doute cartésien Descartes Discours de la méthode

Le doute cartésien est le concept fondateur du rationalisme moderne. Affirmant dans le Discours de la méthode que la raison est également répartie chez tous les hommes (« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. »), Descartes regrette qu’ils n’en usent cependant pas tous correctement ; c’est pourquoi il fonde sur le doute une méthode dédiée à la recherche de la vérité.

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Le doute cartésien est tout d’abord empirique. Cette première version a une dimension biographique : Descartes sort de ses études en considérant qu’il ne possède en réalité aucun savoir véritable ; il est tout aussi déçu de ne pas avoir trouvé de vérités dans sa culture livresque, dans ses toutes recherches ou dans son expérience (notamment dans ses voyages). Nourri de la lecture des Anciens, qu’il juge indispensables, il adopte un scepticisme à la mode de son époque, celui que l’on retrouve par exemple chez Montaigne. Descartes lui reprend ainsi trois arguments justifiant le doute : la faillibilité des sens, qui peuvent tromper le sujet (par exemple, l’image du bâton brisé dans l’eau) ; le risque de la folie ; et la confusion avec le rêve, qui dissipe la frontière avec l’éveil et remet ainsi en cause la réalité du corps. C’est armé de ses arguments qu’il entreprend de chercher la certitude par ses propres moyens, en menant une introspection. « Non que j’imitasse pour cela les sceptiques, prévient Descartes, qui ne doutent que pour douter, et affectent d’être toujours irrésolus… » (Discours de la méthode). Le doute cartésien ne se résume donc pas à une position, voire à une posture philosophique ; il s’agit d’un véritable outil intellectuel crucial pour la quête de la vérité.

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Descartes va du doute méthodique au doute hyperbolique

Le doute cartésien est ensuite méthodique. L’appliquer conduit Descartes à considérer que nul jugement n’est acquis et qu’il doit donc toujours être confronté à la raison. En effet, comme le jugement forme la connaissance, celle-ci peut être falsifiée par des précipitations dues à la mémoire ou à l’imagination, ou bien par des préjugés transmis par l’éducation ou par l’expérience. Descartes montre avec l’exemple du morceau de cire que l’erreur ne provient en fait pas des sens, mais du jugement formulé sur leurs témoignages, source intarissable d’erreurs. « Prenons pour exemple, demande le philosophe, ce morceau de cire qui vient d’être tiré de la ruche : il n’a pas encore perdu la douceur du miel qu’il contenait, il retient encore quelque chose de l’odeur des fleurs dont il a été recueilli (…) Mais voici que, cependant que je parle, on l’approche du feu (…) Peut-être était-ce ce que je pense maintenant, à savoir que la cire n’était pas ni cette douceur de miel, ni cette agréable odeur de fleurs, ni cette blancheur, ni cette figure, ni ce son, mais seulement un corps qui un peu auparavant me paraissait sous ces formes, et qui maintenant se fait remarquer sous d’autres » (Méditations métaphysiques). Provisoire et systématique, le doute méthodique permet ainsi de mettre à l’épreuve les opinions afin de parvenir à une vérité indubitable.

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Le doute cartésien devient enfin hyperbolique. Ayant aboli l’existence du monde matériel dans le doute, Descartes applique alors sa méthode au niveau des principes de la connaissance. Si les vérités mathématiques semblent les plus propres à fournir la certitude de la connaissance parce qu’elles reposent sur des éléments simples et évidents, il n’est pourtant pas exclu qu’elles procèdent elles aussi d’une illusion. Le philosophe pousse le doute à son paroxysme en posant l’hypothèse du Malin génie, lequel induirait l’erreur de façon permanente dans l’esprit humain – la réalité perçue pourrait très bien être un rêve orchestré par une divinité. « Je supposerai donc, imagine Descartes, qu’il y a, non point un vrai Dieu, qui est la souveraine source de vérité, mais un certain mauvais génie, non moins rusé et trompeur que puissant qui a employé toute son industrie à me tromper » (Méditations métaphysiques). Ainsi étendu, le doute atteint alors une dimension métaphysique supposant l’illusion totale de l’entendement humain. Le processus se heurte cependant, en dernière instance, au Cogito, c’est-à-dire à la nécessité de la conscience individuelle. Une inébranlable certitude saisit effectivement Descartes contre toute attente : le sujet ne peut pas logiquement douter qu’il est en train de douter. Par conséquent, la réalité de sa propre pensée doit s’imposer à l’individu comme une évidence absolue, résistant même au doute hyperbolique.

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