élites Pareto Traité de sociologie générale

Les élites existent dans toute société. Pareto affirme en effet dans son Traité de sociologie générale que toutes les sociétés connues comportent la séparation, et en un certain sens l’opposition, entre la masse des individus gouvernés et un petit nombre d’individus qui dominent. La distinction des masses et de l’élite est fondamentale dans la pensée du sociologue italien, à l’instar de la distinction des classes dans la sociologie de Marx.

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Les élites peuvent être définies de deux manières. Pareto donne une première définition large, qui couvre l’ensemble de l’élite sociale, et une seconde étroite qui s’applique à l’élite gouvernementale. La définition large considère comme faisant partie de l’élite le petit nombre des individus qui, chacun dans leur sphère d’activité, ont réussi et sont arrivés à un échelon élevé de la hiérarchie professionnelle. « Formons donc, propose Pareto, une classe de ceux qui ont les indices les plus élevés dans la branche où ils déploient leur activité, et donnons à cette classe le nom d’élite » (Traité de sociologie générale). Même une courtisane peut, telle l’Aspasie de Périclès (Ve siècle av. J.-C.), se voir attribuer un indice élevé dans sa branche de l’activité humaine. Ainsi, l’élite est une catégorie sociale, objectivement saisissable, faite de ceux qui ont mérité de bonnes notes au concours de la vie, ou tiré de bons numéros à la loterie de l’existence « sociale ». Pour Pareto, l’hérédité indirecte a remplacé l’hérédité directe : le patrimoine, la parenté, et les relations permettent à certains d’appartenir à l’élite bien qu’ils soient dépourvus de compétences pouvant le légitimer. Ces élites ne sont toutefois pas les plus significatives : les sociétés sont caractérisées par la nature de leurs élites, mais surtout par celle de leurs élites gouvernantes, c’est-à-dire l’élite au sens étroit.

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Pareto théorise le renouvellement des élites

Les élites sont responsables de l’inégalité. La distribution inégale des biens matériels et moraux (prestige, puissance, honneurs liés à la compétition politique) est possible parce qu’en définitive le petit nombre gouverne le grand nombre en recourant à deux types de moyens, la force et la ruse. Dans cette perspective, un gouvernement légitime est celui qui a réussi à persuader les gouvernés qu’il est conforme à leur intérêt, à leur devoir ou à leur honneur d’obéir au petit nombre. Chez Pareto, les élites préfèrent la ruse et la subtilité et s’efforcent de maintenir leur pouvoir par la propagande, en multipliant les combinaisons politico-financières. Ces élites sont caractéristiques des régimes démocratiques, que le sociologue nomme « ploutodémocratiques » (Traité de sociologie générale). Cette constance de l’ordre social aurait un fondement économique : une même formule de distribution des revenus s’appliquerait à toutes les sociétés, d’où l’idée que l’inégalité de la répartition des revenus paraît dépendre de la nature même des hommes plutôt que de l’organisation économique de la société – même si la répartition observée n’est pas le reflet exact de l’hétérogénéité sociale, c’est-à-dire de la répartition inégale des qualités eugéniques. Dès lors, Pareto conclut que les revenus inférieurs ne peuvent augmenter et l’inégalité des revenus diminuer qu’à la condition d’un accroissement des richesses par rapport à la population.

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Les élites ne sont pas éternelles. Pour Pareto, le phénomène historiquement le plus important est celui de la « circulation des élites », c’est-à-dire de la vie et de la mort des minorités gouvernantes (les « aristocraties ») : « Les aristocraties ne durent pas. Quelles qu’en soient les causes, il est incontes­table qu’après un certain temps elles disparaissent. L’histoire est un cimetière d’aristocraties » (Traité de sociologie générale). L’histoire des sociétés est donc celle de la succession de minorités privilégiées qui se forment, luttent, arrivent au pouvoir, en profitent et tombent en décadence, pour être remplacées par d’autres minorités. Par exemple, l’aristocratie des citoyens athéniens (par rapport aux métèques et aux esclaves) a disparu sans laisser de descendance, tout comme les diverses aristocraties romaines. De même, en France, en Angleterre ou en Allemagne, les élites à l’origine de l’unification du pays n’ont pas transmis leur position à leurs lointains descendants. Comment, dans ces conditions, la stabilité sociale peut-elle être maintenue ? Fondamentalement, toute élite qui trouve en face d’elle, dans la masse, une minorité qui serait digne d’appartenir au petit nombre des dirigeants, a le choix entre deux procédés : éliminer les candidats à l’élite (exil ou mise à mort), qui sont normalement des révolutionnaires, ou les absorber. Selon Pareto, en effet, la classe gouvernante est entretenue par les classes inférieures dont les meilleurs éléments lui apportent les qualités et l’énergie nécessaires à son maintien au pouvoir.

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