Locke état de nature

Locke propose sa propre version de l’état de nature. Son Traité du gouvernement civil a pour objectif de remonter à l’origine pour comprendre la genèse du gouvernement. Moins pessimiste que Hobbes ou Rousseau, il conçoit lui une continuité entre l’état de nature et l’état civil.

>> L’état de nature de Rousseau sur un post-it

L’état de nature est marqué par la liberté, l’égalité et la paix. À l’origine, les individus n’ont aucune relation, même d’hostilité ; ils sont solitaires face à la nature. Dans la tradition d’Aristote et de Saint Thomas, Locke présente l’homme naturel comme libre, rayonnant de dignité, respectueux de ses semblables et compréhensif, sans qu’aucune convention sociale ne soit nécessaire à ce comportement. Il n’existe pas de subordination entre les individus, car ils sont « d’une même espèce et d’un même ordre », « nés sans distinctions » et possèdent « les mêmes facultés » (Traité du gouvernement civil). Chacun est donc libre et indépendant à l’égard des autres, il peut disposer à sa guise de sa personne et ses propriétés. Ainsi, contrairement à Hobbes, Locke ne voit pas l’état de nature comme un état de guerre. Comme leur raison les incite à ne pas nuire à autrui, les individus se portent plutôt mutuellement secours en cas de besoin. La menace principale qu’affronte l’homme ne procède pas de ses propres passions, mais de la misère et de la rudesse des conditions naturelles. À l’état de nature, l’homme a faim.

>> L’état de nature de Hobbes sur un post-it

Les droits présents à l’état de nature de Locke

L’état de nature est régi par une loi naturelle. Pour distinguer liberté et licence, Locke affirme que la raison dont est doté l’homme naturel impose des limites à sa liberté naturelle. Elle « enseigne à tous les hommes qu’étant tous égaux et indépendants, nul ne doit nuire à un autre quant à sa vie, sa santé, sa liberté, son bien » (Traité du gouvernement civil). Elle commande aussi à l’individu, en tant que création divine, de faire le meilleur usage de ce que sa conservation exige de lui, c’est-à-dire de ne pas s’autodétruire. L’homme est donc pourvu de droits naturels qu’aucun législateur n’a créés, une sorte de morale déjà présente à l’état de nature. Ces droits naturels lui garantissent son individualité, sa personnalité, et sa qualité « d’être unique et irremplaçable ». Les individus sont ainsi obligés de faire ou de ne pas faire certaines choses les uns à l’égard des autres, alors même qu’il n’y a eu entre eux aucune convention expresse. Ils doivent notamment empêcher de nuire et obtenir réparation des dommages. Or, l’absence de lois, de juges et de tribunaux pose l’homme de l’état de nature comme juge et exécuteur pour lui-même. Comme cette situation absurde peut dégénérer en guerre, il est alors avantageux, démontre Locke, de sortir de l’état de nature en érigeant un État dont les juges seront véritablement impartiaux.

>> Le Léviathan de Hobbes sur un post-it

L’état de nature connaît notamment la propriété. Locke fait de celle-ci un droit naturel en arguant de la valeur du travail. En effet, si la terre, dans son ensemble, appartient à la communauté humaine, l’homme individuel peut s’approprier légitimement par son travail des fractions de la nature sans aucun consentement nécessaire. Cette thèse repose sur l’idée que le travail est prolongement du corps, dont il découle, de proche en proche, que la possession par chacun de son propre corps justifie que chacun possède les biens extérieurs modifiés par son corps. « Ce travail, écrit Locke, distingue ces fruits des autres biens qui sont en communs ; il y ajoute quelque chose de plus que la nature, la mère commune de tous, n’y a mis ; et par ce moyen, ils deviennent son bien particulier » (Traité du gouvernement civil). Cette appropriation vaut aussi bien pour les fruits de la terre que pour la terre elle-même. Ce droit de propriété naturel rencontre deux limites, le gaspillage et la rareté. Locke avance toutefois qu’elles sont abolies par l’échange (et la monnaie), ainsi que par le fait que la terre est un capital qui crée l’abondance.

>> Le maître et possesseur de la nature selon Descartes sur un post-it