Le droit de mentir Benjamin Constant

Le droit de mentir peut être justifié par les circonstances. Dans Le droit de mentir, Benjamin Constant soumet le devoir de dire la vérité à certaines conditions, sans lesquelles il serait inapplicable ou dangereux. C’est dans le contexte de l’encouragement à la délation propre à la Révolution française qu’il réfute l’inconditionnalité du principe posée auparavant par Kant.

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Le droit de mentir ne remet pas en cause le principe de vérité. Benjamin Constant explique que l’abus des principes est responsable de leur caricature comme des fantasmes théoriques, y compris au sein même du peuple, qui a pourtant intérêt à leur respect. Or, il est nécessaire de réhabiliter les principes pour faire l’économie de tous les cas particuliers. L’intellectuel affirme que les hommes désespèrent des principes parce qu’ils ne les connaissent pas. « Lorsque l’on dit, écrit Benjamin Constant, qu’il y a telle circonstance qui force à dévier des principes, l’on ne s’entend pas. Chaque circonstance appelle seulement le principe qui lui est propre, car l’essence d’un principe n’est pas d’être général, ni applicable à beaucoup de cas, mais d’être fixe ; et cette qualité compose si bien son essence, que c’est en elle que réside toute son utilité » (Le droit de mentir). Un principe peut être universel, mais la plupart résultent d’un nombre de faits particuliers, de telle sorte qu’ils peuvent être remis en cause et évoluer. Ils ne sont donc pas de vaines théories ; ils servent au contraire jusque dans les plus petits détails de la vie sociale. Pour Benjamin Constant, un principe général n’est inapplicable qu’en l’absence du principe intermédiaire nécessaire.

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Benjamin Constant conditionne le devoir de vérité au droit de mentir

Le droit de mentir est un principe intermédiaire. Benjamin Constant identifie l’ignorance des principes intermédiaires comme la cause du chaos social, car ceux-ci contiendraient les moyens d’applications des principes généraux. Appliquant ce constat aux institutions politiques, il explique la préférence pour les préjugés individuels et préservateurs par le fait qu’ils sont adaptés à la vie commune, tandis que les principes généraux pris isolément auraient des effets destructeurs. C’est cette absence de principe intermédiaire qui fait préférer l’hérédité, déjà instituée, à l’égalité, dont les moyens d’application n’ont pas été recherchés. Pour autant, les principes intermédiaires sont parfois découverts avec succès : la représentation démocratique en est un, qui permet au citoyen de concourir (indirectement) à la loi dans une société nombreuse. Benjamin Constant pose que la nécessité des principes intermédiaires est également valable en matière de morale. « Il est hors de doute, avance-t-il, que les principes abstraits de la morale, s’ils étaient séparés de leurs principes intermédiaires, produiraient autant de désordre dans les relations sociales des hommes, que les principes abstraits de la politique, séparés de leurs principes intermédiaires, doivent en produire, dans leurs relations civiles » (Le droit de mentir). Il faut dès lors mettre en évidence le principe intermédiaire à partir du principe général. Selon Benjamin Constant, il suffit de définir le premier principe, puis de trouver le lien qui l’unit à un autre – ce lien constitue le principe intermédiaire.

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Le droit de mentir découle des droits et des devoirs. Benjamin Constant le conçoit en effet comme un principe intermédiaire nécessaire à l’application du principe général selon lequel il faut dire la vérité. Pris isolément, ce devoir moral est tout simplement inapplicable en société. « Le principe moral, par exemple, explique l’intellectuel, que dire la vérité est un devoir, s’il était pris d’une manière absolue et isolée, rendrait toute société impossible. Nous en avons la preuve dans les conséquences très-directes, qu’a tirées de ce principe un philosophe allemand [Kant], qui va jusqu’à prétendre, qu’envers des assassins qui vous demanderaient, si votre ami qu’ils poursuivent n’est pas réfugié dans votre maison, le mensonge serait un crime » (Le droit de mentir). Comme il n’est cependant pas possible, pour Benjamin Constant, de rejeter le devoir de dire la vérité, il convient de lui trouver un principe intermédiaire. La vérité étant un devoir, elle est donc liée au principe selon lequel tout devoir fait naître un droit en contrepartie. Dès lors, le principe intermédiaire permettant d’appliquer le devoir de vérité est qu’elle ne doit être divulguée qu’à ceux qui y ont droit. Ainsi, aucun principe, aussi abstrait semble-t-il, ne doit être abandonné, car il renferme son moyen d’application soit dans lui-même, soit dans son rapport avec un autre principe. Benjamin Constant prévient que renoncer à appliquer les principes conduirait à l’arbitraire le plus complet, à la disparition complète de toute justice et de toute légitimité.

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