Lénine L'État et la révolution

L’État et la révolution sont intimement liés. Écrivant dans la fièvre et dans l’attente de l’insurrection qu’il prône, Lénine théorise dans L’État et la révolution l’enjeu que représente la machine étatique pour la révolution, tantôt menace, tantôt opportunité selon les phases de la prise du pouvoir. Cette théorie vise en bonne partie à discréditer les propositions de ses adversaires en Russie en montrant qu’elles sont contraires aux idées fondamentales du marxisme.

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La révolution détruit l’État par la violence. En effet, Lénine discrédite la perspective selon laquelle l’État capitaliste pourrait dépérir de lui-même, de telle sorte qu’il suffirait d’attendre que le fruit soit mûr pour prendre le pouvoir. Si la théorie d’Engels est assimilée à cette hypothèse théorique, c’est par erreur, car l’appréciation historique du rôle de l’État chez le philosophe aboutit sans doute possible à la nécessité de sa destruction violente.  « Cet ouvrage d’Engels, avance Lénine, dont tout le monde se rappelle qu’il contient un raisonnement sur l’extinction de l’État, en renferme un autre sur l’importance de la révolution violente » (L’État et la révolution). Ainsi, même les pères du marxisme avaient compris l’impossibilité de compter sur le dépérissement de l’État. « Pouvoir spécialisé de répression exercé par la bourgeoisie contre le prolétariat », celui-ci constitue plus globalement une entité séparée de la société et aux mains des classes possédantes – or, en cela, il ne peut pas être transformé avant la révolution. Lénine s’appuie donc sur la théorie de Marx, selon laquelle la révolution doit subvertir la république démocratique afin de briser la machine étatique (armée, police, bureaucratie, justice, etc.) ; puis mettre la société et ses structures sous le contrôle de milices populaires. Exceptionnellement, le fondateur de l’URSS minimise le rôle du parti, le rôle central étant dévolu aux masses populaires.

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Lénine lie l’État et la révolution pour aboutir au communisme

L’État doit ensuite être restauré afin de préserver la révolution. Lénine s’attaque à beaucoup de penseurs en leur reprochant d’avoir nié l’importance de l’État. Parmi ceux du mouvement révolutionnaire russe, il critique les anarchistes (notamment Proudhon, Bakounine, Kropotkine) pour le caractère irréaliste de leurs vues fédéralistes et pour leur naïveté à soumettre leurs plans au mythe de la révolte ; il accuse les marxistes orthodoxes (par exemple Kautsky et Plekhanov) et les réformistes (surtout Bernstein) de trahir la pensée de Marx avec leurs conceptions erronées des tâches du parti des prolétaires et du rôle de l’État. Lénine souligne lui l’importance accordée par Marx et Engels à l’État centralisé, qui tranche avec les idées anarchistes. Dans leur théorie, la victoire du prolétariat doit déboucher sur l’existence éphémère d’un État qui prépare en même temps son propre dépérissement jusqu’à la phase ultime du communisme. Il est plus précisément nécessaire de maintenir une phase étatique après la révolution afin de combattre la résistance des classes exploiteuses. « L’État, écrit le révolutionnaire, c’est-à-dire le prolétariat organisé en classe dominante », ou encore « l’aboutissement du rôle du prolétariat dans l’Histoire, c’est la dictature prolétarienne, la domination politique du prolétariat » (L’État et la révolution). Ainsi, Lénine plaide en faveur de la centralisation de l’organisation de la société – laquelle « ne sera plus qu’un seul bureau et un seul atelier avec égalité de travail et égalité de salaire » – même s’il ne s’agit que d’un état intermédiaire.

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La dictature du prolétariat le confond avec l’État. Lénine imagine l’État des prolétaires à partir du modèle de la Commune de Paris (1871), dont il considère qu’il permettra à la révolution de réaliser l’émancipation économique du travail. Ce modèle se distingue des pouvoirs traditionnels par l’absence de mainmise étatique sur les instruments de force (armée et police), étant donné que son moteur est le peuple en armes. Il est alors impossible d’exercer la violence contre le peuple, puisque l’État en est totalement dépendant. La gestion est également confiée au peuple : les fonctions administratives sont exercées par des fonctionnaires issus du peuple, élus et révocables par lui, ce qui concrétise l’idéal marxiste du « gouvernement à bon marché » qui supprime les dépenses de l’armée et de la bureaucratie. Conformément au slogan « La cuisinière est apte à diriger l’État. », tout le monde pourra être fonctionnaire. « On peut et on doit à présent, affirme Lénine, du jour au lendemain, commencer à remplacer les « méthodes de commandement » propres aux fonctionnaires publics par le simple exercice d’une surveillance et d’une comptabilité, fonctions toutes simples qui, dès aujourd’hui, sont parfaitement à la portée de tous les citadins » (L’État et la révolution). Ainsi, cette solution rendra impossible l’émergence d’une nouvelle classe de bureaucrates qui confisqueraient l’État à leur profit. Lénine escompte même qu’elle fasse disparaître toutes les tares sociales (criminalités, inégalités) qu’il conçoit comme des effets secondaires des luttes de pouvoir liées à l’État.

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