État Hegel Principes de la philosophie du droit

Hegel fait naître l’État de la lutte des hommes pour la reconnaissance. Le philosophe affirme ainsi dans la Phénoménologie de l’esprit que l’État pousse à la réconciliation des citoyens parce qu’il est fondé sur la réciprocité. Cette réconciliation s’opère plus précisément par la synthèse entre l’éthique aristocratique (celle du maître reconnu) et le point de vue bourgeois (celle de l’esclave reconnaissant).

>> La dialectique du maître et de l’esclave de Hegel sur un post-it

Hegel plaide pour un État rationnel organique. Dans cette perspective, le rôle du discours philosophique n’est pas d’inventer, ni de critiquer, mais de faire émerger une structure dans la réalité. La théorie hégélienne imagine pourtant la forme étatique comme une totalité harmonieuse et différenciée. Hegel divinise même l’État en le définissant en des termes hyperboliques : « L’État, pose-t-il, est le rationnel en soi et pour soi », ou encore : « c’est la marche de Dieu dans le monde, affirme-t-il, qui fait que l’État existe » (Principes de la philosophie du droit). Au niveau conceptuel, tout d’abord, l’État doit constituer une unité organique, corporative, qui possède une vie propre. Il a vocation, dans le système hégélien, à concilier le particulier et l’universel, en vertu de quoi il n’écrase pas l’individu, mais le maintient, de même que la famille et la société civile tout entière, dans un statut de subordination. Pour Hegel, cette discipline qu’il impose est en réalité la liberté véritable, en tant qu’obéissance à soi-même. L’État doit enfin être un pouvoir spirituel unique, qui remplace l’Église en l’incorporant, et ne lui permet pas d’exprimer une opinion sur les affaires publiques. La Science doit aussi être incorporée dans l’État, un destin d’autant plus naturel que les deux entités sont toutes les deux mues par la recherche de la vérité objective.

>> Le Léviathan de Hobbes sur un post-it

Hegel fonde l’État sur le droit et sur des valeurs

Hegel fait reposer l’État sur une constitution précise. Étant une unité organique, l’État ne peut pas admettre la séparation des pouvoirs : « Selon cette vue, écrit le philosophe, il y a une hostilité, une crainte que chaque pouvoir ressent à l’égard de l’autre comme à l’égard d’un mal, si bien que les pouvoirs s’opposent les uns aux autres et se font mutuellement contrepoids. Ce qui a pour effet de produire un équilibre général, mais pas une unité vivante » (Principes de la philosophie du droit). De fait, le véritable équilibre se situe entre le pouvoir législatif, le pouvoir gouvernemental et le pouvoir du Prince. Il s’épanouit dans la monarchie constitutionnelle, qui combine, pour Hegel, le meilleur de la démocratie, de la monarchie et de l’aristocratie. La souveraineté de ce régime doit toutefois s’incarner dans une personne physique, ainsi que dans certaines prérogatives propres à un État divin, comme le droit de grâce. La transmission héréditaire confère au souverain la capacité de tuer dans l’œuf contestations et rivalités, et d’imposer l’autorité sans argumentation d’aucune sorte. Le gouvernement – dans lequel Hegel inclut le pouvoir judiciaire – n’est responsable que devant ce monarque. Enfin, formant une « classe universelle » comparable aux gardiens de Platon, les fonctionnaires sont sélectionnés par le Prince en fonction de leurs compétences.

>> La séparation des pouvoirs selon Montesquieu sur un post-it

Hegel fait reposer l’État sur certaines valeurs. Si l’État hégélien considère avec mépris l’opinion publique, il laisse toutefois au peuple une certaine liberté d’expression pour des raisons de tolérance et de prudence politique. À l’inverse, la guerre est pour lui une valeur suprême, car elle révèle l’essence de l’homme. L’État peut donc délibérément provoquer des conflits et y sacrifier l’individu, sans quoi il n’accomplira rien de grand, c’est-à-dire rien à la mesure de sa mission providentielle : « la guerre, écrit Hegel, a cette signification supérieure que par elle, la santé morale des peuples est maintenue dans son indifférence en face de la fixation des spécifications finies de même que les vents protègent la mer contre la paresse où la plongerait une tranquillité durable comme une paix durable ou éternelle y plongerait les peuples » (Principes de la philosophie du droit). Enfin, l’État chérissant sa souveraineté, il doit avoir des relations internationales limitées. En effet, une fédération cosmopolite est absurde dans la mesure où aucun tribunal ne peut contrôler les relations de droit étatiques. Aucun contrat n’étant possible entre eux, les États doivent dès lors se borner à se reconnaître mutuellement. Pour autant, Hegel voit la destinée de chaque peuple s’inscrire sur un théâtre universel providentiel qui fixe à sa vie son sens historique.

>> La raison dans l’Histoire selon Hegel sur un post-it