Hume empirisme Enquête sur l'entendement humain

Hume a exprimé un empirisme sceptique. Il affirme en effet dans son Enquête sur l’entendement humain que la connaissance humaine dérive entièrement de l’expérience sensible. Si Descartes avait opposé l’évidence de la raison à l’imagination, les philosophes contemporains de Hume le voyaient comme victime de ce qu’il croyait avoir expulsé ; c’est pourquoi ils ont opté pour une conception plus prudente appuyée sur l’expérience, plus fidèle à la raison commune et vulgaire.

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L’empirisme de Hume affirme que les idées ne sont pas l’expression des choses mêmes. Le philosophe écossais distingue les impressions (les passions ou images apparaissant spontanément dans l’esprit), d’une part, et les idées (les copies affaiblies des impressions), d’autre part. Les impressions sont fortes tandis que les idées sont faibles parce que toute idée est la représentation d’une impression, qui lui est seulement supérieure en intensité. Il en découle qu’aucune idée n’est valable, et n’a même d’existence, si on ne sait assigner la ou les impressions dont elle est la copie. « Par idées, j’entends les images affaiblies des impressions dans la pensée et le raisonnement. Telles sont, par exemple, toutes les perceptions excitées par le présent discours, à l’exception seulement de celles qui proviennent de la vue et du toucher, et à l’exception du plaisir immédiat ou du désagrément qu’il peut occasionner » (Enquête sur l’entendement humain). De surcroît, les idées trompent l’esprit humain en s’associant spontanément. Cherchant quelles sont les forces entrant en jeu pour lier les idées, Hume retrouve par empirisme, en s’inspirant des lois de l’attraction de Newton, des principes universels déjà évoqués par des prédécesseurs (notamment Malebranche, Platon, et Aristote) : deux idées peuvent se connecter parce qu’elles se ressemblent ; ou bien parce que leurs impressions respectives partagent le même contexte spatial ou temporel ; ou bien, enfin, parce que l’une est la cause de l’autre.

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L’empirisme de Hume, un scepticisme radical

L’empirisme de Hume dénonce la causalité comme une croyance. Le philosophe s’en prend à la causalité parce qu’elle est susceptible de remettre en cause l’empirisme : si elle existait en elle-même, cela voudrait dire que l’esprit peut dépasser les impressions – or il n’en est rien. C’est en réalité la succession de faits contigus qui produit une habitude dans l’esprit, et cette habitude fait penser que la connexion causale est nécessaire. « Les idées de cause et d’effet, écrit Hume, proviennent de l’expérience qui nous informe que tels objets particuliers, dans tous les cas passés, ont été conjoints aux autres ; quand nous passons de l’impression d’un objet à l’idée d’un autre, nous sommes déterminés non par la raison, mais par l’accoutumance ou le principe d’association » (Enquête sur l’entendement humain). Ce penchant universel de l’esprit à identifier la causalité dans la récurrence conduit à imaginer qu’elle est dans les objets, alors qu’elle n’est que dans l’esprit humain. Dès lors, l’induction (raisonner du particulier au général) n’est pas une méthode rigoureuse, mais un pari sur le futur que personne n’est tenu de tenir : « Toute connaissance dégénère en probabilité », en conclut Hume.

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L’empirisme de Hume est aussi fondamentalement un scepticisme. La philosophie a pour mission de remettre en cause les évidences, en menant au premier chef une critique de l’entendement. « L’homme est un être raisonnable, écrit Hume ; et, comme tel, il reçoit de la science sa nourriture propre et son aliment, mais les frontières de l’entendement humain sont si resserrées qu’on ne peut espérer sur ce point que peu de satisfaction pour l’étendue et pour la sécurité de ses acquisitions » (Enquête sur l’entendement humain). Le philosophe écossais pousse donc sa critique de l’entendement jusqu’à un point radical : il balaie les notions de substance spirituelle et de causalité, en vertu de quoi le penseur n’est plus une substance spirituelle, mais l’auteur de la connaissance ; il montre également que l’idée de l’identité personnelle n’est soutenue par rien de sérieux, car le Moi est en fait un terme bien commode pour désigner un ensemble fluctuant et discontinu d’états. Cette radicalité fera dire à Kant que Hume l’avait réveillé de son sommeil dogmatique. Celui-ci revendiquait toutefois un scepticisme « mitigé » dans la mesure où, pour lui, les mathématiques, l’existence du monde extérieur et certaines croyances (toutes ne se valant pas) ne peuvent pas être raisonnablement mises en doute.

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