Les droites en France René Rémond

René Rémond distingue trois droites françaises. Si chacune possède en propre un système de pensée, un tempérament, et une clientèle, elles formeraient toutes ensemble « la droite », ou « les droites », face au camp de « la gauche ». Cette idée est développée dans Les droites en France, un ouvrage généralement considéré comme l’un des travaux les plus importants de la science politique française.

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René Rémond distingue d’abord la droite traditionaliste. L’origine historique précise de ce courant est l’opposition des ultraroyalistes à Louis XVIII, dont le libéralisme (notamment celui de la Charte constitutionnelle de 1814) apparaissait comme une concession à la Révolution française. Leurs rois modèles sont Saint Louis (Louis IX, XIIIe siècle) et Henri IV (roi de 1589 à 1610), non les rois absolus qui ont vécu à Versailles. Ils veulent rétablir la noblesse dans ses privilèges, mais aussi dans ses fonctions sociales. En matière de religion, par ailleurs, ils sont des intégristes. René Rémond détaille dans Les droites en France les fondements conceptuels de cette droite traditionaliste. Pour celle-ci, la société repose sur un ordre à la fois naturel (l’ordre social est antérieur à l’homme) et providentiel (l’ordre social correspond à un plan divin). Dans cette perspective, l’individu est comme une « cellule » du corps social, si bien qu’il n’a de droits que ceux qu’il tient des communautés dont il est membre. Il est toutefois libre dans la mesure où il échappe au despotisme jacobin/napoléonien et aux institutions du despotisme étatique (conscription, université, centralisation administrative). Placée hors des responsabilités gouvernementales, la famille de la droite traditionaliste a ainsi été réduite au « ministère de la Parole ».

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Les droites en France de René Rémond naissent après la Révolution

René Rémond met ensuite en évidence la droite orléaniste. Les « orléanistes » sont, au sens propre, les hommes qui ont gouverné la France sous le duc d’Orléans, devenu roi des Français en 1830. Ils ont donné naissance à la famille politique qui, dans l’histoire politique française, a défendu les principes du parlementarisme et d’une certaine liberté économique et intellectuelle. En pratique, ce courant prône donc la monarchie constitutionnelle et laïque, le parlementarisme, et le libéralisme. Il oppose, en termes d’expression politique, deux sous-tendances : d’une part, une en faveur de la grande bourgeoisie ; d’autre part, une autre qui souhaite satisfaire les aspirations de la petite bourgeoisie et de l’élite ouvrière. René Rémond met en évidence dans Les droites en France deux figures historiques de l’orléanisme, François Guizot (1787-1874) et Adolphe Thiers (1797-1877). Guizot a été ministre et chef du gouvernement sous la monarchie de Juillet (1830-1848). Libéral en économie, il a voulu que les Français « s’enrichissent par le travail et l’épargne » ; mais il a aussi beaucoup fait pour développer les libertés publiques dans la vie politique et administrative. Député puis ministre, Thiers a lui eu pour but politique de « terminer la Révolution française » (Sieyès) : garder les acquis de 1789 et empêcher qu’elle ne dépasse ses buts et ne débouche sur le socialisme, lequel amènerait nécessairement au despotisme.

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René Rémond évoque enfin la droite bonapartiste. Ayant pour origine le Premier Empire, cette tendance politique est véritablement née au cours de la IIe République, où Louis Napoléon Bonaparte a tiré parti de la fracture politique entre les élites et les milieux défavorisés pour être élu président de la République en 1848, avant de devenir empereur en 1852. Elle consiste en une alliance entre le chef charismatique et la masse contre l’aristocratie et les notables. René Rémond expose dans Les droites en France les ingrédients qui font la spécificité de cette droite. Le bonapartisme entretient plus précisément la légende napoléonienne, à partir de laquelle il pratique le culte du chef. Il met l’accent sur le militarisme et le nationalisme, c’est pourquoi les troupes lui sont fidèles. Il admet le grand principe de la souveraineté nationale s’il est contrôlé par le plébiscite et la candidature officielle. Plus généralement, il accepte et garantit définitivement l’œuvre de la Révolution. Il est aussi le premier régime du pays qui fait du progrès industriel et technique un slogan politique. Ses institutions reposent sur l’incarnation de la nation par le président plébiscité. Enfin, sa base partisane est composée des paysans, d’une partie du clergé, ainsi que de certains milieux économiques, comme la grande industrie bénéficiant des aides financières ou réglementaires de l’État.

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