L'Esprit des Lumières Tzvetan Todorov

L’esprit des Lumières n’est pas dépassé. Tzvetan Todorov affirme dans L’Esprit des Lumières qu’il peut améliorer l’existence des hommes modernes en les maintenant dans la quête d’une forme de maturité. Si les maux combattus par cet esprit se sont avérés plus résistants que ne l’imaginaient les auteurs du XVIIIe siècle, ses héritiers ont intérêt à en renouveler la profession de foi en posant le bien-être de l’humanité comme but ultime de leurs actes.

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L’esprit des Lumières est d’abord un projet. Si l’époque historique se caractérise plutôt par le débat et la synthèse, Tzvetan Todorov y identifie tout de même un projet fondé sur trois idées : l’autonomie, la finalité humaine des actes, et l’universalité. L’implication politique de l’autonomie est que l’autorité doit être homogène avec les hommes, c’est-à-dire naturelle et non surnaturelle. Se réclamant du déisme plutôt que de l’athéisme, l’esprit des Lumières critique les religions parce qu’il vise la prise en main par l’humanité de son propre destin. « Ayant rejeté le joug ancien, les hommes, décrit Tzvetan Todorov, fixeront leurs nouvelles lois et normes à l’aide de moyens purement humains – plus de place ici pour la magie ni pour la révélation. À la certitude de la Lumière descendue d’en haut viendra se substituer la pluralité des lumières qui se répandent de personnes à personnes » (L’Esprit des Lumières). L’exigence d’autonomie se traduit donc par la souveraineté du peuple et la liberté individuelle, dont découlent nombre de sous principes (les différentes formes d’égalité, la laïcité, etc.). Ce projet des Lumières s’est imposé, mais il a subi des rejets et des détournements. Pour Tzvetan Todorov, ce sont toutefois les détournements de l’esprit des Lumières (notamment par les thuriféraires du progrès, les colonisateurs, et les totalitarismes) qui font l’objet d’un rejet.

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Tzvetan Todorov détaille les composantes de l’esprit des Lumières

L’esprit des Lumières promeut certaines valeurs. Tzvetan Todorov le caractérise tout d’abord par l’autonomie : il a bouleversé l’ordre établi en libérant les hommes par rapport aux normes imposées du dehors et en les incitant à construire de nouvelles normes, choisies par eux-mêmes. Tant le peuple que l’individu deviennent alors autonomes, mais cela crée le risque d’un conflit entre l’autonomie collective et l’autonomie individuelle, soit que la première entraîne la tyrannie de l’opinion publique, soit que la seconde soit confondue avec l’autosuffisance. L’essayiste caractérise ensuite l’esprit des Lumières par la laïcité. À partir de la réforme protestante (XVIe siècle), l’individu a gagné sa liberté de conscience, grâce à laquelle il peut communiquer en toute autonomie avec Dieu. Sa conduite se répartit désormais, dans les démocraties libérales, entre trois sphères – privée, publique, et légale. Tzvetan Todorov lie enfin l’esprit des Lumières à la vérité. « Défendre la liberté de l’individu implique, écrit-il, que l’on reconnaisse la différence entre fait et interprétation, science et opinion, vérité et idéologie ; c’est en faisant appel au premier terme de ces oppositions, terme qui échappe à toute volonté, donc à tout pouvoir, que ce combat à une chance d’aboutir » (L’Esprit des Lumières). Ainsi, la vérité constitue une limite à laquelle se heurtent les détenteurs du pouvoir comme la souveraineté du peuple. Tzvetan Todorov en déduit que la vie politique est menacée par le moralisme et par le scientisme.

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L’esprit des Lumières est le moyen de raviver l’humanisme. Tzvetan Todorov affirme tout d’abord que sa proclamation fondamentale est que le bon est ce qui sert à accroître, sans justification divine nécessaire, le bien-être des hommes. Elle se retrouve par exemple dans la « poursuite du bonheur » figurant dans la Déclaration d’indépendance des États-Unis (1776), mais elle a été détournée par l’extrémisme du marquis de Sade, ou plus tard par les régimes totalitaires, qui définissaient unilatéralement le bonheur individuel. De manière générale, elle est mise en danger par l’oubli des fins et la sacralisation des moyens – en science, comme en économie et en politique. Tzvetan Todorov montre également que l’esprit des Lumières est le vecteur d’une autre composante de l’humanisme, l’universalité. En effet, il repose sur la conscience du fait que tous les hommes appartiennent à la même espèce, en vertu de quoi ils ont droit à la même dignité. Demandant de chérir avant tout son appartenance au genre humain, il a inspiré les combats contre l’esclavage et pour l’égalité homme femme. L’essayiste avance que cet humanisme marque le destin de l’Europe : « c’est bien en Europe, insiste-t-il, qu’au XVIIIe siècle s’accélère et se renforce ce mouvement, là que se formule la grande synthèse de pensée qui se répand ensuite sur tous les continents » (L’Esprit des Lumières). Pour Tzvetan Todorov, l’Europe concilie de manière exceptionnelle l’unité (science, christianisme, droit naturel) et la diversité (pays, mœurs).

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