Esthétique Hegel art

L’esthétique ne traduit pas simplement l’habileté technique. Hegel affirme dans l’Esthétique que le sens de l’œuvre d’art dépasse le savoir-faire nécessaire à sa création, car elle est une manière que la conscience humaine a de se manifester. Fondant en partie son analyse sur l’art grec, le philosophe avance plus précisément que la fonction de l’art est d’exprimer la conscience de soi de l’Esprit à l’œuvre derrière la réalité.

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L’esthétique est la science du beau dans l’art. Elle n’étudie pas le beau naturel, qui serait inférieur au beau artistique. Hegel affirme en effet qu’elle doit se fixer cette limite parce que l’esprit humain, dont l’art est une manifestation, est supérieur à la nature. Par conséquent, « n’importe quelle mauvaise idée qui passe par la tête d’un homme est néanmoins plus élevée que n’importe quelle production de la nature, car elle possède toujours spiritualité et liberté » (Esthétique). Le philosophe range donc l’art dans la catégorie des œuvres de la pensée : dans l’art, celle-ci prend le sensible comme objet pour y développer un concept. Telle est la perspective dans laquelle l’art peut être objet de science. Hegel demande toutefois de ne pas confondre l’esthétique avec l’histoire de l’art ni la philosophie abstraite du beau. La première discipline, d’une part, reposerait sur une procédure fallacieuse. Hegel lui reproche de se condamner à des conclusions à la fois banales et trop générales en se limitant à analyser le beau à partir des œuvres existantes. La philosophie abstraite du beau, d’autre part, pèche par le défaut inverse : l’excessive abstraction de l’idée platonicienne du beau prend par exemple le risque de vider le concept de son contenu. Dès lors, l’esthétique doit plutôt combiner les démarches des deux disciplines.

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Hegel voit dans l’esthétique une finalité métaphysique

L’esthétique cherche à définir l’œuvre d’art. Hegel refuse tout d’abord de concevoir l’œuvre d’art par rapport aux règles qui guideraient l’artiste. Si cette définition était bonne, alors chacun pourrait être artiste et le caractère mécanique de l’œuvre la priverait de sa dimension artistique. Inversement, l’œuvre d’art ne peut pas échapper à toute règle, car la technique de la création requiert du travail et de l’étude. Hegel affirme par conséquent qu’un chef-d’œuvre demande forcément une certaine expérience, notamment dans les arts qui sollicitent plus la pensée, comme la poésie. L’esthétique doit donc bifurquer vers une deuxième hypothèse de définition, l’éveil du sentiment humain. Le philosophe n’est pas davantage convaincu par cette approche : qu’il naisse du goût, de l’érudition ou du désir, le sentiment est quelque chose de trop abstrait et trop indéterminé. « Là où se déclenchent les grandes passions et les émotions d’une âme profonde, écrit Hegel, il n’y a plus de place pour les subtiles distinctions du goût et son petit commerce de minuties » (Esthétique). Dès lors, le rapport de l’homme à l’œuvre d’art dépasse la simple sensibilité. Enfin, concevoir l’art comme imitation de la nature n’est pas plus satisfaisant, car c’est à la fois le condamner à l’inutilité – il sera toujours en retard sur la nature – et à l’ennui que suscite une imitation trop fidèle.

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L’esthétique montre que l’art vise à dévoiler la vérité. Hegel part du principe que l’art est supérieur à la nature en tant qu’il est une manifestation de l’esprit humain. Il aurait ainsi pour fonction de mettre en évidence la vérité du sensible, de montrer comment la rationalité du réel prend des formes concrètes. Dans cette perspective, l’érudition artistique apparaît dépourvue d’intérêt, car elle remplace trop souvent l’effort d’aller dans la chose. Hegel met en évidence la finalité de l’art comme dévoilement de la vérité dans les étapes de l’histoire de l’art : l’art symbolique ou oriental (marqué par une volonté d’infini), puis classique (équilibre parfait entre la forme et le contenu), et enfin romantique (importance de la subjectivité et de l’intériorité). Cette dernière étape montre que la source du besoin d’art réside, chez l’individu, dans la nécessité de se définir et de dépasser la forme que la nature lui a donnée. Ainsi, le besoin universel de l’art doit se comprendre comme le besoin, pour l’homme créateur, de prendre conscience de lui-même. Pour Hegel, cependant, la philosophie spéculative a dépassé l’art, lui limité par ses formes sensibles, dans le dévoilement de la vérité. « L’art, écrit le philosophe, est et demeure du point de vue de sa plus haute destination quelque chose de passé » (Esthétique). Telle est la thèse hégélienne de la mort de l’art.

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