquence de l’ambition, de la haine, de la flatterie, du mensonge, la géométrie de l’avarice, la physique d’une vaine curiosité, toutes, et la morale elle-même, de l’orgueil humain. Les sciences et les arts doivent donc leur naissance à nos vices : nous serions moins en doute sur leurs avantages, s’ils la devaient à nos vertus » (Discours sur les sciences et les arts). Ainsi, les sciences et les arts émergent en société parce qu’ils satisfont les besoins créés par l’excitation de la vanité. Rousseau estime que l’homme ne ferait certainement pas les efforts pour se cultiver ou produire de l’art s’il n’était pas mû par le désir de se distinguer et s’il ne vivait dans une oisiveté rendue possible par l’inégalité.

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Les sciences et les arts produisent le vice. Rousseau leur reproche tout d’abord d’amollir les vertus civiques. En effet, les sciences et les arts nuiraient à la cohésion sociale en mettant en doute l’esprit national de ses mœurs, car en favorisant l’esprit critique, ils s’attaquent au socle de croyances qui soudent la nation. Plus fondamentalement, leur pratique développe l’individualisme et éteint le souci du bien commun nécessaire à l’harmonie d’une collectivité. « Le goût de la philosophie, écrit Rousseau, relâche tous les liens d’estime et de bienveillance qui attachent les hommes à la société, et c’est peut-être le plus dangereux des maux qu’elle engendre. Le charme de l’étude rend bientôt insipide tout autre attachement » (Discours sur les sciences et les arts). De surcroît, à force d’étudier les hommes, l’individu vit avec le dégoût permanent de leurs défauts, si bien qu’il perd la capacité d’empathie qui nourrit le sentiment de la citoyenneté. Tous ces effets secondaires de la pratique des sciences et des arts ne peuvent qu’amoindrir le patriotisme au profit de l’universalisme et du cosmopolitisme, des doctrines qui, aussi nobles qu’elles soient, fournissent surtout à l’individu le prétexte pour économiser le soin de ses voisins en y substituant l’amour théorique de l’homme générique et de l’étranger. Sur le plan moral, enfin, Rousseau accuse les sciences et les arts d’étouffer la pureté du sentiment intérieur par la rationalité, et de corrompre le goût en sacrifiant la transcendance de l’œuvre à la vulgarité du public.

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