L’État en France de 1789 à nos jours Rosanvallon

L’État en France a correspondu historiquement à différentes figures. Pierre Rosanvallon avance dans L’État en France de 1789 à nos jours que les quatre de base sont le Léviathan démocratique, l’instituteur du social (producteur du lien social), la providence, et le régulateur de l’économie. L’historien souhaite combler la disproportion entre les opinions et les travaux érudits sur l’État en France en le réinscrivant dans l’histoire de sa relation à la société.

>> L’Ancien Régime et la Révolution selon Tocqueville sur un post-it

L’État en France résulte d’une construction progressive. Pierre Rosanvallon conçoit son histoire comme un processus de rationalisation (constitution d’un corps de fonctionnaires stables et compétents, mise en place de procédures régulières de gestion, d’une hiérarchie claire des responsabilités) et de démocratisation, avec l’installation de gouvernements représentatifs. Celle-ci a fait peser sur l’État, « Léviathan démocratique » (L’État en France de 1789 à nos jours), une contrainte de transparence financière, qui a requis la régularisation du système fiscal et du budget de l’État. Le processus de rationalisation s’est notamment traduit par les nouveaux usages de la statistique, définis par des juristes et des médecins hygiénistes afin de reconstituer l’itinéraire de la population. Rosanvallon explique qu’il a nourri, au plan politique, l’idéal du gouvernement à bon marché, concrétisé historiquement dans l’élection des fonctionnaires lors de la Révolution, puis dans la critique de la bureaucratie. L’administration est devenue un problème pour l’État en France parce que l’efficacité de son organisation n’a pas suivi l’augmentation des effectifs ; parce qu’elle a paru de plus en plus indépendante du gouvernement ; et que le recrutement démocratique a été suspecté de recréer des corporatismes. Pour Rosanvallon, ces questions ont été en partie résolues par l’épuration administrative du XIXe siècle et par la décentralisation, même si l’administration est bien devenue en partie autonome et technocratique.

>> La genèse de l’État selon Norbert Élias sur un post-it

Rosanvallon étudie la légitimation de la croissance de l’État en France

L’État en France est devenu l’instituteur du social. Rosanvallon montre que les rapports entre la société et l’État ont été durablement marqués par l’anticorporatisme théorique. « La principale caractéristique de l’État français après 1789 […] réside, écrit-il, dans la tâche inédite d’ordre sociologique et culturel qu’il s’assigne pour produire la nation » (L’État en France de 1789 à nos jours). C’est la Révolution qui a donné une unité formelle à la nation : elle a « uniformé » les mots et les choses ; renouvelé l’usage de la centralisation ; fait de l’éducation une question primordiale ; et, plus généralement, transformé l’État en un monopole égalisateur. Héritage napoléonien, la centralisation moderne a permis de gérer une société d’individus nécessitant forcément un gouvernement des esprits – même si des expériences de régulation néo-corporative ont aussi été tentées, nuance Rosanvallon, afin d’assurer une autre forme de relation entre la société et l’État en France. La mutation individualiste a légitimé l’émergence de la problématique hygiéniste – avec pour terrain principal l’asile et la prison – qui a rendu l’État utopiste. Celui-ci a donc reconsidéré son champ d’action, notamment dans la première moitié du XIXe siècle sous l’effet de la montée des préoccupations d’hygiène publique. Ainsi, l’État hygiéniste s’est mis en place sur une nouvelle vision du rapport social, la profonde interdépendance entre tous les êtres vivants. Rosanvallon souligne que la croissance de l’État en France a transformé les notions de privé et de public.

>> Le nationalisme selon Ernest Gellner sur un post-it

L’État en France est devenu protecteur et interventionniste. Rosanvallon affirme que le système social du XIXe siècle, hétérogène et inégalitaire, ne pouvait satisfaire l’idéal de protection défendu par les hommes de 1789. L’industrialisation a donné la preuve de l’inefficacité de ce système et de l’inadaptation des catégories juridiques sur lesquelles il était fondé. Le mouvement ouvrier a fait advenir la mutualité et l’approche assurancielle ; puis la Sécurité sociale est née en 1945, spontanément légitimée par le sentiment d’une dette morale de guerre, marquant ainsi le changement d’échelle du système. Perçue comme la conquête ultime de l’État-providence, elle n’a cependant pas mis fin au débat sur sa légitimité. « […] ni l’adoption de la Sécurité sociale ni la banalisation de l’assistance, pose Rosanvallon, n’ont évacué les questions philosophiques qui se posent depuis la Révolution française pour élaborer juridiquement les droits sociaux » (L’État en France de 1789 à nos jours). Parallèlement, l’État en France s’est également mué en régulateur de l’économie. Il d’abord eu un rôle de propulsion au XIXe siècle, avec les régulations qui ont été substituées aux corporatismes, le protectionnisme agricole, et les grands travaux. La Première Guerre mondiale a changé son rapport à l’économie en liant le planisme à la rationalité étatique. Rosanvallon voit toutefois cette mutation aboutir après 1945, quand le rôle économique de l’État est considérablement accru par la planification, l’impératif de modernisation, les grands projets industriels, et une forme d’éducation industrielle de la nation.

>> La crise de l’État-providence selon Rosanvallon sur un post-it