Le droit à la paresse Paul Lafargue

Le droit à la paresse démythifie le travail. Dans Le Droit à la paresse, Paul Lafargue met en lumière le fait que la valeur prétendument morale du travail est le principal obstacle à la libération effective du prolétariat. Corrompu par l’idéologie bourgeoise, celui-ci se condamne ainsi lui-même à la misère dans le travail alors qu’il devrait naturellement jouir dans la paresse.

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Le droit à la paresse découle de la nocivité du travail. Paul Lafargue rappelle que celui-ci était méprisé dans l’Antiquité, qu’il était réservé aux esclaves ; tandis que la paresse, privilège des hommes libres, était enseignée par les philosophes, par le Christ (dans certains passages de la Bible) et est même encore privilégiée dans certains pays européens. Ce dédain du travail s’explique par le fait qu’il cause la dégénérescence du corps comme de l’esprit, en témoigne le terrible abrutissement des femmes et des enfants par des journées de douze à quatorze heures de travail forcé dans les usines. « Nous avons aujourd’hui, décrit Paul Lafargue, les filles et les femmes de fabrique, chétives fleurs aux pâles couleurs, au sang sans rutilance, à l’estomac délabré, aux membres alanguis ! » (Le Droit à la paresse). Ainsi, qualifié de « siècle du travail », le XIXe siècle est plutôt le siècle de la douleur, de la misère et de la souffrance. Alors que la machine devait libérer l’individu du travail et lui permettre de s’épanouir dans les loisirs, elle l’a au contraire asservi et appauvri. Paul Lafargue détaille combien la vie dans le monde préindustriel était plus heureuse : les hommes travaillaient moins et moins intensément ; ils s’adonnaient à tous les plaisirs, faisaient d’immenses ripailles, etc.

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Paul Lafargue justifie moralement et économiquement le droit à la paresse

Le droit à la paresse est éclipsé par l’amour du travail. Paul Lafargue affirme qu’afin de contenir les désirs des travailleurs, la morale bourgeoise de la révolution industrielle a repris à son compte la morale chrétienne – laquelle met en avant les vertus du travail – alors même qu’elle l’avait combattue. C’est ainsi que les clercs ont mis une folie dans la tête des ouvriers, l’amour du travail. « Une étrange folie, écrit Paul Lafargue, possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite les misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion furibonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture » (Le Droit à la paresse). Dans le détail, les philosophes et les économistes insufflent cet amour en assimilant le travail au progrès. Or, c’est là une perversion des principes proclamés lors des révolutions. Paul Lafargue cite le rapport Villermé, qui compare la durée du travail des forçats au bagne (dix heures), celle des esclaves de Antilles (neuf heures) avec celle des ouvriers de la France qui avait fait la Révolution de 1789 et proclamé les droits de l’homme (seize heures). Ainsi, extirper l’amour du travail de l’esprit du peuple est un enjeu primordial pour les socialistes.

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Le droit à la paresse est une nécessité économique. Paul Lafargue montre qu’en acceptant de travailler trop, les ouvriers sont à l’origine des crises de surproduction qui secouent toute la société. L’excès d’offre et l’insuffisance de la demande contraignent les usines à fermer et mettent une bonne partie de la population ouvrière au chômage. Plutôt que d’exiger son dû et de faire la révolution, l’ouvrier réclame du travail pour un salaire inférieur, permettant ce faisant au capitaliste de reprendre l’activité à moindre coût. C’est donc paradoxalement le travailleur lui-même, avance Paul Lafargue, qui, poussé par la faim, accroît sa propre misère en travaillant toujours plus pour toujours moins. La classe bourgeoise, à l’inverse, s’empiffre de tout ce qu’elle peut. « L’abstinence à laquelle se condamne la classe productive, écrit le philosophe, oblige les bourgeois à se consacrer à la sur-consommation des produits qu’elle manufacture désordonnément » (Le Droit à la paresse). Or, elle ne peut à elle seule épuiser la production, ce qui a entraîné les fabricants à exporter et les gouvernements à conquérir de nouveaux pays pour en faire de nouveaux débouchés en les contaminant avec l’amour du travail. Paul Lafargue imagine que cette logique autodestructrice mourra quand l’accroissement de la productivité et la fin de la débauche bourgeoise décupleront tellement le nombre de travailleurs qu’une loi sera nécessaire pour rendre la paresse obligatoire.

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