Éloge de l'oisiveté Bertrand Russell travail

L’éloge de l’oisiveté condamne l’excès de travail. Bertrand Russell défend dans son Éloge de l’oisiveté une limitation du temps de travail afin de partager celui-ci et de généraliser le loisir. Il prédit que, grâce à cette révolution, le bonheur remplacera la fatigue et que les hommes deviendront plus bienveillants les uns à l’égard des autres, au point de rendre la guerre inutile.

>> Le droit à la paresse selon Paul Lafargue sur un post-it

L’éloge de l’oisiveté est d’abord une critique de l’idéologie du travail. Bertrand Russell distingue cependant le travail désagréable et mal payé consistant à déplacer de la matière de celui consistant à commander à quelqu’un de le faire. À part le propriétaire foncier dont la rente lui permettait d’être oisif grâce au travail des autres, aucune classe ne pouvait s’offrir le luxe de l’oisiveté jusqu’à la révolution industrielle, car il était difficile de produire un excédent. Or, les machines ont changé la donne. Le culte du travail est donc une mentalité préindustrielle qui perdure alors qu’elle n’est plus adaptée au monde moderne. « La technique moderne, écrit Bertrand Russell, a permis au loisir, jusqu’à un certain point, de cesser d’être la prérogative des classes privilégiées minoritaires pour devenir un droit également réparti dans l’ensemble de la collectivité. La morale du travail est une morale d’esclave, et le monde moderne n’a nul besoin de l’esclavage » (Éloge de l’oisiveté). Dans le monde préindustriel, les guerriers, les prêtres et l’État ont d’abord forcé les paysans à travailler pour leur accaparer le surplus ; puis l’éthique du travail a rendu la contrainte inutile. Même s’il admet que l’oisiveté de l’élite a apporté une contribution importante à la civilisation, Bertrand Russell considère que le devoir de travailler est une ruse idéologique pour soumettre la majorité aux puissants.

>> L’inégalité selon Rousseau sur un post-it

L’éloge de l’oisiveté de Bertrand Russell la présente comme une nécessité économique et sociale

L’éloge de l’oisiveté en révèle l’intérêt économique. Bertrand Russell prend l’exemple de la Première Guerre mondiale : alors que, grâce aux machines, seule une partie de la population a été nécessaire pour l’effort de guerre et subvenir en même temps aux besoins de la population, la morale du travail a conduit à remettre tout le monde au travail une fois la guerre terminée. La surproduction qui en découle suscite une crise, laquelle condamne toute une partie des travailleurs à l’oisiveté et à la misère, tandis que l’autre se surmène et n’a pas de loisir. C’est que les riches oisifs refusent toute forme d’oisiveté aux pauvres sous prétexte qu’ils la consommeraient forcément dans le vice. Pour Bertrand Russell, le travail se justifie sur le plan économique seulement dans la mesure où l’individu doit produire au moins autant que ce qu’il consomme. « Chaque être humain consomme nécessairement au cours de son existence une certaine part de ce qui est produit par le travail humain. Si l’on suppose, comme il est légitime, que le travail est dans l’ensemble désagréable, il est injuste qu’un individu consomme davantage qu’il ne produit » (Éloge de l’oisiveté). Au plan moral, cependant, les aristocrates se réservent l’oisiveté, quand les ploutocrates ne l’accordent qu’aux femmes. Insensible à ces préjugés, Bertrand Russell imagine que quatre heures quotidiennes de travail salarié organisées rationnellement seraient suffisantes pour subvenir aux besoins de toute la société.

>> Le travail selon Jacques Ellul sur un post-it

L’éloge de l’oisiveté en révèle l’intérêt social. Bertrand Russell affirme que l’individu a besoin du loisir pour accéder aux meilleures choses de la vie, ce que les travailleurs reconnaissent eux-mêmes. La pénibilité du travail n’est pas une fin en soi, elle n’est que le moyen de sa propre suppression, c’est-à-dire d’une existence plus heureuse. Plutôt que d’étendre le travail manuel à l’ensemble de la population comme en URSS, il faudrait donc, sitôt couverts les besoins essentiels, réduire progressivement le temps de travail de manière démocratique, par exemple en laissant le peuple choisir par référendum entre l’augmentation du loisir et celle de la production. Pour Bertrand Russell, c’est le divorce entre les fins individuelles et les fins sociales de la production qui entretient la confusion. « De façon générale, explique-t-il, on estime que gagner de l’argent, c’est bien, mais que le dépenser, c’est mal. Quelle absurdité, si l’on songe qu’il y a toujours deux parties dans une transaction : autant soutenir que les clés, c’est bien, mais les trous de serrure, non » (Éloge de l’oisiveté). Étant donné les idées fausses, l’éducation est particulièrement importante pour réduire le temps de travail. Bertrand Russell appelle de ses vœux la démocratisation de la curiosité intellectuelle et scientifique, afin de libérer les citoyens des loisirs passifs (football, cinéma, radio, etc.) qui les attirent quand toute leur énergie est dépensée au travail. En effet, les produits de la civilisation sont dus à la classe oisive.

>> Le plaisir selon Épicure sur un post-it